L’humour est une arme

Je vais parler d’humour. La chose à laquelle il ne faut pas toucher, parce que les inconditionnels de la liberté d’expression l’ont placée au panthéon. Parce que selon eux tout doit pouvoir être dit n’importe comment, sans réflexion, même le pire, et surtout quand c’est sous couvert d’humour. Mais voilà, l’humour a bien des formes. Et est parfois instrumentalisé. Peut-on accepter toutes les formes d’humour ? Et d’abord, qu’est-ce que c’est l’humour ? Comment ça s’inscrit sociologiquement parlant, dans notre vie ?

Le blogueur sociologue Denis Colombi en avait déjà parlé plein de fois sur son blog « Une heure de Peine » : l’humour n’est pas une entité abstraite détachée de tout code social. L’humour s’inscrit dans une logique, dans des règles définies par un mode de pensée global. Une prof que j’avais eu en cinquième disait qu’on riait de ce qui nous faisait peur. Le rire serait une barrière qui permettrait de définir les limites de ce qu’on accepte ou non. J’avais trouvé son analyse pertinente : on rit de ce qui n’est pas la norme, de ce qui sort des codes qu’on nous a inculqué pour mieux le rejeter. Si on rit de ce qui nous fait peur et de ce qui nous dérange, le rire se base sur notre vécu et notre éducation. Une personne qui aura intégré la xénophobie, la peur de l’étranger (« ils nous volent notre travail !« ) rira plus volontiers à des blagues racistes qu’une personne qui a réfléchi à sa peur de l’Autre et aura compris qu’elle n’est pas fondée. On peut donc choisir de quoi on rit en comprenant pourquoi on rit de certaines choses et pas d’autres et ce, en s’observant soi-même. Du coup, j’en viens à cette merveilleuse phrase de Tina Fey : « You can tell how smart someone is by what they laugh at. » (1)

hebergeur d'imageImage issue du tumblr « Feminist Disney«  

Je sais que ça énerve beaucoup de gens, mais oui, le rire se pense. L’humour s’analyse, se réfléchit. Ce n’est pas parce que le rire est destiné à être amusant, à détendre et à faire oublier les tracas du quotidien qu’il faut le laisser de côté. On analyse la colère, la tristesse, la peur, pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas analyser le rire ? L’humour serait une sorte de chose sacrée, comme la foi chez les religieux ? Une chose à laquelle il ne faudrait pas toucher, sous peine de comprendre à quel point elle est fragile quand on commence à poser des questions ?

Le droit de rire de tout avec Desproges
La plupart du temps, quand on commence à pointer le rire du doigt, à dire que non, là, cette blague pose problème pour x ou y raison, les gens s’insurgent et appellent Desproges à la rescousse : « olala, on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, hein ! *wink wink* ». C’est amusant parce que cette phrase renvoie l’empêcheur de rire en rond au placard, le décrédibilisant d’office (qui fait le poids face à Desproges ?). Cet humoriste de renom devient alors une sorte d’entité divine qu’on invoque un peu à tout va sans trop réfléchir à ce qu’il voulait dire par là. Le citer permet de « remporter » le débat sans se fouler. Après tout, Desproges était le dieu de la rhétorique humoristique, et beaucoup de personnes l’admirent aussi bien pour son humour que pour sa politique du rire. Il est convenu de dire que Desproges était intelligent et anticonformiste. Un modèle, en bref, pour beaucoup d’entre nous. Ainsi, celle ou celui qui cite Desproges dans un débat sur l’humour « gagne » car il met l’aura de Desproges de son côté : le « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » est en fait une forme sophistiquée et pseudo-intellectuelle de sous-entendre que l’autre n’a pas d’humour et qu’il fait honte au Dieu du Rire : Desproges. Nous avons là l’exemple parfait de l’argument d’autorité.

Ce qui est amusant c’est que beaucoup de gens citent Desproges en détournant complètement sa phrase. En effet, il dit bien « on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde », mais cette phrase n’est que la conclusion d’un de ses réquisitoires des flagrants délires. Plus précisément celui fait contre Jean-Marie Le Pen, personnage politique que Desproges, rappelons-le, méprisait. Cette conclusion, donc, était la réponse faite à un exposé qu’il avait fait lors de ce réquisitoire dont les questions principales étaient « peut-on rire de tout ? » et « peut-on rire avec tout le monde ? », démonstration :

« Alors, le rire, parlons en et parlons en aujourd’hui alors que notre invité est Jean-Marie Le Pen. Car la présence de monsieur Le Pen en ces lieux, voués plus souvent à la gaudriole para-judiciaire, pose problème. Les questions qui me hantent sont celles-ci : premièrement peut-on rire de tout ? Deuxièmement peut-on rire avec tout le monde ? À la première question je répondrai oui sans hésiter. […] S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles alors oui, à mon avis on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. […] Deuxième point, peut-on rire avec tout le monde ? C’est dur. Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelque fois au dessus de mes forces dans certains environnements humains. La compagnie d’un stalinien pratiquant par exemple me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique je pouffe à peine. Et la présence à mes côtés d’un militant d’extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie.« 

On le voit donc ici, Desproges n’a jamais dit qu’on ne pouvait pas rire de n’importe quoi avec tout le monde parce qu’il existait des crétins manquant d’humour, mais qu’on ne pouvait pas rire de tout avec n’importe qui parce que certains ont des idées politiques trop dérangeantes pour qu’on accepte de rire avec eux. Ce monologue humoristique est un moyen, pour Desproges, de faire comprendre qu’il ne veut pas être mis dans le même sac que Le Pen et qu’il refuse de rire avec lui. Pourquoi ? Parce qu’il ne partage pas ses idées, et donc ses sujets de rigolade. Desproges montre clairement qu’il a compris quelque chose d’important : le rire est un outil de cohésion sociale. C’est un moyen de lier les troupes et de créer de la complicité. En riant des homosexuels, on prend le risque de créer des liens avec les homophobes, qu’on le veuille ou non. Tout comme en riant des intolérants, on crée des liens avec les opprimés. Ainsi marche le rire. Rire est donc un choix. Un choix politique, un choix social, une manière de se placer en société par rapport à ses contemporains. Il est donc important, oui, de prendre garde à ne pas rire avec n’importe qui quand on rit de n’importe quoi.

L’humour, ce pouvoir, cette puissance
Le problème, avec l’humour, c’est qu’il donne une forme de pouvoir et de charisme que chacun veut s’approprier d’une manière ou d’une autre, et si possible le plus rapidement et le plus simplement possible. Après tout, être celui qui fait rire le groupe, c’est être celui qui mène la danse. Faire rire, c’est avoir du pouvoir car on range de son côté les rieurs en définissant par la raillerie c’est qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. C’est entre autres pour ça qu’une personne qui ose répondre à celui qui tente de faire rire « tu n’es pas drôle » se verra répondre « t’as pas d’humour ». Si on tente de traduire ce genre d’altercation, on s’aperçoit que le véritable sens caché pourrait être le suivant : Je tente de faire rire le groupe en pointant du doigt quelque chose (la zoophilie, le racisme, l’eugénisme, l’homosexualité, une tradition étrangère, peu importe). Untel me répond que pointer du doigt cette chose est pas drôle parce qu’encourageant un système auquel Untel n’adhère pas. Untel refuse donc de me donner du pouvoir. La frustration de ce pouvoir refusé m’entraîne à nier chez mon opposant la capacité de reconnaître un potentiel meneur, à savoir dans ce cas, moi. Et donc à répondre « tu n’as pas d’humour ». Sous-entendu « tu ne sais pas ce qui est drôle alors que moi je le sais. Je te suis supérieur car je sais ce dont on doit rire, et tu es bête de ne pas le reconnaître en riant de ma blague ».

Je rappelle quand même qu’il n’y a pas si longtemps encore, le droit de rire était dicté par le roi. La cour attendait toujours de voir si le roi riait pour rire à son tour. Preuve s’il en est que le rire est bien l’apanage des puissants. Celui qui dicte ce dont on peut rire, c’est celui qui place les normes, qui définit les limites, qui dit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

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Et étrangement, les personnes les plus souvent accusées de manquer d’humour sont les gens qui remettent en cause l’ordre établi, les limites existantes et intégrées par chacun (qu’elles soient bonnes ou mauvaises) : féministes, véganes, anarchistes, anti-capitalistes, anti-racistes, hétéo-solidaires et LGBT et j’en passe. Mais n’est-ce pas parce que ces personnes ont interrogé l’humour et refusent de rire de ce qui, une fois de plus, conforte l’oppresseur dans son rôle de puissant ? De la même manière, un noir -par exemple- qui refusera de rire à une blague raciste déstabilise son interlocuteur parce qu’il montre qu’il lui refuse un pouvoir. Si c’est un blanc à qui il refuse ce pouvoir, le refus prend tout son sens.
Montrer qu’on refuse de rire est donc un acte qui demande du courage car, sans qu’on s’en rende forcément compte, il y a un rapport de force qui se met en place et qu’il faut apprendre à contrer quand le besoin s’en fait sentir. Refuser ouvertement de rire à ce qui communément amuse la masse est donc un engagement social et potentiellement politique. En refusant ainsi de rire d’une catégorie opprimée avec le « meneur », on lui fait savoir qu’on ne lui reconnaît pas le droit de brimer un groupe donné (qu’on en fasse partie ou non).

La mode du cynisme et de l’anticonformisme
Aujourd’hui, un des moyens de s’approprier ce pouvoir qu’est le rire, c’est de jouer la carte de la désinvolture, du cynisme. Pour faire rire -et donc avoir du pouvoir- on doit savoir se vendre auprès de ses contemporains. Et pour ça, le cynisme tel que la plupart des gens le conçoivent (donc mal, nous verront ça plus bas) est un moyen simple et efficace. Qu’on ne se voile pas la face, aujourd’hui être cynique, anticonformiste ou adepte de l’humour noir est une mode, un truc cool et surtout, donc, un truc de puissant. En effet, qu’il est facile de se foutre de tout, d’avoir l’air neutre, quand on est dans le haut du panier. Bref, cette mode consiste à revêtir la peau d’un personnage désabusé ressemblant aux célébrités ou aux personnes charismatiques qu’on a pu voir passer sur nos écrans. Que ce soit les fameux personnages blasés joués par Bruce Willis, les figures cyniques comme Dr House ou Stark (IronMan), ou encore les comiques désinvoltes comme Desproges et Coluche, n’importe qui aujourd’hui rêve d’avoir cette forme de charisme qui donne l’impression d’être au-dessus de tout. Alors on s’inspire des personnages sus-cités, on se base sur des répliques de South Park, et on tente d’atteindre ce charisme je-m’en-foutiste sans vraiment se demander si le but est réellement de se foutre de tout en vrai et de ne réfléchir à rien. Cette mode se traduit au final par une sorte de singerie de ces grands personnages. Autrement dit, beaucoup tentent d’adopter le ton, la forme sans se soucier du fond, du pourquoi et du comment. Pour comprendre tout ça, tentons de retrouver les vraies définitions. C’est quoi le cynisme ?

Le cynisme tire son origine de la Grèce antique et le pratiquant de cet art le plus connu aujourd’hui était Diogène. Diogène, philosophe anticonformiste, est célèbre pour plusieurs raisons -avérées historiquement ou non-, mais ma préférée est celle de son altercation avec Alexandre le Grand à qui il aurait dit « ôte-toi de mon soleil » quand ce dernier a voulu s’adresser à lui du haut de sa royale présence. La politique du cynisme, donc, était à la base, celle-ci :

« Cette école a tenté un renversement des valeurs dominantes du moment, enseignant la désinvolture et l’humilité aux grands et aux puissants de la Grèce antique. Radicalement matérialistes et anticonformistes, les Cyniques, et à leur tête Diogène, proposaient une autre pratique de la philosophie et de la vie en général, subversive et jubilatoire. »
Wikipédia

Le but du cynisme serait donc d’enseigner l’humilité aux puissants. Chose étrange, aujourd’hui, tous ces cyniques auto-proclamés font, bizarrement, partie des puissants (ou plutôt des privilégiés), mais en plus, usent de ce prétendu cynisme sur… Les catégories opprimées. Ainsi il sera courant de voir ces grands anticonformistes de 4Chan et 9Gag taper sur les femmes (« va me faire un sandwich » étant une sorte d’hymne qu’ils servent à toutes les sauces) ou les Noirs, des blogueurs comme l’Odieux Connard expliquer doctement avec une dose surchargée d’ironie aux féministes qu’elles n’agissent pas correctement (tout en restant bien assis dans son fauteuil à ne rien foutre, sinon c’est pas marrant), des amis qui feront des blagues homophobes ou racistes et qui répondront ensuite, si jamais on s’insurge, « non mais moi je suis anticonformiste, tu sais bien ». Finalement, on cache son manque de réflexion, son discours creux et ses blagues bêtement répétées par un concept emprunté à des intellectuels pour donner l’impression que cogitation il y a alors qu’il n’en est rien. L’art de manier la rhétorique, de faire une belle phrase bien formulée devient plus important que le fond des choses qu’on a à dire. Et les remises en question deviennent superflues.

Dans la même veine, l’anticonformisme (et donc l’humour anticonformiste, par extension) est lui aussi spolié. Anticonformisme signifie radicalement contre ce qui est conforme. L’idée est donc qu’un anticonformiste va à contre courant des pensées consensuelles et admises du moment. Diogène était anticonformiste. Desproges était anticonformiste. Malheureusement à l’heure où enfin ce qui était conforme (que les Noirs, les LGBT et les femmes restent à leur « place ») commence à ne plus l’être et qu’on envisage enfin que des hiérarchies existent et qu’elles ne sont pas éthiquement justifiables ; des personnes, mécontentes de ces avancées sociales, se permettent de déverser leur bile en se taxant d’anticonformistes. Sauf que ces personnes ne sont pas anticonformistes. Certes elles vont à l’encontre des idées égalitaristes et humanistes qui commencent réellement à être entendues depuis un siècle et donc à devenir conformes, mais eux ne brisent pas des idées sociales avec des idées nouvelles. Ils brisent des idées sociales avec des idées caduques. Et cette manie à un nom qui n’est en rien synonyme d’anticonformiste, c’est le terme « réactionnaire ». Ce qui signifie, d’après le dictionnaire « opposé au progrès ». Nous avons donc là des personnes opposées au progrès social qui tentent de faire croire qu’elles sont pour le progrès en vantant des idées désuètes. Encore une fois, nous sommes donc en face d’imposteurs qui reprennent des discours humanistes en leur piquant leur vocabulaire (qui est bien vu par le peuple) afin de redonner valeurs à des idées obsolètes vouées disparaître.

Humour et intolérance
En fait le problème de cette mode du cynisme, de l’anticonformisme, du second degré et de l’humour noir, c’est qu’ils ont perdu leur sens quand les membres des classes dominantes se les sont réappropriés pour justifier leur oppression et les méthodes qui en découlent. Autrement dit, ces gens qui prétendent être anticonformistes, cynique, adeptes du second degré et de l’humour noir ne font qu’essayer de mettre un mot qui passe mieux sur leurs méthodes d’oppression et leur volonté de ne pas remettre en question leurs privilèges. Bref, ils tentent de faire passer des vessies pour des lanternes, de noyer le poisson pour mieux endormir la vigilance des opprimés qui sont visés par cet « humour ». Car l’humour, au yeux de la société, excuserait tout. Si c’est « pour de rire » alors, on peut dire les pires atrocités, car, enfin, ce n’est pas sérieux. Il faut donc apprendre à déceler à quel moment l’humour est dirigé « contre », et à quel moment il permet de rire « avec ».

Beaucoup d’oppresseurs et autres membres des classes dominantes l’ont bien compris et fort bien intégré. Et puisque aujourd’hui être ouvertement raciste, sexiste, homophobe, bref, intolérant est mal vu (grâce aux avancées égalitaristes qui découlent des luttes des différentes minorités), ils tentent de déguiser cette intolérance en faisant passer ça pour de l’humour. Ainsi, des gens comme Aldo Naouri (médecin) vont dire des choses comme « violez votre femme » à un client et tenter de faire passer ça, ensuite, pour quelque chose sans importance, une simple parole jetée en l’air, inoffensive parce que prétendument humoristique. Niant ainsi qu’en tant que médecin ses conseils sont perçus comme paroles d’évangile, niant que la culture du viol fait des ravages et que le viol est beaucoup fantasmé et niant ce qui a pu le pousser à tenir de tels propos. Car pourquoi a-t-il dit une telle chose ? Il avait en face de lui un homme qui venait le voir parce que sa femme ne voulait plus coucher avec lui et qui attendait une solution. Quel cheminement s’est fait dans la tête de cet homme qui a entendu son médecin lui dire « viole ta femme », même pour rire ? Est-ce que ce qui était drôle ce n’était pas le mot « viol » ? Comme si la simple idée qu’on puisse violer sa femme était risible ? Que sa femme on ne la viole jamais, hein, on la baise, à la rigueur, on la force un peu, mais bon, c’est normal, c’est son devoir d’épouse. Je parlais plus haut du fait que le rire était un refus, un moyen de placer ses limites : quelles étaient les limites posées là ? L’idée que violer sa femme c’est pas bien ? Ou l’idée que violer sa femme, c’est pas possible ?

Bref, ce déguisement qu’est l’humour pour masquer l’intolérance est une arnaque. Je dirais même une double arnaque. Car non seulement on tente de nous tromper avec l’idée selon laquelle l’humour excuse tout, mais en plus les membres des classes dominantes définissent l’humour sans consulter ceux qu’ils oppressent. D’une manière ou d’une autre, avec ce type d’humour, les opprimés sont perdants. Parce qu’on leur définit ce dont ils doivent rire ou non : en plus de la parole, donc, on leur vole le droit d’être blessé et on les oblige à rire, même de ce qui les heurte (sans quoi, ils passent pour des losers, des coincés du cul incapables de s’amuser).

La dictature de l’Humour
Il est clair, donc, qu’aujourd’hui, dans certaines situations on est tenu de rire. Le seul choix qui reste c’est soit de se fondre dans le moule et de partager l’hilarité commune, soit de ne pas rire et de devoir se justifier, et ainsi, prendre le risque de se voir coller l’étiquette de « chieur » ou de « coincé ». Prenons un exemple courant : un groupe d’amis parlent de Marc -ici présent- et de ses « manières de gay ». Marc, hétéro convaincu, ne se laisse pas abattre et grossi le trait en jouant la « tafiole » de manière complètement stéréotypée (avec les manières efféminées et tout le toutim). Antoine -ici présent également-, homosexuel, se voit placé devant ce genre de « choix » : soit il rigole avec tout le monde d’un stéréotype qui est censé le représenter mais dans lequel il ne se retrouve pas, soit il ne rigole pas, auquel cas il est possible qu’on lui demande pourquoi ça ne le fait pas rire. Et s’il explique pourquoi, il y a de fortes chances pour qu’on lui réponde le « oah c’est bon, c’est de l’humour ! » habituel.

hebergeur d'imageIllustration par Lematt

Beaucoup considèrent qu’ils sont dans leur bon droit de décider de ce dont l’autre peut se plaindre et de ce dont il peut rire, comme à l’époque des rois dont j’ai parlé plus haut. Souvent avec les opprimés, mais pas seulement. Toujours est-il que selon moi, c’est un manque d’empathie que je trouve au final, assez cruel, car non content de blesser la personne une fois en se moquant d’elle (ou de ce qu’elle est, ce qui exactement pareil), on lui refuse le droit de s’insurger et de dire qu’elle a été blessée. Finalement, toute personne de qui on se moque préférera alors encaisser sans rien dire plutôt que de prendre un coup supplémentaire par dessus. Et c’est ainsi que l’humour oppressif fonctionne : on tient l’autre en respect, s’il ne veut pas être exclu du groupe, il doit accepter qu’on se moque de lui sans rien dire, et même rire avec les autres. On lui impose donc un faux choix, et au final, on le piège : soit tu acceptes la potentielle solitude qu’entraînera ta « rébellion », soit tu acceptes qu’on te marche sur la gueule, et tu te sentiras seul dans ta détresse. Dans un cas comme dans l’autre, la sensation d’être exclu reste présente.

La différence entre rire de tout et se moquer de tout

Alors après toute cette lecture, les adeptes de l’humour me diront que je restreins considérablement leur liberté de rire de tout, citée au début par Desproges. Mais cet article ne vise nullement à dire qu’il faut cesser de rire de tout. Au contraire. J’essaye d’expliquer la différence entre « rire de » et se « moquer de ». Car la différence est cruciale. Se moquer de, c’est rire contre. Rire de, c’est rire avec. On peut rire du viol avec une victime de viol. On peut rire du sexisme avec une femme, et même avec une féministe (oaaah, dingue). On peut rire du racisme avec un arabe. On peut rire du handicap avec un handicapé mental ou moteur. On peut rire de tout. Mais pas contre tout. Parce que se moquer de, c’est exclure la cible de la moquerie. Alors que rire avec elle c’est l’intégrer dans le groupe, dans la société. Alors quand vous faites une blague, posez vous la question : quel est mon but ? Est-ce que je cherche à exclure ? Ou est-ce que je cherche à intégrer ? Et si je cherche à intégrer, est-ce que c’est réellement visible ? Est-ce que ce n’est pas maladroit ?
Et dans l’éventualité où votre blague vexe malgré votre but d’intégrer, souvenez-vous que la meilleure des réactions, c’est de présenter des excuses. Des excuses sincères, du genre « pardon, j’ai mal agi » et surtout pas « désolé que t’aies pas compris » (qui sous-entend « désolé que tu sois con », hein). En agissant ainsi, vous faites preuve d’humilité et vous montrez que votre but n’est pas d’agir comme un meneur assoiffé de pouvoir dont je parlais plus haut. Présenter des excuses à une personne blessée par une blague est une politesse élémentaire que trop de personnes dédaignent, par orgueil.

Un exemple qui illustre assez bien ce que j’essaye de faire comprendre ici, c’est une expérience que j’ai eu avec un handicapé mental, que nous nommerons Charles, quand je travaillais en tant qu’animatrice spécialisée. Charles ne savait pas parler mais comprenait très bien les gens qui lui parlaient et savait répondre de manière rudimentaire avec des signes et des expressions. Un jour, alors que j’étais avec lui en train de vaquer à diverses besognes, je m’arrête en plein mouvement, ayant oublié ce que je voulais faire. Je me tourne vers lui et dis « merde j’ai oublié ce que je suis venue foutre ici ! Qu’est-ce que je voulais faire Charles, aide-moi ! » et il a rigolé en se montrant lui-même me faisant comprendre avec un air réprobateur qu’il ne pouvait pas me répondre et que j’étais bien bête de lui demander de l’aide. On a rigolé pendant un bon quart d’heure. Ensemble. Cet exemple est parlant dans le sens où nous avons pu rire ensemble de son handicap parce que, en quelque sorte, Charles m’y avait autorisée en en riant lui-même. Il m’a autorisée à rire avec lui de quelque chose qui pourrait le faire souffrir afin qu’ensemble on dédramatise un état de fait qui peut sembler être terriblement triste. Si ça avait été moi qui lui avait dit qu’il était bien bête d’essayer de parler, la situation aurait été totalement différente et certainement pas drôle pour lui. Nous avons pu rire parce que je lui ai laissé le choix : c’était à lui de dire s’il pouvait ou non rire de sa particularité.

Je pense donc que laisser le choix aux personnes, de rire de ce qui les fait souffrir (ou pourrait les faire souffrir) à cause d’un système social qui les oppresse de manière partiale et injuste, est un geste important, un témoignage d’empathie qui devrait être considéré comme normal. Il s’agit là de considération de l’Autre. Et ça s’apprend avec l’acceptation du fait qu’on peut faire des erreurs (rire d’un sujet sensible chez une autre personne) et que les reconnaître n’est non pas une faiblesse, mais une force, car elle est la preuve qu’on sait humblement écouter autrui au lieu d’écouter son égo.

En conclusion
Le titre disait « l’humour est une arme » : on peut s’en servir pour libérer ou pour oppresser. Je crois qu’on a pu voir à quel point c’était vrai. L’humour peut permettre bien des choses. Il peut aussi bien exclure, mépriser, blesser voire briser ou à l’inverse renverser des codes sociaux et mettre à bas des oppressions, permettant ainsi une meilleur cohésion sociale pour ceux qu’on a coutume d’humilier et d’exclure. L’humour est une des armes tranchantes permettant de tailler la société à son image. À notre échelle, nous perpétuons des valeurs, des idées, des habitudes, et l’humour est un moyen de les définir. À chacun de choisir lesquelles, pourvu que ce choix soit conscient.

(1) Traduction (approximative) : « Tu peux dire combien une personne est intelligente en observant ce dont elle rit. »

Pour aller plus loin :
Le rire. Essai sur la signification du comique, par Henri Bergson : [x]
Le Politiquement Incorrect : [x]
Le second degré : [x]
La pure provocation : [x]
Sortir de sa boîte : [x]
Oh, ça va, c’est pour rire ! [x]

Merci à Denis Colombi pour ses conseils durant la rédaction de cet article et à Stéphanie pour la correction des fautes d’orthographe.

« Satire is traditionally the weapon of the powerless against the powerful. I only aim at the powerful. When satire is aimed at the powerless, it is not only cruel—it’s vulgar. »
Molly Ivins

Égalitariste

62 réflexions au sujet de « L’humour est une arme »

  1. Il peut aussi y avoir une personne opprimée qui reprend les blagues des dominants, mais ironiquement et donc les détourne. Comme une fille qui était avec moi au collège, qui faisait des blagues racistes sur les arabes alors qu’elle l’était. La première fois qu’elle l’avait fait devant moi je savais pas trop comment réagir, parce que je trouvais drôle que quelqu’un puisse tourner en ridicule des blagues censées la blesser, mais je n’osais pas rire parce que ça aurait pu donner l’impression que je riais au premier degré et pas au second. Du coup je lui ai fait la remarque

    « Attends, tu fais des blagues racistes sur toi-même?! »

    « Ben oui, mais moi je peux le faire parce que je suis Arabe, donc c’est drôle parce que je sais que c’est faux! »

    Bref l’humour c’est complexe, et pour ce qui est de l’article je suis contente de voir la dictature de l’humour-pseudo-révolutionnaire-des-mecs-blancs-cis-et-hétéros-politiquement-correct-qui-veut-pas-dire-son-nom dénoncée.

    (D’ailleurs pour ça que j’essaye de faire de l’humour féministe et LGBT)

    • Mais tout à fait. Qu’un opprimé fasse de l’humour sur son oppression, fort bien. C’est ce qui s’est passé dans l’exemple que j’ai donné avec Charles (l’handicapé mental, donc qui a rit de son handicap). Seulement, c’est aux opprimés de décider qu’ils veulent rire de leur oppression ou pas. Les privilégiés n’ont pas à la décider pour eux. 🙂

      • Ouah bel article ! C’est vrai qu’il m’a bien amené a me remettre en question moi qui ai souvent ri des autres pour « masquer » un complexe personnel. Bon je me suis construit comme ça, et j’y ai un peu pris goût donc c’est une lutte quotidienne c’est sur, mais pourtant ayant souffert de l’humour des autres je n’ai jamais cessé, même petit, de penser que le mien pouvait blesser et je n’ai jamais réellement vraiment arrêté pour autant. Triste cercle vicieux … mais cercle vicieux caractéristique d’une société capitaliste d’oppression où les individus sont sans cesse mis en concurrence…

        Bref, un jour j’ai compris que me moquer de mon complexe en public c’était une manière de le déjouer et de me faire des amis, de ne plus être « coincé », de ne plus être opprimé a cause de ce complexe en fait.

        Pourtant je crois, qu’aux yeux des gens, je suis toujours le « gros » de la bande, mais le gros sympa, parfois « meneur » dans les vannes (c’est pas parce que j’essaie de déconstruire ces rapports que mes potes aussi, donc malgré moi et malgré mes discours politiques « chiants »), parfois sainement sur un pied d’égalité avec d’autres membres du groupe. Ça dépend des copines/copains.

        En fait, ça m’a fait intérioriser mon « oppression », du coup je sais pas trop, bon c’est vrai qu’être gros c’est pas genre le truc indépassable, on peut perdre du poids, c’est pas du tout comme être homo aujourd’hui, ou d’une couleur de peau différente, ou être une femme. Il n’en est pas moins qu’en tant qu’hétéro-mâle-blanc, c’est le seul truc qui me définit hors des normes sociales.

        Alors je me dis que pour les autres, qui seront, tout le long de leur vie en dehors des normes, c’est ultra dur, et que parfois ca peut se ressentir comme dégradant de rire de sa condition, mais etre aussi vu comme qqe chose d’obligatoire pour s’intégrer.

        Par ailleurs mes potes ne portent pas de jugement de valeur sur moi, sinon ce serait pas des potes, ils sont honnêtes et bienveillants. Mais moi je me sens obliger de me comporter comme ca … Je sais pas, z’en pensez quoi les camarades qui subissent des oppressions spécifiques ?

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  5. Merci pour ce bel article. L’humour, le vrai, ne méprise pas, ne rabaisse pas, ne prend pas le pouvoir. L’humour, comme vous l’avez dit, est « avec », pas contre. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas de l’humour, mais de l’ironie, du sarcasme, de la moquerie.

  6. Ah, c’est bien de verbaliser sous cette forme le dialogue-démonstration de Denis Colombi.

    En passant, je vois souvent circuler ce sketch de Wanda Sykes comme unique référence d’humour réfléchi sur le viol, mais y’en a d’autres (genre Ever Mainard, John Mulaney), j’avais lu quelques compilations féministes de ce genre de blagues liés à une controverses aux Etats Unis sur la question:

    http://jezebel.com/5925186/how-to-make-a-rape-joke

    http://kateharding.info/2012/07/13/15-rape-jokes-that-work/

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  8. Lecture intéressante en ce bon matin ! D’autant que j’ai eu ce week end une discussion animée à ce sujet, et autour de Dieudo (pauvre chéri tu comprends il est persécuté, pourtant il rit vraiment de tout comme Desproges…grmbl).

    Je rebondis sur ta partie « on peut rire des choses graves si on y est invité par une personne concernée » (en gros) pour nuancer un peu. Il se trouve que j’ai longtemps fait partie des opprimés de l’humour ; la moche, la qui-a-pas-de-potes, la-qui-lit, la fiiiiiiiiiiille, la pas-bonne-en-sport j’en passe et des meilleures. J’en ai pris pour ainsi dire plein la gueule au collège mais bon passons – l’humour est une arme, clairement, et une fois qu’on a compris ça on la retourne, ou on fait mine de la retourner contre soi-même. Après tout, si je me tire une balle dans le pied toute seule, qui ça va intéresser de le faire à ma place ? Et ça ne fera pas spécialement moins mal si je me la met toute seule, mais au moins j’en décide et je décide de l’angle et je sais quand ça va me tomber dessus, je ne suis pas a la merci de celui d’en face.

    C’est ton histoire de handicap qui m’a fait penser à ça ; bien que je ne doute pas que le rire de Charles ait été sincère, je voulais dire que l’invitation a rire de la part d’un opprimé peut clairement cacher quelque chose de plus profond, et que c’est justement par son désir d’intégration dans le groupe/la société qu’il suivra le troupeau en devenant son propre bouc émissaire, donnant ainsi validation aux autres du groupe de se moquer et d’insister sur ce qui, sous couvert le de lol, le blesse en fait.

    En tous cas chouette lecture, je m’en vais la faire suivre a mes interlocuteurs de ce week end ! 🙂

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  10. Et bien ! Cela faisait longtemps que j’attendais un tel article…je partage entièrement l’avis de l’auteur.e sur ce sujet.

    Je rajouterais que la référence à cette forme d’humour hégémonique qu’on se complaît à qualifier « d’anticonformiste » est fortement lié à cette euphémisation systématique des propos les plus violents qu’on considère comme « iconoclastes » (dans le cas d’Aldo Naouri) ou allant à l’encontre de la « dictature de la pensée unique » ou du désormais fameux « politiquement correct » (des termes largement repris par E. Zemmour ou plusieurs membres de la « Manif pour Tous » pour justifier leurs propos et leurs actions). Bref, les oppresseurs d’hier sont acclamés comme les « penseurs » d’aujourd’hui…ce qui traduit un renversement de situation assez inquiétant.

    Pour terminer, je pense sincèrement qu’il est temps d’inventer, de créer, de forger d’autres formes d’humour, qui soient en mesure de respecter les sensibilités et les positions de chacun.e.s. Évidemment, cela n’est pas aussi évident que de recycler jusqu’à la nausée les traditionnels stéréotypes sur les noir.e.s, les LGBT ou les féministes. Mais cela me semble aujourd’hui plus que nécessaire…et c’est aussi le rôle des minorités – ethniques, sexuelles, religieuses ou de genre – de s’emparer des outils dominants pour mieux les renverser.

  11. « Car la présence de monsieur LePen en ces lieux, voués plus souvent à la bodriole para-judicière, pose problème. »

    « Gaudriole », plutôt que « bodriole » 🙂

    (Tu peux effacer ce commentaire après usage. Super article, sinon !)

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  13. Je rajouterais ces mots de nietzsche

     » Et, toujours de nouveau, l’espèce humaine décrétera de temps en temps : « Il y a quelque chose sur quoi l’on n’a absolument pas le droit de rire ! » Et le plus prévoyant des philanthropes ajoutera : « Non seulement le rire et la sagesse joyeuse, mais encore le tragique, avec toute sa sublime déraison, font partie des moyens et des nécessités pour conserver l’espèce ! » — Et par conséquent ! par conséquent ! par conséquent ! Me comprenez-vous, ô mes frères ? Comprenez-vous cette nouvelle loi du flux et du reflux ? « 

    Mais je pense que Wanda sykes(et Patrice O’neal et Louis CK et d’autres) sont malheureusement parmi les rares à faire un rire qui s’appuie sur la déconstruction des vérités.

    Quand à ceux qui rient sans comprendre ne font que rire de la déconstruction de vérités mal comprises..

  14. « C’est ainsi que des vagues luttent sans trêve à la surface de la mer, tandis

    que les couches inférieures observent une paix profonde. Les vagues s’entre-

    choquent, se contrarient, cherchent leur équilibre. Une écume blanche, légère

    et gaie, en suit les contours changeants. Parfois le flot qui fait abandonne un

    peu de cette écume sur le sable de la grève. L’enfant qui joue près de là vient

    en ramasser une poignée, et s’étonne, l’instant d’après, de n’avoir plus dans le

    creux de la main que quelques gouttes d’eau, mais d’une eau bien plus salée,

    bien plus amère encore que celle de la vague qui l’apporta. Le rire naît ainsi

    que cette écume. Il signale, à l’extérieur de la vie sociale, les révoltes superfi-

    cielles. Il dessine instantanément la forme mobile de ces ébranlements. Il est,

    lui aussi, une mousse à base de sel. Comme la mousse, il pétille. C’est de la

    gaîté. Le philosophe qui en ramasse pour en goûter y trouvera d’ailleurs quel-

    quefois, pour une petite quantité de matière, une certaine dose d’amertume. »

    Désolé, de citer si longuement. C’est que j’ai lu Le Rire de Bergson il n’y a pas si longtemps, et je me suis déjà étonné de la proximité de vos arguments, ainsi que ceux de Mr. Colombi, avec les développements de ce beau livre. Alors, évidemment, lorsque je vois qu’il figure dans vos références, je ne peux que me réjouir 🙂

    Le passage cité est le paragraphe qui conclut le dernier chapitre, et si je me suis permis cette retranscription, c’est parce que j’espère être utile à celles et ceux, parmi vos lecteurs, qui souhaiteraient mieux discerner ce que le rire implique, voire même ce qu’il est (chose plus difficile).

    Et si je devais formuler de la manière la plus concise (i.e. tweetable 🙂 ), je dirais~: Rions, mais rions précis !

    Sur ce, bonne soirée.

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  19. Article très intéressant, mais il me donne l’impression d’une absence d’antithèse quand même. Pourquoi ne pas avoir abordé le rire et sa fonction cathartique ? Je pense que sur beaucoup de sujets et pour beaucoup de personnes, les blagues de mauvais goût sont avant tout pour se libérer de certaines angoisses : je fais des blagues racistes non pas parce que je suis raciste et que j’ai peur de l’Autre, mais je fais des blagues racistes car j’ai peur du raciste. Je vais faire une blague sur la mort parce que sur ce sujet, en parler sérieusement m’angoisserait bien plus que d’en rire.

    Et vous semblez donner l’impression de toujours donner raison dans les discussions à celui qui dit que ce n’est pas drôle. Je trouve ça un peu sévère. Dans un groupe d’une dizaine de personnes (repas mondain, réunion ou ce que vous voulez), si l’on doit commencer à arrêter toutes les blagues susceptibles de toucher un point sensible, il ne reste plus grand chose quand même, nan ?

    Peut-être faut-il commencer doucement, peut-être commencer par se moquer de soi-même … J’avoue que je ne sais pas mais si je pense à mes amis, on ne supporterait pas longtemps de ne faire que du rire avec. Je repense au film Gran Torino et la scène avec Clint Eastwood et le coiffeur où les deux se charrient durement devant l’enfant et où à la fin ils lui disent que c’est ça l’amitié, moi j’adhère à cette scène complètement.

    Et je me dis que dans des repas avec des gens que l’on ne connait pas, il est possible de tendre vers ça.

    Cela étant dit, cet article m’a procuré une bonne piste de réflexion quand même, j’essaierai d’être plus attentif à l’avenir sur les comportements de chacun devant l’humour, merci en tout cas !

    • C’est marrant que tu cites Gran Torino, parce que justement, j’ai trouvé ce film très mauvais. De A à Z je l’ai trouvé complètement pas crédible. Et la scène où le vieux apprend au jeune comment « se conduire » en société m’a semblé pathétique. On essaye de nous faire croire que l’amitié vache, insultante, c’est une amitié classe et virile. Dans le genre lavage de cerveau intempestif, ça se pose là. Comme si montrer de la tendresse à un ami garçon quand on est un garçon c’est pas possible. Cette scène faisait très « aha, nous on est des hommes, des vrais, on s’embarrasse pas de sentiments de fillettes pour dire qu’on s’aime ». Super. Et sinon, montrer de l’affection et avoir la classe en même temps, non c’est pas possible ? C’est pas viril ?

      Sinon, concernant l’absence d’anthithèse, pourquoi en aurais-je fait une ? Pour rassurer les personnes qui veulent s’entendre dire que le fait qu’elle se moque d’autrui, boah, c’est pas si grave ? Ben non. Je dis déjà qu’on peut rire de tout dans cet article. Et je le maintiens. Tout comme je maintiens que si on peut rire de tout, on ne peut pas le faire n’importe comment et qu’il faut faire attention à ce dont on rit, comment, et avec qui. Désolée hein, mais j’ai fait cet article parce que j’en ai marre d’entendre les gens rire de n’importe quoi n’importe comment. Oui, dans un groupe de 15 personnes, on doit faire attention de ce dont on rigole. Mais je ne vais pas me répéter. Si, éventuellement, tu t’es senti visé, j’espère qu’au delà de l’aspect sévère qui t’as frappé, tu y réfléchiras sérieusement.

      • Parce qu’ils n’ont pas d’affection envers le petit ? Parce que Eastwood n’a pas la classe dans ce film ? Regarde la scène à nouveau et tu verras qu’elle est drôle, et regarde le film en entier et tu verras que Eastwood se moque de son propre personnage également.

        Et je crois qu’il y a un juste milieu entre l’amitié vache et l’amitié tendresse entre deux garçons. Ni l’une, ni l’autre ne me tentent entièrement.

        Ta thèse c’était que l’on fait des blagues racistes car on a peur de l’autre, j’ai dit de mon côté que l’on peut faire des blagues racistes parce qu’on a peur du raciste. ça tu n’en as pas parlé. Qui a raison ? Celui qui va en faire une pour se soulager ou celui qui va s’indigner et n’en parler que sérieusement au risque d’angoisser celui qui a préféré en rire ? Ou personne ne doit parler, ces personnes ne sont pas compatibles.

        Et sinon pour Desproges et son sketch sur les Juifs, cynique au sens noble du terme ou pas ?

        • « Regarde la scène à nouveau et tu verras qu’elle est drôle »

          Tu fais exactement ce que je dénonce dans mon article : « c’est moi qui décide de ce qui est drôle, et si t’as pas compris en quoi ça l’était, c’est que t’es bête ou que t’as pas regardé le film en entier ». Ce à quoi je réponds : ta condescendance, tu la ranges tout de suite si tu veux pouvoir continuer à poster ici.

          Tu commences à être pénible. Les questions que tu poses, si tu réfléchis un peu, tu peux trouver les réponses tout seul. J’ai pas l’intention de jouer les nounous parce que mon article t’a ébranlé. Maintenant, à toi de te remettre en question si tu le souhaites, mais sans rejeter ton trouble sur moi. Merci.

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  22. Salut copine à moustache,

    Je tenais à répondre à ton billet avec lequel je suis partiellement en désaccord. Je l’ai lu et digéré il y a quelques jours, et n’étant pas partisan du système de réponse « mot-pour-mot » ou de la rigueur sémantique qu’impose l’internet, je vais me permettre quelques divagations.

    Je pense qu’on peut rire de tout. Je le fais, sans aucun complexe. Je ne me sens pas spécialement opprimeur. Je ne me sens pas spécialement bosser pour eux. Au contraire, lorsque je fais une blague raciste, le ressort comique est l’absurde. L’absurdité du racisme.

    Analyser l’humour n’est pas chose aisée, car il y a autant d’humour et de sensibilité qu’il y a de gens qui font de l’humour, et des perceptions multiples dépendant de plusieurs facteurs.

    Et il faut prendre en compte ces facteurs. Je me rends compte, dans mon entourage, que ma personnalité fait qu’on accepte de moi des vannes qu’on accepterai pas d’autres. Je ne sais pas pourquoi, je ne calcule pas pourquoi, mais c’est un fait. Je constate aussi que je dois faire attention avec les gens que je ne connais pas. Je me censure pour ne pas choquer, en attendant qu’ils arrivent à un niveau relationnel suffisant pour que les mots ne blessent pas, mais provoquent le sourire.

    Je parle de mon cas personnel et ne veut en aucun cas en faire une généralité. J’en parle parce que je ne connais que celui là. Parce que je suis une personne lambda et que, comme tout le monde, j’ai une personnalité complexe qui renvoie une image perçue différemment d’une personnalité complexe à une autre. Et j’avoue volontiers la faiblesse de mon analyse basée uniquement sur mon propre vécu. Mais tellement de gens le font faisant passer ça pour une vérité universelle, je me permets quand même d’en parler.

    C’est pour ça que je trouve qu’analyser l’humour est très difficile, et en tirer les lignes de conduites qui seraient à adopter l’est encore plus. Quand Thomas N’Gijol fait des blagues au comedy club sur une supposée prédisposition des noirs à abuser « dés qu’ils ont un peu de pouvoir », c’est drôle a mon avis. Zemmour ferait la même blague, je saignerait des oreilles.

    Je suis quelqu’un (oui, je repars sur moi, mais c’est MON commentaire d’abord :D) de facilement dépressif. L’humour me sert à dédramatiser les choses, à rester optimiste. Je suis incapable d’avoir une conversation sérieuse plus de 3 minutes. C’est comme ça, je crois que beaucoup de rigolards, de rieurs, de cons qui ont l’air d’en avoir rien à secouer de tout ou de gens qui ont l’air d’être toujours de bonne humeur et impossible à déstabiliser utilisent l’humour comme un bouclier, une carapace qui les protègent de leurs névroses.

    Le rapport avec le billet, c’est tout simplement qu’il ne faut pas forcément voir en une blague potache quelqu’un qui sert l’oppresseur ou quelqu’un qui veut être cool en étant subversif, mais juste quelqu’un qui essaye de faire rire, sans message derrière.

    Non, madame la prof de français, quand un auteur décrit un arbre dans un livre, ce n’est pas forcément un symbole phallique. C’est peut être juste un arbre (message personnel à ma prof de français de première qui voyait des bites partout).

    Mais bon, c’est juste mon avis…

    (pub de ouf)

    • Si je résume ton message ça donne : « non je veux pas analyser le rire, parce que moi j’aime bien rire et j’ai la flemme de réfléchir ».

      Une simple question : si tu fais une blague raciste / sexiste ou que sais-je, et qu’un noir / une femme va te dire « non je trouve pas ça drôle ». Tu vas faire quoi ? Présenter de plates excuses ou déclarer que cette personne n’a pas d’humour ?

      Je t’aime bien, j’aime bien nos discussions sur twitter, mais si tu commences à écrire des commentaires qui ne visent qu’à te justifier, je vais vite m’impatienter. Mon article t’a fait mouliner le cerveau ? Fort bien. Ce que je dis ne te plaît pas ? L’idée de ne pas pouvoir rire n’importe où n’importe comment te dérange ? Et bien réfléchis (non ton commentaire n’était pas une réflexion, mais une justification). Mais ne viens pas m’expliquer les raisons qui font que tu veux rire de tout sans réfléchir à coup de « moi je suis un mec triste, alors j’ai besoin de rire ». T’as pas à me rendre de comptes : si tu veux continuer à agir comme tu agis, je vais pas être derrière toi avec un rouleau à tarte et te taper dessus à chaque fois que tu ferais un blague intolérante. A toi de voir ce que tu tolères ou non.

      J’ai DÉJÀ dit qu’on pouvait rire de tout. C’est écrit dans l’article noir sur blanc, hin. Mais PAS sans réflexion. C’est si dur que ça d’envisager de faire attention à ce dont on rigole ? Si tu veux pas réfléchir à ce dont tu ris, c’est TON problème. P’t’être qu’un jour tu te prendras un méchant revers de personnes que tu vises de ton humour, p’t’être pas. Si tu choisis de prendre le risque, c’est ton choix, moi je m’en fous.

      Quant à ta dernière phrase visant à décrédibiliser l’analyse sur l’humour de ma prof de 5ème, je la trouve parfaitement débile. On dirait que tu choisis de te ranger dans le camp de ceux qui chouinent que nooon je veux pas analyser l’humour, laissez moi, je veux croire que c’est une entité intouchable, c’est un peu ma foi de religieux à moi, ça me permet de pas réfléchir tout ayant l’impression d’être cool.

      Zut à la fin.

      • Je suis d’accord avec l’article. (D’autant plus qu’il y a quelques années, j’avais essayé de comprendre ce qu’était l’humour, moi-même tout seul comme un grand -je suis trop fier-, et globalement, j’étais arrivé à la même conclusion : Outil de hiérarchisation sociale. Se faire aduler pour sa puissance intellectuelle, par ses suivants rieurs, en utilisant une cible ennemie, inférieure.)

        Et je suis d’accord avec ta réaction au commentaire de MonAvis.

        Mais je comprends quand même sa réaction : L’humour est agréable, l’humour fait plaisir. On se sent aimé, on se sent fort, on se sent bien (même si c’est aux détriments d’autrui, sans qu’on en ait bien conscience.). Et analyser l’humour, ça casse l’envie de rire. Ça force à penser, la fois suivante, quand on a envie d’être drôle : « Bon sang, ce que je suis égocentrique et mesquin… C’est nul de rire. ». Et puis on s’y fait. Mais je comprends sa réaction spontanée : Quand on découvre ça, ça fait Mal de déconstruire « l’humour », qu’on croyait si cool, si chouette…

        • Non, mais je suis aussi passée par là, hin, donc je comprends.

          Ce qui m’énerve, c’est que parce que ça fait chier les gens de se remettre en question, il faut qu’ils se justifient, qu’ils tentent de prouver qu’ils sont des gens bien tout en continuant de s’essuyer allégrement les pieds sur la figure des minorité au nom de l’humour.

          Moi, ma remise en question au sujet de l’humour elle s’est faite dans la douleur. J’ai été humiliée publiquement.

          J’avais fait une blague (devant toute ma classe) à un ami noir. Il dessinait une savane pour un cours d’illustration et je lui avais dit « aha, tu redessines ton milieu naturel ». Ce à quoi il m’a répondu froidement « ça me fait pas rire ». Donc devant 35 personnes on m’a remise à ma place. Et ben devine quoi ? Même verte, même humiliée, je suis allée lui présenter mes excuses. Chaque mot m’a coûté, mais je l’ai fait. Parce que je considérais que c’était pas à moi de dire ce dont ce mec devait rire.

          Si j’ai écrit cet article, c’est aussi pour que les gens se remettent en question en douceur. Bon, c’est principalement parce que j’en ai marre qu’on prétexte l’humour pour cacher son intolérance mais cet article est, je crois, pas agressif : il permet aux gens de prendre conscience des choses doucement. Je crois que je peux pas davantage mâcher le travail des gens.

          Alors qu’on vienne chouiner « oui mais ouiiin, je vais pas pouvoir rire comme je veux » et ben je réponds merde. Marre des gens qui agissent en enfants gâtés. Faut grandir un peu.

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  24. « Le rire est une arme : on peut mourir de rire. »

    Bref sinon, pas besoin de long discours pour dire que j’ai partagé ton article en long, en large et en travers. Il est vraiment bien écrit et je partage complètement ton avis !

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  31. Bonjour serai il possible que les textes en anglais soient traduit en français ? tout le monde ne parlant pas la langue de Shakespeare, cela me parait donc important pour que tout le monde puisse saisir. D’autant plus que les articles de ce blog sont écrit dans la belle langue de Molière pour quoi ne pas faire de même avec les images et la citations ?

    • Écrire un article me prend déjà pas mal de temps, du coup, c’est vrai que j’ai pas toujours le courage de traduire les images anglaises que je partage. D’autant que généralement, avec un dico, on peut saisir le sens global du truc (moi-même, je ne suis pas bonne en anglais et pourtant, j’arrive à comprendre, même si ce n’est pas au mot près). Néanmoins, je me pencherai sur la question, quand j’aurai le temps.

  32. Coucou, je viens de découvrir ton blog. Je n’ai pas encore fini ton article qui est fort long et fort intéressant. Je voulais juste te signaler une coquille dans la citation que tu fais du réquisitoire de Desproges. « Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine » (et pas Prêt). Oué, oué… Je fais partie de ces inconditionnels qui veulent respecter l’art du maître (un emmerdeur sourcilleux sur l’orthographe).

    Bonne continuation!

  33. Le lien vers l’article « second degré » des Chiennes de Garde est mort. Y a-t-il une copie de l’article qq part ? En cache ou je-ne-sais-quoi ? 🙂

  34. Ah euh sinon, Myroie, ça ne fait que quelques semaines que je suis ton Tumblr, mais j’adore ce que tu représentes et ce que tu exprimes. Merci de tout coeur !

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