L’indésirable

Récemment, j’ai osé me renseigner sur ce que les anglais appellent le bullying et les japonais l’ijime. En France, on n’a pas vraiment de petit mot pour désigner ce phénomène, un peu comme s’il n’existait pas. On parle vaguement de harcèlement scolaire, ici et là, tout au plus.

J’ai osé, dis-je, puisque je touche ici du doigt ma fêlure la plus sensible. Il est difficile pour moi ne serait-ce que d’en parler, alors vous pensez, analyser les mécanismes sociaux qui permettent l’existence d’un système cruel en milieu scolaire, ça me paraît être légèrement le mont Everest. Bref. Je disais donc que récemment, j’avais osé me renseigner sur le bullying. Je pensais vaguement que tout le monde s’accorderait au moins à dire que c’était une cruauté lié à l’adolescence, que c’était quelque chose d’anormal et contre lequel il fallait lutter, même si on ne savait pas bien comment (en tout cas JE ne sais pas bien comment). Quelle n’a pas été ma surprise quand je suis tombée sur des commentaires et des articles décrétant que c’était la vie, que ça permettait aux victimes de s’endurcir et tout le tintouin habituel et crétin du « ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». J’ai donc décidé de prendre mon clavier, pour essayer de mettre un peu d’ordre dans mes idées, et pour témoigner un peu, afin de faire comprendre que non, parfois ce qui ne tue pas affaiblit, rend vulnérable voire même peut amener à des comportements auto-destructeurs.

Avant de continuer, il faut néanmoins que je précise quelque chose d’important : j’ouvre un peu ma propre boîte de Pandore en parlant de ce qui m’est le plus intime et le plus douloureux. Ça risque donc d’être pas mal décousu, mais je pense qu’il est important que j’aille au bout de cette entreprise. La première raison pour laquelle il m’est difficile de parler de cette expérience, c’est qu’elle me renvoie une image de moi-même terriblement péjorative. Or cette image, toute ma vie j’ai tenté de l’enterrer pour me construire à peu près correctement. La déterrer est donc une sorte d’affront personnel et en même temps, une tentative de rédemption.

Depuis le moment où, en primaire, j’ai été classée tête-de-turc pour la première fois (mais certainement pas la dernière), et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai cessé dans un coin de ma tête de me considérer comme La Perdante. Celle avec qui on ne veut pas manger le midi. Celle qui vous file un sourire crispé quand vous la croisez, parce que merde, elle est collante, je sais pas comment la jeter sans passer pour un connard. J’ai été la personne que vous voulez voir disparaître de votre champ de vision, celle à qui vous faites le coup du « je passe sous un tunnel krshhsprr krrssh » pour ne pas avoir à tenir une conversation téléphonique trop longtemps. J’ai été celle qui s’assoit à côté de vous en cours et qui vous fait réfléchir à toute blinde sur comment changer de place sans être ouvertement vexant.

J’ai aussi été celle qu’on pousse dans les couloirs du collège. Celle à qui on donne des petits surnoms humiliants. Celle dont on vole les affaires pour les jeter dans les chiottes. J’ai été celle qu’on humilie, qu’on méprise, qu’on déteste. J’ai été le jouet d’enfants cruels et l’outil qui permet aux jeunes adultes que j’ai fréquentés de se sentir supérieurs. J’ai été celle à qui on ne veut jamais ressembler. J’ai été tout ça. Et je passe mon temps à tenter de me persuader que je ne le suis plus.

Scolarité
Quasiment toute ma scolarité a été marquée par cette étiquette, « Tête-de-Turc » ; elle a seulement évolué au fil des ans et en fonction de l’âge et du statut social des personnes qui m’ont placée dans cette case. Ça a commencé avec un déménagement quand j’étais en primaire, à 7 ans, et ça s’est terminé avec la fin de mes études, à 22 ans. La seule époque de répit que j’ai eu au milieu de tout ça, pour une raison que je ne m’explique pas, c’est celle du lycée. Pendant le lycée, j’ai été une étudiante comme les autres. Cette « pause » a marqué une évolution très nette entre le rejet que peuvent exprimer les enfants/adolescents et les jeunes adultes. Dans le premier cas, c’est ouvertement cruel et destructeur. Dans le second, c’est pervers et manipulateur. Ça se veut mature, et ça brouille toutes les pistes, si bien qu’on en vient à se demander très vite si on est parano, ou s’il y a effectivement un problème (sans jamais réussir à savoir lequel c’est). Aujourd’hui encore, je ne saurais pas dire lequel est le plus difficile à vivre.

On a tous entendu parler du premier cas. C’est omniprésent dans les livres, les séries et les films. Je ne compte plus le nombre de Losers-Héros qui à la fin du film sont aimés par tout le monde parce qu’ils ont réussi à se démarquer, à faire un truc cool, ni ces Losers-Rigolos (qui ne m’ont jamais fait rire) parce que aha, qu’est-ce qu’ils sont Losers, les pauvres. Puisqu’on en a tous entendu parler, je ne vais pas vous faire un dessin : c’est grosso-modo ce que j’ai vécu de 7 ans à 14 ans, en moins romancé et en beaucoup moins marrant.
Le deuxième cas de figure est beaucoup moins relaté, si bien que j’en viens à me demander si je suis la seule à avoir vécu ce genre de chose. Dans les études supérieures, on dirait que faire des crasses ouvertement c’est trop puéril. Les gens sont adultes maintenant. Alors plutôt que de cracher à la gueule de la personne, on lui crache dans le dos. Croyant naïvement que le mépris ne se verra pas. Mais même caché, il se trouve que le mépris est palpable, bien qu’insaisissable. Une myriade de micro-informations m’ont fait comprendre peu à peu que j’étais en milieu hostile, très peu bienvenue et que toutes mes actions étaient sondées. Petit à petit, quoi que j’ai pu faire, je suis devenue indésirable et tout ce que j’ai pu faire ou dire fut perçu négativement parce que ça venait de moi. De toute façon, une fois placée dans la case « humain indésirable », c’est impossible d’en sortir. Les regards des interlocuteurs se font fuyants, et je me suis retrouvée comme une pestiférée au milieu de personnes saines. Le plus difficile dans tout ça, c’est que toute cette haine est insaisissable. Impossible de savoir d’où elle vient et quelle forme elle a, ni même pourquoi elle est présente. Demander des explications est impossible, parce qu’on a aucune preuve tangible de son existence : on la sent. C’est tout. Du coup on en vient à se demander qui sont les Ennemis et qui sont les Alliés. Et on s’embourbe dans un jeu mi-schizophrénique mi-paranoïaque dans lequel on est la seule personne à ne pas connaître les règles.

La solitude
Le plus dur à vivre dans cette expérience, c’est le fait d’être seule au milieu de groupes d’amis. Je ne connais pas pire sentiment de solitude que celle que j’ai pu ressentir au milieu de mes camarades de classe qui riaient, faisaient des private jokes, agissaient comme si je n’existais pas, comme si j’étais invisible. J’en suis presque venue à souhaiter être moquée ne serait-ce que pour avoir de l’attention, tout en redoutant le moment où les élèves décideraient de me rappeler à quel point j’étais indésirable. Dans les pires moments, je me souviens m’être cachée dans les toilettes pour pleurer simplement parce que le sentiment de solitude devenait insupportable.

Cette sensation est tellement dure que tout était bon pour la fuir. J’étais prête à jouer les carpettes devant mes bourreaux, oubliant fierté et respect de moi-même juste pour avoir un peu d’attention. J’étais heureuse quand on venait me demander n’importe quel service et j’étais prête à en rendre à n’importe qui, pourvu qu’il y ait un échange, un regard, un sourire. L’autre solution pour fuir cette solitude était de m’enfermer dans la vraie. Celle où il n’y avait réellement personne. Quand j’en ai eu l’âge et la possibilité, j’ai donc choisi de sécher les cours, de plus en plus souvent, et de prétendre que l’école n’existait tout simplement pas. Du coup, faire mes devoirs devenait également de plus en plus difficile, parce que dans la paix et le repos de mon chez-moi j’étais obligée de penser à un environnement qui rejetait chaque particule de mon être.

Et justement : paradoxalement, si j’étais toujours seule, le regard de mes bourreaux était (et est toujours, j’y reviendrai) omniprésent. Jusque dans mes moments les plus intimes, ils pouvaient surgir sans prévenir et m’enterrer sous la honte. Ces personnes réelles et humaines qui m’ont fait du mal, je les ai extrapolées. Elles sont devenues des entités symbolisant le mépris qu’elles m’ont manifesté et que j’ai appris à faire mien.

Le mépris
J’ai donc fini par m’approprier ce mépris. Après tout, si depuis mes sept ans j’étais sans cesse rejetée et méprisée, ça devait forcément être pour une bonne raison. Comment des gens qui ne se connaissent pas pouvaient-ils tous me mépriser sans que ça vienne de moi ? Je me suis méprisée, donc — et je le fais encore, même si je combats ce mépris —, mais sans jamais bien savoir pourquoi. Je récupérais les infos qu’on voulait bien me donner et assemblait les pièces d’un puzzle injuste, malveillant et appartenant à chacun de mes bourreaux (donc parfois se contredisant lui-même).

J’ai fini par penser que mon opinion importait peu et que je devais sans cesse me remettre en question pour plaire aux autres. J’ai ignoré toutes mes limites et ai décidé que pour mériter l’amitié d’autrui, il fallait que je fasse abstraction de moi-même. Que je ne m’écoute plus. Finalement, je me suis tant et tant remise en question que j’en suis venue à perdre mon identité et à devenir instable (ce qui ne m’a pas aidée dans mes relations sociales) : je disais noir et faisais blanc, méprisais rouge et agissais bleu. Plus je me méprisais, plus je devenais méprisante, ne sachant plus ce que je devais valoriser et ce que je devais pointer du doigt, que ce soit chez moi ou chez les autres. Je tentais de plaire à tout le monde à la fois, si bien que je ne plaisais à personne tant mon caractère devenait illogique et faux. Plus je m’imposais des règles strictes et illogiques, plus j’appliquais ces mêmes règles aux autres. Et finalement, je n’étais plus que haine et mépris.

Séquelles
Alors est-ce que tout ce mépris, cette haine et cette solitude m’ont rendue plus forte ? Non. Encore aujourd’hui je combats les marques que m’a laissée ma scolarité. Ma vie, en fait, puisque ma scolarité n’est derrière moi que depuis un an. Ma vie s’est résumée à du mépris.

Je ne sais toujours pas si je l’ai mérité ou non. Je pars du principe que tout n’est jamais noir ou blanc et que j’ai forcément joué un rôle à un moment donné dans tout ce jeu de haine et de condescendance. En fait, peut-être que je n’ai pas mérité tout ça. Mais je sais pourquoi ça m’est arrivé. J’ai les explications à peu près en main après de longues séances d’introspection, et si je sais pour quelles raisons tout a marché de travers, je sais aussi que mes bourreaux d’hier n’en savent rien, et s’en fichent pas mal. Aujourd’hui encore, je sais qu’au fond de moi je n’ai qu’une volonté : montrer à ceux qui m’ont trouvée si pathétique que je peux être une personne digne d’admiration. Ils sont le moteur malsain qui fait que je souhaite réussir. Et comme ils sont ce dit moteur, ils sont aussi ceux qui me freinent. Parce que si je veux leur prouver (et par là me prouver) que j’ai de la valeur, je n’ai pas le droit à l’échec. Et cette crainte de l’échec me paralyse comme un lapin pris dans les phares d’une voiture arrivant à toute blinde.

Cette crainte de l’échec me poursuit depuis mes 14 ans. C’est après avoir été humiliée au collège que j’ai commencé à vouloir prouver à mon entourage que j’étais la meilleure. Pour pallier les défauts de l’enfant pathétique que j’avais été, il fallait que j’inverse la balance en devenant une star. Le genre de personne que chacun voudrait devenir. Cette ambition a pris de telles proportions qu’elle est devenue trop lourde pour moi. Elle a été le poids que j’ai porté pendant mes études supérieures et pendant mon premier emploi, que j’ai saboté encore à cause de cette dite ambition. Et si je connais toutes les raisons qui me poussent à agir à la fois comme un paon gorgé de fierté et à la fois comme un lapin terrorisé sur la route, il m’est difficile de faire disparaître l’origine de ces raisons.

Ces entités qui me regardent, issues de mes bourreaux (alors que les vrais m’ont peut-être oubliée), et qui sont ce moteur si malsain à l’origine de mes plus grandes contradictions, sont mes séquelles. Il me faudra encore beaucoup de temps avant de les faire disparaître. Il me faudra beaucoup d’amour et de bienveillance, il me faudra du pardon, de la confiance, de l’introspection et du courage. Et tout ce temps que je passerai à déconstruire ces entités et à me reconstruire ensuite, je ne le passerai pas à simplement créer et à m’épanouir.

Alors non, mes bourreaux ne m’ont pas tuée. Mais je refuse de conforter leur ego et leur conscience en affirmant qu’ils m’ont rendue plus forte. J’ai encore assez de respect pour moi-même pour le crier haut et fort : le bullying est une violence et jamais je ne remercierai mes bourreaux d’avoir fait de moi une victime, aussi courageuse soit-elle.

Pour aller plus loin
Informations : [x] [x] [x]
Autres témoignages : [x] [x] [x] [x]
Témoigner sur le tumblr « ils avaient tort ».
Vidéos sur le sujet : [x]

Si vous avez vécu vous aussi ce genre de mauvais traitement, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires.
Un grand merci à Florent et Zerh, pour leur aide, leurs conseils, leur compréhension et leur relecture.
(Sinon, non j’ai toujours pas trouvé le moyen de retravailler un peu cet habillage immonde, mais je continue d’y plancher promis. En revanche, la bonne nouvelle c’est que je vais recommencer à écrire des articles à peu près régulièrement. Oui, ben ça va cache ta joie, hin.)

Égalitariste

60 réflexions au sujet de « L’indésirable »

  1. Ca me fait toujours aussi mal de lire ce genre de témoignages. J’ai vécu ça pendant 1 an, en 5e. La paria de la classe, harcelée par les « cools » de la classe. J’ai revécu ça en seconde. Je n’ai jamais compris pourquoi ces années là et pas les autres, qu’est-ce que j’avais de si dégeulasse pour qu’on s’en prenne à moi constamment. Et j’ai été un bourreau pour quelqu’un, bizarrement cette même année de seconde. Peut-être pour faire partie des forts à mon tour, pour ne plus être la seule à souffrir ? J’en ai jamais parlé et j’en ai toujours honte, d’avoir été la victime comme d’avoir été un bourreau.

    Merci pour cet article. <3

  2. Gros câlins virtuels et tout plein d’ondes de compassion longue distance pour ce que tu as vécu… Pour ce qui est des gens qui disent « ce qui ne tue pas nous rend plus fort » etc je crois qu’il y a parfois des victimes de harcèlement scolaire elles-mêmes qui affirment que ça a eu l’effet positif de les pousser à s’améliorer, mais je trouve que c’est un discours qui montre surtout à quel point ces personnes ont intégré la mauvaise image de ceux qui les tourmentaient. D’ailleurs ça rejoint la figure du loseur que tu décris, celui qui à la fin arrive à se faire aimer de tout le monde en faisant un truc génial : au fond, le problème venait bien de lui, après tout ! En France j’ai l’impression que tant qu’il n’y a pas de coups et de racket, on ne veut pas appeler ça du harcèlement scolaire… Ceux qui sont censés être vigilants et faire quelque chose quand ils sont au courant, ne font généralement rien. Parfois, l’élève qui s’en prend plein la gueule se voit même plus ou moins reprochée sa « différence », celle justement qu’ille cherche à comprendre, parce qu’ille ne sait pas trop bien d’où ça vient, tout ça, pourquoi ça lui tombe dessus à lui/elle…

    Pour ma part mes souvenirs ont fini par devenir un peu flous avec le temps, mais je n’oublierai pas la peine que j’avais pratiquement tous les jours, la peur au ventre de retourner au collège, les pleurs trop souvent avant de m’endormir, et la colère et la haine que je ressentais. Deux mots m’ont particulièrement marquée – au point que j’essaye de les graver dans ma chair avec un couteau, des années après pourtant – « coincée » et « paumée ». Paumée, la sans-amis, parce que j’étais pas très populaire (pourtant je n’étais pas tout le temps seule… c’est bizarre tout ça) coincée parce que j’avais pas de succès avec les garçons, non plus. Moi aussi déjà au primaire ça avait commencé, avec le recul je me dis que c’est possible que j’aie compensé une certaine insécurité de ma part en me montrant un peu hautaine, et je me dis aussi qu’au final c’était bien moins pire qu’au collège, mais je sais pas si j’étais particulièrement sensible ou quoi mais je l’ai vraiment mal vécu. Mais les années collège c’étaient vraiment les pires, ainsi que la classe de seconde au lycée. Les railleries, les insultes même, les élèves qui te font « non » silencieusement de la tête pour pas que tu t’assoies à côté d’eux dans le bus, toutes les petites choses que j’ai effacées de ma mémoire mais qui aujourd’hui encore font que j’ai beaucoup de mal à aller vers les gens et à m’intégrer dans un groupe et que j’ai tout le temps l’impression d’être jugée négativement et que même dans la rue quand j’entends rire des gens j’ai beau savoir que c’est irrationnel je peux pas m’empêcher de me demander s’ils ne sont pas en train de se moquer de moi… Enfin bref. Tout ceci a certainement contribué à faire ce que je suis aujourd’hui mais j’aurais quand même préféré que ça n’arrive pas, quoi que puissent déblatérer certains qui ne savent sans doute pas ce que ça fait de passer toute une enfance et une adolescence de merde à cause de ce genre de trucs !

  3. Je n’ai pas grand chose à dire si ce n’est que ton histoire est profondément touchante.

    Merci d’avoir surmonté ta réticence pour en parler, et de déconstruire cette stupidité de « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », pour toutes les personnes qui subissent ou ont subi le harcèlement. Je te souhaite tout le courage possible pour arriver à t’émanciper de cette partie de ta vie.

  4. Je me retrouve dans tes mots. Moi aussi je m’interdis l’échec et pour ne pas qu’il ait d’échec, je refuse simplement de faire des choses. Par ex, j’avais la possibilité de passer un examen dans mes cours de pâtisserie que je suis en élève libre, juste pour voir mon niveau… le jour de l’exam, je ne suis simplement pas allée en cours. Par contre et heureusement, ce « moteur » comme tu l’appelles m’a permis de passer mes années à la fac assez facilement, j’ai toujours refusé l’échec à la fac et je me suis battu pour réussir. Je me sens aussi en paradoxe bien souvent dans ma vie. Je te souhaite en tout cas d’affronter tes démons comme j’essaie d’affronter les miens. On n’oubliera pas certes mais on apprendra bien à vivre avec… Merci pour ton commentaire. Bises. Jess

  5. Merci pour cette article touchant et qui parlera beaucoup à tous ceux qui ont vécu le harcèlement dans leur enfance. J’en fait partie.

    Ça a duré à peu près de 10 à 15 ans, c’est-à-dire toute la période du collège. C’était tellement dur, il n’y avait tellement aucun moyen d’en sortir, que j’ai changé de collège en fin de 5ème, pour ne plus avoir à fréquenter mes bourreaux (il y avait une autre raison, mais celle-ci m’apportait un véritable soulagement). Mais ça ne s’est pas vraiment arrêté là, ça a diminué mais il y avait toujours des gamins dans ma classe pour me donner des surnoms stupides et arbitraires. Maintenant que j’y repense, si le harcèlement est devenu plus doux à ce moment-là, c’est parce que j’ai choisi d’essayer de devenir amis avec mes harceleurs, dans l’espoir que si je me faisais bien voir d’eux, ils s’en prendraient moins à moi. Ça a fonctionné, mais j’ai dû faire des choses, dire des choses, subir des choses contre mon gré juste pour ne pas leur déplaîre. Mais c’était ça ou la solitude.

    Ce qui m’a le plus marqué dans cette histoire, c’est ce mépris de soi intériorisé dont tu parles. Bien qu’au grand jour je n’en montrait rien, le plus révélateur était que souvent, dans mes rêves, il m’arrivait de ne plus pouvoir agir, penser, ou que le scénario chute brusquement en ma défaveur juste parce qu’au fond, je savais très bien que je ne pourrais jamais réussir, jamais gagner. C’est vraiment un sentiment qui s’exprimait dans ces moments-là et c’était le pire qui soit. J’ai réussi à m’en débarasser mais ça a pris du temps.

    Bonne continuation pour la suite, encore bravo pour cet article et d’avoir pu mettre des mots sur ton ressenti.

  6. Ce que tu écris là fait écho en moi puisque j’ai vécu ce genre de choses. Moins durement que toi vu ce que tu racontes. Et surtout moins longtemps ! Ca a commencé assez doucement en primaire si je me rappelle bien quand j’ai commencé à porter des lunettes. Forcément je ne pouvais pas faire parties des « jolies filles » avec ça. Je n’étais pas habillée « à la mode » aussi, parce qu’il y a plein de matières que je ne supportais pas (je me souviens très bien avoir commencé à porter des jeans qu’en 5ème) et j’étais très bébé dans ma tête. Je me suis toujours considéré comme ayant plusieurs années de retard d’ailleurs, retard de maturité, retard dans les expériences qu’on « doit » avoir pendant l’adolescence et j’en ai été complexée très longtemps et je le suis encore. Je n’ai jamais été la fille « cool », peut-être pas celle qu’on considère comme le boulet de service mais pas loin. Heureusement j’ai eu des amis pendant toute ma scolarité qui m’ont aidé à ce que cela ne devienne pas un traumatisme ou un cauchemar permanent mais, quelque part, je sais que la partie « sociale » de ma scolarité reste la seule raison pour laquelle je n’ai pas confiance en moi. Donc voilà, ça a commencé en primaire, le bullying, et ces filles qui me demandent avec leur air moqueur pourquoi je porte ce genre de leggings colorés bizarres, pourquoi je m’habille comme une gamine (euh peut-être parce que j’en suis une ?). L’époque collège c’est bien sûr le pire : je deviens hyper timide, réservée, aucune confiance en moi (j’ai l’habitude de dire aux gens que j’étais moche au collège et pourtant en regardant les photos, avec du recul et de l’objectivité, non, je n’étais pas moche et je ne suis pas devenue jolie par miracle, je l’ai toujours été). Je ne plais pas aux garçons, bien sûr que non, je ne suis pas une fille populaire, je ne fais que rêver qu’ils m’accordent la moindre de leur attention. Je porte un appareil dentaire jusqu’en seconde. En 4ème je deviens vraiment la cible d’une fille, je ne sais pas pourquoi, qui va jusqu’à me frapper (des petites tapes, coups, par ci, par-là). La seconde n’est que le prolongement du collège et plus je grandis plus je me sens bébé à côté des autres, sans expériences, jamais eu de petit copain. Je ne parle pas aux garçons qui me semblent être tous des êtres inaccessibles qui vont forcément me regarder de travers ou se foutre de ma gueule si j’essaye de sympathiser avec eux. Ce sont des extraterrestres pour moi, je ne sais pas quoi leur dire, je pense que je vais forcément être ridicule (sans parler de les draguer mais juste en tant qu’amis). J’ai eu très très peu d’amis garçons et pas avant le lycée. Encore aujourd’hui, je ne vais pas ou très rarement parler à un garçon de moi-même (encore une fois même seulement en tant qu’ami ou autre), quelque que soit le contexte, car il y a toujours cette barrière invisible et je suis certaine de me ridiculiser. Je me suis toujours cru timide mais c’était en fait un manque de confiance et je suis certaine qu’il s’est développé au collège par la vision que les autres me renvoyaient. Et puis bien sûr au final, on intériorise cette image de soi-même et même quand il n’y a plus de raison aujourd’hui de manquer de confiance en moi, même quand je sais que je plais, ben ça continue de me bouffer. Je continue d’être la dernière à réaliser quand je plais à un garçon que j’estime être « mieux » que moi, parce que « mais non il peut pas s’intéresser à moi, lui est cool et moi je suis une looseuse, et puis j’ai pas d’expérience, je suis pas intéressante etc ».

    Alors que je pensais cette période à peu près terminée à partir de la terminale, la fac c’est pareil, en fait. Je n’ose pas parler aux gens, je me sens nulle et ridicule. Je finis par me sentir seule parce que je suis très peu entourée, je trouve ma vie sociale vide parce que j’ai un peu perdu de vue pas mal des amis que je m’étais fait au lycée… Et je suis persuadée que je vais rester seule parce que je suis toujours pas la fille « populaire », celle qui peut se faire des amis facilement.

    En effet, comme toi, ce proverbe « ce qui ne tue pas ne te rend plus fort » m’agace au plus haut point. Je ne suis pas plus forte du tout non plus. Je galère comme une malade pour avoir confiance en moi. Je sais que j’ai pas toujours été comme ça et que ce sont eux, ces « bourreaux », qui m’ont coupé l’herbe sous le pied à un âge où on commence à développer son estime de soi face aux autres. Et quand je veux l’expliquer ou me confier à certaines personnes j’ai même pas les mots pour en parler, parce que ça sonne ridicule de dire « j’étais pas la fille populaire et j’en ai énormément souffert et j’en souffre encore ».

    J’ai bossé dans mon ancien collège comme surveillante et quelle expérience ! Retourner là-bas et avoir même les frères et soeurs de ceux qui m’ont méprisée ! Et, ironie de l’histoire, pour ces ados, je suis une fille cool, ils m’apprécient. Je vois que les choses marchent toujours pareil là-bas, c’est peut-être même pire. Et puis là-bas y’a aussi un autre surveillant, typiquement le genre de mec qui plaît à toutes les filles, sauf qu’aujourd’hui il s’intéresse à moi dis donc. Il joue même avec moi, mais moi comme une idiote, dès qu’on m’accorde un peu d’attention, je m’attache et je me fais avoir comme une cruche. J’ai l’impression que j’ai pas évolué depuis le collège alors je me retrouve à pleurer dans les couloirs 10 ans plus tard…

    Bref en relisant mon paragraphe, j’ai toujours l’impression que ça sonne bien superficiel tout ça et ça l’est très certainement. C’est sûrement mon seul côté superficiel vouloir PLAIRE à tout prix, être la jolie fille, la fille populaire, la fille cool. Et je fais tout pour l’être aux yeux des autres.

    Perso je me destine à être prof (parce que oui le bon côté de ma scolarité, c’est clairement que, malgré ça, j’aimais beaucoup aller en classe et apprendre. A défaut de plaire aux élèves, je faisais tout pour plaire aux profs et être une bonne élève) et c’est clair qu’en tant qu’ancienne « victime », c’est pas un truc que je raterais et que je laisserais passer.

    En tout cas, je te souhaite bon courage pour continuer de récupérer la confiance en toi, je sais que c’est un travail quotidien et de longue haleine.

    • Merci pour ce long témoignage (qui n’était pas du tout superficiel, mais très important et intéressant selon moi), ça n’a pas dû être facile. Bon courage à toi aussi.

  7. Punaise…

    J’aurais pu écrire le même texte. Mot pour mot. Le même répit au lycée, le même mépris par la suite, qui m’a valu de gâcher mes études, et d’une certaine façon mon avenir professionnel puisque je ne me suis jamais sentie assez « bien » pour le milieu dans lequel je rêvais de travailler…

    Aujourd’hui, à 30 ans, malgré un complexe d’inferiorité qui me suit, je crois que j’ai réussi à sortir de tout ça. Alors courage 🙂

  8. Merci pour ton texte.

    Moi aussi,j’ai été harcelée de la maternelle à la fac exclu (je ne souhaite pas rentrer dans les détails car je souhaite garder mon anonymat).

    Après, je n’ai pas eu forcément les mêmes réactions que toi car je préférai me réfugier dans ma solitude car j’avais peur de m’en prendre plus dans la gueule (en même temps,c’était toujours fait en face ou suffisamment explicite pour que je comprenne).

    Je voudrai juste savoir comment on réagit les adultes pendant ta scolarité car bon, j’ai eu la chance d’avoir été pas mal soutenue par eux mais bon je sais que ce n’est pas toujours le cas malheureusement.

    En tout cas,ça m’a appris certaines choses sur moi des séquelles que je m’ignorais car je croyais qu’elles faisaient partie intégrante de ma personnalité tellement c’était ancrée en moi donc ça va me permettre de continuer mon travail sur moi.

    Courage pour la suite.

  9. J’ai aussi connu une bonne partie de ce que tu décris ; à part que dans mon cas ça a continué au lycée, et ne s’est arrêté qu’après le bac.

    Pendant longtemps, je ne m’étais pas interrogé sur la cause de ceci (je me répétais ce que mes parents m’avaient appris : que les autres, ce sont tous des cons ; c’est ce qui m’a aidé à traverser tout ça).

    Et puis, plus récemment, comme toi, je me suis demandé pourquoi moi. Et… comme toi, je ne sais pas…

    Peut-être que pour être accepté-e, il faut montrer qu’on sait exclure les autres. Ce n’est qu’une hypothèse, mais ça ne serait pas nouveau de voir des groupes qui se forment en excluant d’autres personnes…

    Dans tous les cas, ce que font les agresseurs, ce n’est pas de ta faute ; ce sont eux qui font du mal, pas toi.

  10. Une poule blessée au milieu d’un poulailler, voila l’image la plus simple pour expliquer ce phénomène, la moindre trace infime de faiblesse, de manque de confiance en soi, de doute te rends vulnérable à leurs yeux. Ayant vécu la même chose pendant 3 ans en BTS, je pense savoir ce que tu ressens, pour ma part j’ai réussie à inverser la tendance puisque c’est aujourd’hui totalement le contraire je me suis vengée de leurs moqueries en devenant première de ma classe et en leur montrant à quel point ils étaient mal élevés, la technique de l’humiliation marche ( pas très pédagogique tout ça). En espérant que tout ira mieux pour toi à l’avenir ne te laisse pas abattre, tu n’as pas l’intelligence de la méchanceté et ça c’est admirable.

    • ♥ Ça me fait tout bizarre qu’une ancienne amie de primaire commente cet article, ça rend le truc très réel. En tout cas, je suis heureuse d’apprendre que tu as su te sortir de tes ennuis à toi avec brio. Et bravo pour ton BTS. 🙂

      Et merci.

  11. J’ai aussi été prise comme tête de turc (est-ce pour cela que je me suis ensuite intéressée à la Turquie ? haha) de la maternelle jusqu’à la fin du collège, donc je peux comprendre…

    Aujourd’hui je pense que j’ai dépassé tout ça. Certes, il m’arrive d’être un peu maladroite en société, mais pas au point d’être rejetée. Et j’ai dans mon entourage des gens avec qui je partage une affection réciproque. Et mon estime de moi s’est améliorée. Bref, je suis sans doute plus forte qu’avant, mais sans doute pas GRÂCE aux brimades : au contraire, c’est lorsque j’ai changé d’environnement, au lycée, que j’ai enfin commencé tout doucement à m’épanouir. Au lycée, j’ai rencontré plein de nouvelles personnes qui ne connaissaient pas mon « passé » et qui me regardaient et me parlaient sans mépris ni animosité, ça me faisait drôle au début.

    Je souhaite qu’avec le temps tu relègues toi aussi ton calvaire dans le placard des mauvais souvenirs. Des gamins qui te volaient tes affaires, ou qui t’attendaient à la fin des cours pour te menacer, ou qui t’em****aient dans le bus valent-ils vraiment la peine que tu penses autant à eux ? Tu n’as pas moins de valeur qu’une autre personne, et la présence à tes côtés de gens qui t’aiment pour ce que tu es devrait te conforter dans cette idée.

  12. Ton article me parle beaucoup, j’ai à peu près vécu la même chose. Toute mon enfance et adolescence j’ai aussi entendu les « bah au moins ça va t’endurcir ». Comment peut-on croire ça…

    Je n’ai pas grand chose à ajouter à ce que tu dis déjà. Si ce n’est mon expérience aujourd’hui quand j’essaye d’en parler autour de moi. C’est quelque chose de très dur, comme tu as l’air de le dire aussi, d’en parler, et au final c’est souvent mal reçu. Comme réponse, j’ai systématiquement eu un « oui enfin, tous les enfants ont connu ça » et un changement de conversation mal à l’aise. C’est quelque chose qu’on a vécu seul, et qu’on garde aussi pour soi ensuite, qu’on continue de vivre seul-e, finalement.

    • Ah oui, les gens confondent souvent « ne pas avoir été la personne la plus populaire » et le fait d’avoir été la tête de turc. Mais de toute façon, tout témoignage de souffrance est généralement mal reçu, j’ignore pourquoi. Heureusement, il existe des gens bienveillant qui acceptent d’écouter et de conseiller. J’espère que tu en connais toi aussi et que tu as reçu du support de personnes qui tiennent à toi.

  13. Bonjour,

    Je te remercie d’avoir eu le courage de partager cela, je pense que c’est aussi un pas de plus en avant.

    J’ai été aussi « harcelée » au collège, de la sixième à la 4ème, où j’étais la gamine-intello-salope qu’on regardait de travers. Ce n’est pas allée très loin et ça n’a pas duré toute ma scolarité donc je n’en ai pas souffert autant que d’autres, mais j’en ai quand même gardé certaines séquelles, dont l’habitude de me mettre de côté, de m’écraser dès que je ne trouve pas ma place dans une classe. Dès que je sens qu’on me pointe un peu du doigt, où que je peux l’être, je me mets « volontairement » de côté, en me persuadant que c’est mon choix. La vérité c’est que j’ai peur de me rendre compte que les autres ne m’aiment pas, et me méprisent, parce que comme tu le dis c’est très difficile à vivre, le mépris d’autrui.

    J’espère qu’un jour je cesserais de me priver de la compagnie de certaines personnes.

    Je te souhaite aussi de réussir à t’affranchir de ce passé.

    Je pense qu’il faut absolument prendre au sérieux ce problème. C’est trop dur d’encaisser des choses pareilles, pour un adulte déjà, mais surtout pour un enfant ou un ado qui va du coup se construire autour de ça..

    Je comprends aussi que ça soit difficile de trouver des solutions, mais je pense que si on a apprenait aux enfants à être plus tolérants entre eux ils le seraient sans doute aussi plus à l’âge adulte. Et ça serait la promesse d’un monde un peu meilleur.

    Bon courage

  14. Bonsoir! Bravo pour le témoignage.

    Un peu hors-sujet, mais ca m’a rappelé un court-métrage que j’ai eu l’occasion de voir dans un festival cinéma sur les droits humains (c’est dire!). Un peu hors-sujet donc puisque c’est sur le bizutage dans les universités portugaises, les « 2e annees » qui font subir des choses atroces aux nouvelles recrues. C’est a voir!

    Ca s’appelle Praxis, et c’est de Bruno Moraes Cabral

    (http://www.film-documentaire.fr/Praxis.html,film,36003)

  15. Après 25 ans de vie, 8 ans de persécution et humiliation scolaire et une relation d’amitié abusive, je ne peux que dire une chose: oui, ce qui ne nous tue pas sur le coup le fait simplement à petit feu. Parce qu’un peu plus chaque jour, les doutes, les mauvaises habitudes et l’angoisse ronge le peu de positif qu’il a éventuellement réussis à survivre et qu’il devient presque impossible de construire des liens solides avec un autre être humain sans entendre les moqueries et les constants rappels de ses bourreau qu’on est un poids, une plaie et qu’on ne mérite rien de ça.

    Je te souhaite de t’en sortir. Vraiment. Je te souhaite d’en trouver le courage.

    Avec tout mon soutien.

  16. Merci d’avoir écrit ce partage.

    J’ai connu, aussi. J’ai connu la version « en primaire » et après ça s’est un peu tassé. Un an d’avance, premier de classe (d’une petite école privée de quartier très banale), ça veut dire, quand on est un mec, qu’on fait une tête de moins que tous et donc, qu’on est celui sur lequel tout le monde cogne. Et sur qui tout le monde a le droit de cogner puisque, comme le faisaient élégamment remarquer les instits: « il est premier en maths, en dictée etc. C’est bien normal que les autres rétablissent l’équilibre en lui tapant dessus. » J’ai donc appris à le trouver normal, surtout qu’on me matraquait de l’idée que l’intelligence, c’était de ne pas répondre. « Montre-toi plus intelligent qu’eux: ne réponds pas. Ils s’arrêteront. » Bien entendu, ils ne s’arrêtaient pas, justement parce qu’ils comprenaient qu’ils ne risquaient rien. Alors on se fait taper dessus pendant six ans et tout le monde, autour, considère que c’est tout à fait normal.

    Et le jour où on croise des adultes pervers, on rejoue la même scène: on prend des coups et on s’entend dire « je sais pas comment mais tu l’as FORCEMENT cherché. Personne ne peut être aussi mauvais, à part toi. Remets-toi en question car tout ce qui t’arrive ne peut être que ta faute. »

    On l’entend dire par l’entourage et par soi-même aussi, ces bourreaux intériorisés. Ceux qui répètent « tu es une merde, donc ta place, c’est sur le paillasson ». Et, c’est terriblement vrai. Le jour où on n’est, vraiment plus du tout, sur un paillasson, c’est à eux qu’on pense. C’est à eux qu’on a obéi, en négatif.

    Et si par malheur on les retrouve, ils ont assez de perversité pour juger qu’on est toujours le même étron sur le même paillasson. Ils reprennent leur petite danse « Y’a qu’la vérité qui fâche, nanananananère » et la version pseudo-mature dont vous avez si justement parlé.

    On ne s’en sort pas comme ça parce qu’ils n’ont pas seulement détruit quelque chose, ils l’ont empêché d’exister. Le tout avec l’assentiment de ceux qui, en théorie, avaient mission de protéger les enfants de ce genre d’injustices, et qui au lieu de ça, les ont approuvées, légitimées, justifiées pour protéger leur petit confort lâche: la paix sociale d’une classe, les bonnes relations avec d’autres parents.

    Et nous, on trimballe ça des décennies durant, avec à la pointe, la peur de le faire subir à d’autres.

  17. Je reposte car je viens de me rappeler qu’en 6e, mon frère qui avait sauté une classe s’en prenait plein la gueule et se faisait traiter « d’intello ». Je me souviens avoir écrit un texte en français ou en latin je ne sais plus où je décrivais l’admiration que j’avais pour lui, qu’il était fort et que je l’aimais. La prof l’a lu devant toute la classe, et je crois qu’à partir de là, les choses sont mieux allé pour mon frangin (plus les années ont passées et plus il est devenu populaire d’ailleurs car il est très cool).

    Voilà pour cette petite histoire que j’avais presque oublié !

  18. Bon, bon, bon.

    Tout d’abord un grand merci pour vos réactions, vos petits mots de soutien et vos témoignages. Vous avez posé beaucoup de questions, et certaines reviennent plus souvent que d’autres, je vais donc tenter de répondre.

    Tout d’abord, comme beaucoup d’entre vous, j’ai également eu droit aux professeurs et personnel enseignant qui plutôt que de soutenir et de tenter d’intervenir, me reprochaient de ne pas essayer de m’intégrer (j’en parle ici : http://violences-agistes.tumblr.com/post/55077214137/lentite-divine-par-myroie) ou me conseillaient d’ignorer mes bourreaux (comme si on pouvait ignorer le mépris) et j’en passe des meilleures. Honnêtement, si j’avais été à leur place, je ne sais pas comment j’aurais réagi, et c’est bien le problème (moi qui arrive à toujours trouver une solution à tout, fut-elle considérée comme étant « utopique »).

    Je constate aussi que beaucoup d’entre vous ont développé des « traumas » (je ne sais pas si le mot est juste, donc je le mets entre guillemets) comme le fait de psychoter dès que quelqu’un rigole et qu’on ne sait pas pourquoi (est-ce de moi qu’il rit ?) ou encore d’être extrêmement susceptible et vulnérable aux moqueries et à la critique (surtout si cette dernière manque de bienveillance). J’ai les mêmes troubles, mais j’y travaille, et j’espère que ça s’atténuera autant pour vous que pour moi (on y arrivera, wééé !).

    Je suis heureuse d’avoir permis à certain.e.s de témoigner et en même temps je suis horrifiée de constater que tant de gens connaissent ce genre d’expérience. Je pense cependant sincèrement qu’il est possible de se reconstruire malgré ces regards et ce mépris et je vous le souhaite à tous, autant que vous me l’avez souhaité à moi.

    Merci encore à tous. ♥

    • Mon dieu, mon témoignage est bien plus long que prévu. Passons. ^^’

      Je suis curieuse de savoir ce qui t’a motivée à ouvrir la boîte de Pandore, s’il y a eu un élément déclencheur ?

      Et si tu as entrepris une démarche particulière pour te rétablir ou si, comme à peu près toutes les victimes, tu joues aux bricoleuses avec ton âme ?

      Bisous.

      PS: j’adore ce que tu fais avec le blog et le Tumblr Egalitariste. C’est une plateforme qui m’a aussi beaucoup aidée ces derniers mois, et qui m’a éveillée à pas mal d’autres problèmes et actions. 🙂 En un sens, ça a un peu changé ma vie.

      • C’est très bien les commentaires longs. Je vous lis tous, même si je prends pas le temps de répondre à chacun.

        Bref. Alors, pour répondre à tes questions, ça fait pas mal d’années maintenant que je fais beaucoup d’introspection, de méditation, etc, etc afin d’essayer de me comprendre et de comprendre le monde dans lequel j’évolue. Déconstruire mes souffrances et les analyser m’aide beaucoup à avancer, et mon militantisme me permet d’être de plus en plus bienveillante envers moi-même et envers les autres. Je dois avouer que depuis quelques années, j’aime la personne que je suis en train de devenir, et c’est entre autre ce qui m’a donné le courage d’ouvrir cette boîte de Pandore.

        L’élément déclencheur a été un petit tweet de Biaise (twitteuse que je recommande, qui est vraiment très intéressante même si on a pas les mêmes point de vu sur tout) que j’ai vu passer un jour, qui disait en gros « il faut témoigner de ses souffrances et de ce dont on a été victime : ça libère la parole des autres et ça permet d’organiser les luttes ». Ce petit message est resté longtemps dans un coin de ma tête et m’a permis d’abord d’écrire « Le Doigt Froid » dans lequel j’ai réussi à expliquer et accepter une agression spécifique dont j’ai été victime. Ensuite, pendant beaucoup de temps encore, j’ai tenté d’écrire au sujet du bullying. Je compte plus le nombre d’essais ratés que j’ai fait. Je voulais réussir à écrire quelque chose de personnel mais pas trop qui permette de dénoncer tout en me préservant un minimum. Je crois que j’ai à peu près réussi. Et je suis heureuse de voir que j’ai aidé des personnes à libérer leur parole également. Je crois que j’ai jamais eu autant de commentaires tristes et positifs à la fois, mais ça me rend heureuse : on a tous vécu quelque chose de dur, mais on arrive à en parler et à être indulgents envers nous-même (en tout cas j’espère).

        Ma démarche à moi, finalement, c’est d’apprendre la bienveillance tous les jours, et de m’en faire bénéficier autant que les autres. Aider autrui, c’est m’aider moi-même, c’est me prouver que je peux être utile, c’est échanger des sentiments positifs. Et rien ne saurait être plus bénéfique. Je fuis de plus en plus tout ce qui n’est pas bienveillant. Ça restreint un peu mon cercle, mais ça me permet de m’épanouir et de rencontrer des gens merveilleux. Et je souhaite à chacun de rencontrer autant de gens aussi géniaux que le nouveau cercle d’amis que je suis en train de me faire.

        Voilà, j’espère avoir répondu à tes questions. Si tu en as d’autres, n’hésites pas. 🙂

  19. Ca me parle énormément. J’ai vécu quelques années difficiles aussi du CM2 au collège et en etudes supérieures. Des surnoms ignobles, le sentiment de ne jamais être assez bien, d’être toujours à côté de la plaque. J’en garde un manque de confiance en moi q ue je cache derrière une apparence d’assurance et souvent l’impression que tu évoques que les gens parlent sur moi dans mon dos et se taisent quand j’arrive. Le pire c’est que j’ai à nouveau connu ça là où je travaille depuis 5 ans. Heureusement que j’avais pu me construire entre temps … j’ai 38 ans et ça reste sensible

  20. La notion de positif à retirer d’une telle expérience m’évoque deux souvenirs :

    Le premier concerne la primaire. Je n’y vivais pas vraiment torturée par les autres, disons qu’il y avait une majorité vaguement indifférente mais ne m’appréciant pas énormément, une poignée de personnes qui étaient amicales quand l’envie leur en prenait et deux ou trois personnes qui me détestaient pour des raisons qui leur appartiennent. Un jour à la récréation, j’ai été invitée pour une fois à jouer au loup (je ne l’étais pas systématiquement parce que je ne courais pas vite) avec quasiment toute la classe. Et en plein milieu du jeu, toute la classe m’en a exclue avec des moqueries. Je savais ne pas avoir de vrais amis, dans le sens d’amis fiables : j’apprenais que quand on m’accordait cependant une attention un peu amicale, je devais en plus redouter un piège. Je n’ai pas oublié ça parce qu’aujourd’hui encore, où j’ai appris à m’attacher à des gens, à les aimer, il me reste toujours un doute quand j’essaie de leur faire complètement confiance, une impression de factice : qu’on cherche à m’approcher, moi, ce n’est jamais sans une idée en tête et cette idée a des chances d’impliquer de me faire souffrir.

    Le second est au niveau du collège, vie sociale à peu près inexistante, vie quotidienne pas géniale. C’était une période où je lisais beaucoup de livres et de bd/mangas, et je les cherchais le plus sombre et violent possible. Je me souviens avoir pensé d’un livre trop léger, ou d’un autre avec un personnage altruiste, qu’ils n’étaient pas assez « réalistes » : le réalisme, c’était quand il n’y avait pas de bon sentiment, juste de la cruauté et de la violence. Je me disais que si c’était trop tendre, ça ne ressemblait pas encore assez à la vie, or il fallait que je me prépare puisque la vie avait l’air décidée à ne pas me faire de cadeaux. En fait je me rends compte que ce que je cherchais, c’était ce fameux endurcissement. Je ne pouvais pas m’endurcir physiquement, je n’ai jamais pu, mais je devais au moins m’endurcir moralement, tuer tout ce qui pouvait être faible ou vulnérable en moi, tuer mon empathie, ma pitié, mon amour pour certaines choses ou certaines personnes, parce que sinon j’allais forcément morfler. Et j’ai failli réussir. Je suis passée par quelques années à être sur la défensive tout le temps en situation sociale, éviter de dire quoi que ce soit qui pourrait ressembler à une faiblesse, et me répéter en continu que je devais me méfier des autres, ne m’attacher à rien, n’avoir confiance en rien ni personne. Je n’ai pas moins souffert, et quand plus tard j’ai connu mes premières vraies amitiés et quelques passions, j’ai eu le sentiment de devoir tout réapprendre, comme si je ne savais plus comment me comporter normalement avec des gens ou de me fier à mes sentiments, comme si je n’étais plus capable d’aimer.

    Qu’est-ce que ça apporte au juste, de s’endurcir ? Imprimer l’idée que la vie est dure, qu’on ne peut ou ne doit compter sur personne, que quand on va mal personne n’est prêt à nous aider ? Est-ce qu’on veut vraiment d’un monde pareil ?

    • « Qu’est-ce que ça apporte au juste, de s’endurcir ? Imprimer l’idée que la vie est dure, qu’on ne peut ou ne doit compter sur personne, que quand on va mal personne n’est prêt à nous aider ? Est-ce qu’on veut vraiment d’un monde pareil ? »

      Voilà.

      S’endurcir ? Etre plus fort ? Pour quoi faire ? Reproduire éternellement autour de nous ce qu’on a subi: tyranniser tous ceux qu’on juge faibles ou tout simplement différents, et ricaner de leur souffrance ? Et trouver tout ça parfaitement légitime, « la vraie vie » ?

      Si on pense tous comme ça, alors, oui, ça sera « la vraie vie ». Et quand on sera de nouveau du mauvais côté, il ne faudra pas davantage se plaindre.

  21. Merci pour ce témoignage touchant. La dure réalité du bullying, je l’ai malheureusement vécue surtout à la période de l’adolescence. Je cumulais les « tares »: grosse, intello qui se réfugie à la bibliothèque pendant la pause, africaine dans un collège où j’étais la seule étrangère, timide…. il n’y a pas un jour où on ne m’a pas rappelé que j’étais pas en phase, que je ne rentrais pas dans le moule du « socialement acceptable »…. c’est à cette période de ma vie que mes angoisses ont littéralement pris ma vie d’assaut, que mes troubles alimentaires sont apparus (avec lesquels je me bats encore), que j’ai contracté une mésestime de ma personne que je traîne encore comme une maladie chronique.

    Alors quand on vient dire que le bullying nous rend plus fort, non, non et non. Cela a brisé tant de choses en moi; j’ai parfois l’impression que c’est comme si l’on m’avais amputé un membre, un membre qui ne repoussera jamais. Ce que je suis aujourd’hui, le moi que j’arrive à émerger de tout cela, je ne le suis pas GRACE à ça, mais MALGRE ça.

  22. Merci pour ce témoignage…

    La sincérité avec laquelle tu en parles malgré ce que tu as subi me pousse à essayer de faire de même. Je n’en ai jamais parlé alors ça risque d’être un peu brouillon et un peu brut, soyez indulgents.

    J’ai aussi été la cible de ce genre de harcèlement du primaire au lycée, probablement pas pour les mêmes raisons, pas de la même manière non plus. Vous voyez le cliché de l’intello dans la bande de mec qui se fait bizuter et dont on se moque en permanence ? Bah c’était moi …

    J’habitais en campagne, ma mère était mon instit en maternelle, ma prof de primaire était ma voisine, j’avais sauté une classe et j’étais premier en classe. En plus de ça je n’aimais pas le foot (seule activité « de garçon » pratiquée dans ce coin perdu) et j’étais fan des Spice Girls. Autant dire que j’étais mal parti surtout que je ne comprenais pas à cette époque ce que je faisais « de mal ». J’étais loin de faire partie des gamins populaires. Mais au moins en primaire ma proximité avec mon instit et le fait que mes notes me valorisaient ont limité les dégats. On se moquait de moi, de ma tronche d’intello et du fais que j’aimais des trucs de filles mais ça s’arrêtait la.

    Au collège c’est devenu beaucoup plus dur. Mon décalage avec les mecs de mon age s’est amplifié. Je portais des mocassins en cuir (que j’affectionne toujours autant) au lieu de m’extasier sur les dernières nikes, les images pornos qu’ils se passaient entre eux ne m’inspirait rien et j’ai eu le malheur de dire que pour l’utilité que j’en avais je préférais avoir du matériel de qualité plutôt que d’être fringué en adidas. Je suis très vite devenu le souffre douleur de ces messieurs avec humiliations au milieu de la cour de récré et mesquinerie permanente.

    A ce moment la (vers la 5e) j’ai essayé de me tourner vers les filles de ma promo et, au final, c’est peut être bien ce qui à sauvé mon collège puisque je pouvais être moi-même sans que je prenne des remarques. Je ne veux pas dire pour autant que c’était parce que c’était des femmes que ça s’est bien passé mais à cette époque la je n’avais pas autant de recul qu’aujourd’hui. Et j’ai commencé à développer une profonde misandrie. Tous les mecs n’étaient que des sales cons et je les ais haïs, puis méprisés, les considérant comme stupides et inférieurs. Ce qui n’a pas arrangé ma relation avec les gars de mon age. Les sévices ont augmenté, je me suis fait frapper, parfois au milieu de la cour, sans beaucoup de réaction à chaque fois des autres élèves et des surveillant. Ça semblait même en amuser beaucoup (je parle des élèves la). Le seul « support » qui m’ait été apporté étant « Sois un homme, bats toi ! Sois pas une femmelette » par un gamin de deux ans plus jeune que moi a qui je faisais visiblement pitié.

    Ce qui ne m’a pas vraiment aidé. La seule défense que mon corps a trouvé à cette époque à été les crises d’angoisse. On ne me tapait plus dessus puisque ceux qui me frappaient avaient peur qu’il m’arrive vraiment quelque chose et qu’ils en soient tenus responsables et on m’amenait à l’infirmerie. Ça a duré sur le dernier semestre de ma troisième en espérant que ça disparaîtrait avec mon entrée au lycée et en fréquentant d’autres personnes. J’ai commencé à me construire une carapace à cette période en m’enfermant de plus en plus. J’écoutais de la musique dans un coin pour ne plus rien entendre pendant les pauses, avec pour seul horizon le lycée.

    Et ça a changé, mais pas vraiment de la façon dont je l’attendais. Lycée Technologique d’Etat, bac S et STI uniquement, 95% de mecs. Dont une partie des gens qui m’avaient pourri mon collège. J’ai fait une crise d’angoisse le premier jour. Et j’ai totalement fermé la porte ce jour la. Je ne sais pas pourquoi cette crise la à été différente, mais j’ai décidé de ne plus me laisser faire. J’ai pris un chemin différent du tien cependant, mais je ne sais pas si il est plus reluisant. Au lieu de me mépriser moi, j’ai commencé à mépriser tous les autres.

    Ils ne valaient rien, leur attitude le prouvait, et j’étais bien meilleur qu’eux dans presque toutes les matières. Pourquoi leur adresser la parole ? Pourquoi adresser la parole à qui que ce soit d’ailleurs, puisque personne n’avait levé le petit doigt pour m’aider quand j’en avais besoin ? J’ai mis des écouteurs sur mes oreilles et j’ai monté le son, pendant 3 ans. Je ne discutais avec personne, je ne sortais pas, je jouais, trop, tout le temps, j’ai joué et j’ai intériorisé ma haine.

    Plus personne ne m’a frappé. J’étais agressif, pas par l’attitude mais par les mots. La fois ou quelqu’un a voulu me frapper, j’ai explosé de rire, en lui hurlant de me frapper, j’avais plus peur, lui oui, il n’a pas réussi à lever la main sur moi. En ce sens mon lycée s’est mieux passé, puisque je ne subissait plus rien, si ce n’est la solitude. Mais c’était le prix à payer, et de toute façon tous ceux qui m’entouraient n’étais que des cons. Je n’ai eu qu’une amie durant cette période, ma meilleure amie. On parlait d’elle, de ses problèmes, et ça m’allait, et ça m’aidait, parce que je ne pouvais plus dire qu’ils étaient tous des cons, parce que j’étais utile à quelqu’un qui ne me détestait pas.

    A la fin du lycée j’étais devenu un peu moins pessimiste, et j’entrevoyais qu’il pouvait y avoir des exceptions.

    Étrangement, c’est la prépa qui m’a aidé. J’étais dans une prépa intégrée, pas de concours, et probablement une ambiance un peu différente de celle d’une prépa classique. J’étais aussi à 800 km de chez mes parents, personne ne me connaissait. J’ai décidé de laisser une chance aux personnes autour de moi. Et ça à marché. Je dois mon salut à mes 3 « fillotes » que j’ai eu en deuxième année. Le parrainage à un côté assez fort en prépa, et elles étaient mes voisines de palier. Il m’a fallu cette année à les voir tous les jours, tous les temps pour pouvoir de nouveau faire un minimum de confiance aux gens. Même si je ne parlais jamais de moi, je n’étais plus aussi seul. Et je pouvais être celui que je voulais, sans avoir peur des réflexions des autres. J’étais toujours « le type bizarre et associal » mais je m’en foutais. J’ai appris à distinguer l’avis des gens qui comptent de l’avis des autres.

    Aujourd’hui, quatre ans plus tard, j’ai pris un peu de recul vis à vis de ça. Tous mes amis sont des amies et j’ai encore énormément de mal à regarder les hommes qui m’entourent comme des personnes dignes de confiance mais j’ai des amis. Je parle toujours très peu de moi et j’ai de gros problèmes de confiance envers les autres mais je travaille sur moi-même et je sais que cette période difficile est loin derrière.

    Le bullying m’a pris au moins 5 de mes années de jeunesse, où je suis resté enfermé et seul. Aucune excuse ne peut justifier ce harcèlement. Qu’il aient pu eux aussi être mal dans leur peau ne justifie pas de balancer en l’air la vie d’autre personnes.

    Voilà … Je n’avais jamais parlé en détail de ça à personne. J’espère que ça pourra apporter quelque chose à quelqu’un d’autre qu’à moi.

    Merci encore pour ton article,

    Arhkane

  23. J’ai vécu ma dose de bullying au collège. On n’a pas forcément la même histoire (je dirais que la mienne est « moins pire » quand même), mais y a des trucs qui se recoupent.

    Je pars de loin (y a encore quelques années, je pouvais pas soutenir un regard ou demander l’heure à des inconnus…). Mais comme tu dis, avec de l’amour et de la bienveillance, du pardon et de la confiance, on avance.

    Je ne crois pas qu’il faille se focaliser sur ceux qui nous ont blessées, je doute qu’on puisse avoir le sentiment d’être parvenu à prouver quoi que ce soit à des bourreaux fantômes. En fait j’ai peur que ce soit une quête sans fin.

    Je crois qu’il faut plutôt partir du principe que les gens autour de nous (à l’exception des gros connards) sont plus indulgents/bienveillants qu’on ne le pense lorsqu’on a peur de les voir nous abandonner. Faut partir du principe, aussi, qu’on a de la valeur (et tu en as, je l’ai vue 😉 ), et que ça ne dépend pas de nos réussites ou de nos échecs.

  24. Merci pour votre témoignage, il m’a touchée. Je ne serais toujours pas dire aujourd’hui si ce que j’ai vécu était du harcèlement scolaire. Je parlerais davantage de moqueries, de méchanceté gratuite (même si je me suis fait frappé la tête contre un mur à la récré en CE2). Je n’ai jamais parlé de cette histoire à ma famille, ni même à mes amis. Une bonne partie de ma scolarité, j’ai été celle qu’on isolait du groupe, et ma timidité maladive de l’époque ne m’a pas aidée. Celle que je considérais comme ma meilleure amie s’est peu à peu éloignée de moi pour traîner avec des gens plus cools. Après trois années de primaire agitées, celles de CM1 et CM2 ont plutôt été calmes (si on oublie cette fille de CE2 qui a pris plaisir à m’enfermer dans des toilettes pleines de merde). A mon entrée au collège, j’ai compris que pour survivre, il fallait que j’apprenne à me défendre face aux autres qui m’insultaient, me rabaissaient quotidiennement. Je me suis mise à les insulter, à adopter leur langage sans pour autant que leur méchanceté gratuite s’arrête. Au final, c’est devenu comme un jeu qui a duré tout au long du collège. En 4ème, un nouveau camarade de classe s’est chargé de reprendre la relève. Il s’attaquait constamment à mon physique, ses propos étaient extrêmement violents. Chaque jour je redoutais d’aller en classe car je savais que j’allais le retrouver, il me terrifiait et c’est à cette période que j’ai commencé à avoir des tics. Chaque jour, il me renvoyait en pleine face cette image de moi qui m’insupportait, celle que je ne pouvais pas regarder dans la glace. Je ne répondais jamais à ses attaques, contrairement à celles des autres, mais je baissais la tête, je m’écrasais. Le plus dur pour moi était de rentrer à la maison, faire comme si de rien n’était, faire semblant d’être heureuse. Je n’ai pas été heureuse dans ma scolarité (primaire, collège, lycée) même si, au lycée, j’ai rencontré des personnes mâtures, amicales et qui ne me jugeaient pas. C’est justement en Première et en Terminale que j’ai eu un aperçu de ce qu’était l’amitié, de se sentir acceptée, intégrée dans un groupe. Mes « joies » étaient éphémères au lycée, les propos de ce garçon m’y ont suivi, et il m’a fallut du temps pour les laisser derrière moi.

  25. Je me souviens que ça a commencé en primaire, et que c’était particulièrement virulent au collège : j’ai aussi eu droit au coup du casier ouvert, la trousse volée et retrouvée dans les chiottes. Au lycée, c’était davantage de l’indifférence. Dans tout ce temps, il y avait des fluctuations, ce n’était pas du mépris non-stop, parfois les gens avaient l’air sympa, mais après ils retournaient leur veste, et rebelotte. Est-ce que c’est des gens bien ? Est-ce que c’est normal ? C’est pas grave ? C’est de l’humour ?

    J’en suis venue à douter de tout le monde. Je m’attends encore à voir la face cachée de chaque personne. Rarement je me prends à faire confiance à quelqu’un, mais je modère ce sentiment d’emblée. Quand je pleure et qu’on s’approche, je peux devenir très agressive, car j’ai souvent vu cette curiosité avide qui anime ceux qui demandent, la bouche en coeur, « Pourquoi tu pleures ? » – je me souviens de ma première réaction de ce type, en 6e (justement l’histoire de la trousse), et ma copine m’avait dit que j’y étais allée trop fort, alors que je « savais » ce que ces autres filles pensaient de moi, et qu’elles avaient peut-être même participé au méfait. J’ai essayé au maximum de ne pas ramper aux pieds de ces gens. Mais c’est sans issue : en essayant d’être fort, en se privant d’en parler pour faire comme si ce n’était pas grave, on se laisse ronger de l’intérieur. En larmoyant, on nourrit les bourreaux.

    J’ai aussi eu droit aux recommandations d’ignorer, surtout de ma mère. Bien entendu, le truc que je conseillerai pas à mes propres enfants. Je crois que mon père m’a au contraire conseillée de répondre, de me battre, mais j’ai toujours été de bonne nature, et là j’avais commencé à être détruite. Comment aurais-je pu ?

    Comme toi, j’ai ce sentiment de « deer in the headlights ». Je pense que je pourrais faire, mais je ne fais pas. Comme toi, je booste mon égo pour masquer mes craintes, je booste encore mon égo pour ne pas dire que je fais rien de ma vie, et que je m’enlise. Au quotidien je souris, je me drogue à l’insouciance – ça soulage mais ça empire les choses.

    Depuis quelques mois j’ai des idées très noires qui me submergent de temps à autres. Il y a 10 ans, je n’aurais pas cru développer des tendances suicidaires. Au bullying se rajoutent d’autres choses, des histoires familiales entre autres, mais généralement il habite en moi un mélange de solitude, d’incompréhension, de dégoût, de culpabilité (d’être venue au monde, de pas être à la hauteur, de pas avoir su me défendre…) et un vague élan de survie. Au quotidien je pense avoir toutes mes chances, être qqun de bien, mais je me pose le soir en me disant que je suis une coquille pleine de vide.

    Je ne dirais pas que je l’ai eu mauvaise par rapport à d’autres. On ne m’a pas enfermée dans un placard, ou rouée de coups. Mais les faits sont là : j’ai aussi été mutilée dans mon âme.

    Heureusement j’ai fait la connaissance de gens qui se sont avérés être des amis, dès le collège. Mais ce n’est que depuis peut-être deux ans que j’apprends à croire que je peux vivre l’amitié. J’en ai 24. Et je vis encore dans une relative solitude. Du vide, dans du vide.

    Mu. En japonais, on peut l’écrire avec au moins 2 caractères différents : celui du Vide, et celui du Brouillard, de la fine pluie. Voilà un peu ce que je suis. C’est ce à quoi je m’identifie.

  26. Bonjour,

    ce texte m’a profondément touché, j’ai même été à deux doigts de laisser couler une larme.

    Pour une bonne raison, ce harcèlement, être la tête de turc qu’on moque, je l’ai toujours été (à part peut-être en 5ème et en 4ème).

    Je suis en première et même si le problème semble s’être déplacé vers d’autres victimes. On « sent » quand les gens nous méprisent.

    Je n’ai jamais été la fille cool et populaire, toujours l’intello (à tord puisque mes résultats ne sont pas brillantissimes) bref, celle qu’on aime moquer.

    L’année dernière, en seconde, je me différenciais du reste de la classe : j’avais des convictions politiques que j’assumais. Ces gens ne m’aimaient pas, je ne savais pas pourquoi. Mais les « ta gueule » ou « pfff elle est trop conne  » quand je me trompais m’avaient déjà quelque peu renseigné sur leur degré d’animosité. J’étais de plus en plus sensible, j’avais quelques amis qui me soutenaient mais un soir sur trois j’éclatais en sanglots. Le harcèlement (celui que j’ai vécu) était plus à l’usure, chaque jours une saloperie.

    Un jour ces gens ont trouvé mon compte Twitter où je parlais politique, leur jeu était alors de lire mes tweets en classe en se foutant de moi parce que c’est hilarant une adolescente qui s’intéresse à la politique.

    J’ai tenu trois jours, le troisième j’ai appelé ma mère en larme et je lui ai clairement dit que je ne retournerais pas au lycée. Mes parents m’ont soutenue jusqu’au bout et ont pris un rendez-vous avec la directrice.

    Je n’ai pas réussi à changer de lycée malgré mon insistance et j’ai regagné ma classe.

    Les élèves se mirent à devenir plus calmes, seulement les regards et la bonne ambiance générale dans laquelle on évitait toujours de m’inclure je le sentais. Cette année je me retrouve dans la classe d’une des personnes qui m’avaient harcelé, l’ambiance est horrible plutôt que s’attaquer à moi, ses amis s’attaquent aux miens. La classe est divisée et ne plus être l’unique victime est égoïste mais réconfortant.

    Tout ce que je retire de ça est que je suis devenue beaucoup plus sensible qu’avant et qu’à force de me salir, la seule façon de ne pas me laisser tomber est d’augmenter mon ego à l’extrême.

    Je sais aujourd’hui que la directrice a menti quand elle m’a dit que « cette expérience vous rendra plus forte et vous permettra de tout affronter ».

    • c’est terrible d’apprendre que tu es encore là-dedans. Tu as tout mon soutien. Heureusement, tu as des amis qui te soutiennent et j’espère pour toi que ça durera. Et non, ce n’est pas égoïste d’être soulagée de ne pas être seule. C’est normal. Je t’invite à consulter les liens en fin d’article, certains sont des sites qui proposent aide et solutions pour les élèves en difficulté comme toi. Garde espoir et courage, tu vaux bien mieux que les imbéciles qui te briment (d’ailleurs, avoir une conscience politique à ton âge, je trouve ça admirable, et certainement pas digne de moqueries).

  27. Ping : L’indésirable | | Combats modernes...

  28. Bonjour,

    Tu as mis le doigt sur un bon paquet de trucs dont on ne parle pas vraiment en France. Avant de lire ton article je me disais aussi comme tout le monde que « bon ben c’était normal hein, c’est l’école de la vie ». Sauf que non.

    J’ai l’impression que pour être écarté, il suffit d’être différent, ça plait pas trop. Aujourd’hui je considère le collège comme mes années noires. Nouvel établissement, on a perdu une partie des potes de primaire, et les gens sont plus « bruts » dans leur comportement que jamais. Alors voila, moi je passais déjà 90% de mon temps sur les jeux vidéo, j’étais pas trop un pro en termes de relations sociales. Il suffit d’y ajouter un peu de bidon, des binocles, et le fait de pas être très dégourdi et hop on est élu au rang de Victime avec un grand V. Le ptit bonhomme qu’on va s’amuser à insulter quand on s’emmerde un peu à la cour de récré. Ajoutons le fait que j’ai eu des très grosses facilités scolaires et on peut aisément éliminer le reste des gens qui avaient un peu de respect pour moi : ceux qui s’imaginent que je bossais comme un gros taré et que j’étais donc pas intéressant (étrange raisonnement d’ailleurs), au revoir, et ceux qui avaient pigé que je foutais strictement rien me prenaient pour un taré. Il reste plus grand monde. Alors on vit dans une espèce de psychose, la peur d’être seul, à la cantine, dans la cour, dans le car. On va au collège à reculons, et on fait TOUT pour y rester le moins possible. J’ai pété quelques boulons parce qu’il faut bien que ça sorte, et du coup j’ai pleuré comme un con, brutalement, plusieurs fois, en refusant de dire aux gens pourquoi.

    Le lycée c’était pareil que pour toi, nettement moins de problèmes. Les deux années de prépa suivantes, même chose.

    Et puis l’école d’ingénieurs. Le bullying recommence, mais c’est nettement plus pervers et insidieux. Je sais pas ce qui est le pire. Avec un millier d’étudiants, les gens se basent automatiquement sur ta réputation générale pour se comporter vis à vis de toi. Alors comme t’as l’air bizarre, que t’aimes bien geeker et que les soirées en boîte (ZE PLACE TO BE LES LOULOUS) ça te gonfle un peu, on te colle une étiquette « débile » mais cette fois on ne te le dira pas directement (sauf en cas d’alcool). Les gens t’évitent, t’ignorent, t’as beau bien t’entendre avec eux ils ne cherchent pas plus que ça à te voir. La bonne nouvelle c’est que sur 1000 personnes on trouve forcément des gens biens et on peut encaisser ensemble. Quand tu organises une partie de jeux en réseau dans une salle de la résidence, les gens qui rentrent de soirée complètement bourrés se collent à la fenêtre, te regardent et font des gestes bizarres comme si t’étais un phénomène de foire. Même en conseil d’administration des clubs, quand je venais défendre le budget du mien (club de japanim), je voyais des étudiants faire les cons et crier plus ou moins fort des trucs sur moi. En conseil d’administration. En dernière année j’ai eu une ultime réelle et tangible confirmation de ce phénomène pourri : avec des amis on a tourné et diffusé un film parodique entre deux films sérieux pour des élections étudiantes, j’étais l’acteur principal. Les gens ont adoré, et dans les jours suivants plusieurs personnes sont venues vers moi pour me dire « si j’avais su que t’étais un gars comme ça, je serais venu te parler plus tôt ». Sur le moment on trouve ça super sympa comme phrase, et quand on réfléchit à ce que ça sous-entend… Ouille. Ouille, ouille, ouille. Donc avant j’étais bel et bien considéré comme un pestiféré. Le phénomène pervers s’est trahi lui-même et m’a avoué la réalité sans le vouloir.

    Ce qui me sidère, c’est comment quelques personnes qui ne t’aiment pas spécialement ou te jugent sans chercher à te connaître peuvent parvenir à te pourrir auprès de dizaines voire de centaines de gens. C’est juste dégueulasse. Tu connais pas machin, il t’intéresse pas, bah tu l’ignores et tu restes courtois, c’est pas très compliqué. Mais c’est tellement plus facile de se faire mousser en se servant du crâne de ses petits camarades comme marches d’escalier pour monter toujours un peu plus haut en popularité. Drôle de monde.

    J’en ai plein d’autres à raconter des anecdotes à la con, mais je vais m’arrêter là. Je viens de vivre ma première année en tant que jeune adulte au boulot, et ton article me tombe dessus en plein bilan. Alors oui, moi j’en suis ressorti plus fort de ces expériences puisque je suis maintenant capable de répondre aux remarques et insultes qui me sont ouvertement adressées. C’est super utile comme compétence, puisque plus personne ne fait ça passé un certain âge.

    J’en suis surtout ressorti plus faible. J’ai une confiance en moi proche de zéro. Je ne fais rien, j’ai toujours voulu avoir un projet personnel mais à force de tout imaginer dans ma tête et de vouloir à tout prix faire les choses parfaitement je ne fais strictement rien. Quand je parle aux gens que je connais peu, j’ai le regard qui fuit et je ne m’en rends pas toujours compte. Parfois en pleine conversation je suis obligé de me dire consciemment « mais regarde cette personne dans les yeux quand tu lui parles nomdidjû » et me recadrer. On m’a déjà fait la remarque. D’autre part, il y a des journées durant lesquelles je flippe un max dans la rue, à cause du regard des autres. Je deviens un peu paranoiaque au point de me demander ce que les autres pensent de ma manière de me tenir debout alors je sais pourtant bien que les gens du métro n’en ont rien à cirer. Je n’ose pas sortir une 3DS dans ce même métro pour m’occuper parce que j’ai peur qu’on me prenne pour un idiot, même si je ne connais pas ces gens. Et je continue de craquer et de pleurer brutalement de temps en temps. De m’imaginer que telle personne que j’ai rencontrée ne m’a pas jugée ou si j’ai pas dit une grosse connerie qui plait pas. Parfois je stérilise totalement ma personnalité pour parler aux gens.

    Donc plein d’amour pour toi pour avoir écrit tout ça. Quand on parle d’un truc comme ça à l’oral autour de soi, on se prend toujours cette vieille remarque « oh mais ça t’a rendu plus fort, c’est comme ça, tu apprends les difficultés de la vie ». Faudra quand même m’expliquer pourquoi il y a des gens qui esquivent totalement et font subir aux autres ces « difficultés de la vie ».

    • Punaise, ce que tu as pu vivre en école d’ingé, c’est grosso-modo ce que j’ai vécu aussi en études supérieures. On te juge sur un aspect de ta personnalité qui est négatif (ou apparaît comme étant négatif) et après, on se base que dessus sans essayer de voir plus loin. J’aurais aimé que ceux qui m’ont mise à l’écart et m’ont moquée aient pris la peine de creuser un peu, mais c’était peut-être trop demander. Enfin bref. Merci à toi d’avoir témoigné, savoir que je ne suis pas la seule à avoir vécu le bullying version adulte me rassure, l’air de rien.

      Plein plein d’amour aussi.

  29. Miaou,

    Merci pour ce billet. Je pense comme toi qu’il est vraiment important d’en parler, avec le recul que nous avons pu obtenir du temps qui a passé, même si cela reste difficile et douloureux.

    J’ai écrit un petit témoignage en écho à ce billet.

    Voilà.

    Bises. <3

  30. Bonjour à toutes et à tous,

    Merci Myroie pour ton témoignage. Je me permets de commenter en tant qu’éducatrice travaillant dans l’éducation populaire auprès d’enfants. J’ai aussi travaillé auprès d’ados en situation de décrochage scolaire (et donc dans un contexte de souffrance en grand groupe).

    Ce symptôme ressenti par tant d’enfants (et vos commentaires successifs me rendent triste, tant le phénomène est répandu) est lié à plusieurs facteurs que j’ai détecté dans le cadre de mon boulot.

    La notion de bienveillance est rarement enseignée et encouragée par les adultes. Apprendre à écouter l’autre, à ne pas être méchant gratuitement, cela s’apprend. Et cela n’a rien de théorique ou d’idéaliste! La bienveillance, c’est ce qui permet d’offrir un cadre sécurisé aux enfants, qui peuvent s’exprimer.

    Si vous vous demandez pourquoi cette bienveillance n’est pas encouragée, c’est simple : énormément d’adultes ne sont pas bienveillants, que ce soit envers les enfants ou leurs pairs.

    Un second phénomène est celui de l’apprentissage de l’altérité, soit « ce qui est différent de moi ». Le groupe est compliqué à vivre, et cela pour énormément d’enfants (qu’ils endossent le rôle de bourreau ou de victime!)

    Cet apprentissage n’est que rarement encadré par la bienveillance des adultes, du moins dans le cadre scolaire..

    Cependant, si cela peut vous rassurer : même si l’école est encore un lieu où les enfants sont (trop souvent) en souffrance, d’autres cadres leur permettent d’être dans un contexte bienveillant, où ils seront valorisés. Des pratiques pédagogiques sont appliquées quotidiennement (et font leurs preuves:) où la valorisation de l’enfant dans sa singularité est opérée.

    L’adaptation au rythme et aux compétences de chaque enfant leur permet de s’épanouir, et surtout de réduire la pression du groupe : eh oui, les compétences sont partagées, et se partagent! Dans ce type de cadre, les enfants sont moins dans des logiques d’exclusion, mais d’inclusion !

    Je ne désespère pas que ces pratiques s’étendent petit à petit, pour que les enfants évoluent dans un cadre plus serein ! 🙂

    • Ah merci, votre témoignage me redonne un peu de courage. J’espère que vous dites vrai et que ça ira en s’améliorant.

      Je pense également que plus de bienveillance en général fera de notre monde un monde meilleur de toute façon. Je n’avais pas pensé qu’apprendre cette bienveillance aux enfants avait une telle importance, mais maintenant que vous le dites, ça me paraît logique. Merci, donc.

      • J’ai pu constater, dans mes lectures et observations pro, que le décalage ressenti par les enfants à l’école est lié à la négation de l’individu, de l’identité et de l’enfant dans l’apprentissage.

        L’école est un environnement violent : on apprend à être bien dressé (se ranger, se taire, écouter collectivement… ce n’est pas « apprendre », c’est « être bien dressé » !)

        La bienveillance se doit d’être encouragée… Mais surtout les pratiques malveillantes (humiliations de la part des adultes, mises à l’écart volontaire, stigmatisation, etc) doivent être reconnues et identifiées.

        Le jour où les éduc’ de toutes parts prendront conscience que la malveillance et l’ignorance sont incluses dans la définition de la maltraitance… Ces personnes envisageront peut-être leurs pratiques autrement!

  31. Je reposte un commentaire pour remercier encore toutes les personnes qui commentent et qui expriment du positif, ici. Je ne réponds pas à tout le monde parce que je n’ai pas le temps, mais le cœur y est, sincèrement. Merci de votre courage, de vos encouragements et surtout, plein d’amour et de bisous. ♥

  32. Merci pour ton témoignage.

    Il y a malheureusement énormément de personnes qui ont subi ce genre de chose, dans leur scolarité et /ou après.

    Pour ma part, j’ai déménagé 4 fois entre la fin de la maternelle et le milieu du ce1. À chaque fois, j’ai été rejetée, méprisée, mise à part, critiquée, etc. Dans mon collège, nous n’étions que 2 à venir de mon primaire mais ça a continué. Ça s’est calme à ma deuxième seconde, quand je suis devenue amie avec une fille cool ( j’ai eu la chance de trouver une fille aussi névrosée que moi mais qui le cachait tellement mieux et les mangas sont devenus populaires vers la fin de mon lycee, tous se bousculaient pour me les emprunter!).

    Rejetée par autant de gens qui ne se connaissent pas entre eux, comment ça aurait pu ne pas venir de moi?

    Je suis passée par toutes les phases possibles: dégoût de moi, enfermement dans la musique et dans les livres de fantasme et de mangas (tout mais pas le monde réel!), carpette qui fait tout ce qu’on lui demande pour plaire, empathie à l’extrême avec mon (tres maigre) entourage pour prévenir tous leurs besoins et leurs envies, toujours faire passer les autres avant soi, mythomanie pour me rendre intéressante, haine des autres ( je leur suis supérieure, ils sont juste jaloux), bref. Plus la période est longue, plus on a le temps de faire de tests, pas vrai?

    Il est vrai aussi que rien n’a marché, voire la plupart n’a fait qu’ empirer les choses…

    A 32 ans et après plus de 10 ans de psychanalyse, le manque de confiance en moi et en les autres est toujours présent, même si j’arrive à mieux le canaliser.

    Aujourd’hui, certains me disent que je suis spéciale, mais dans le bon sens du terme.

    Ça ne m’a pas tuée, ça ne m’a pas rendue plus forte, ça m’a fait devenir (encore un peu plus) différente. Mais je veux voir le bon côté de ça. J’ai une vraie valeur ajoutée à apporter parce qu’ un regard diffèrent sur les choses, sur les relations entre les gens, et ça aide souvent ceux qui prennent la peine de m’écouter. Ça débloqué des situations au travail parce les autres n’avaient pas vu la situation sous cet angle.

    J’ai certes toujours été un peu décalée de par mes déménagements, Marcel que je vivais seule avec ma mère, etc. Les autres enfants l’ont senti et ça les a mis mal à l’aise, donc ils ont fait en sorte que je reste loin d’eux. C’est triste mais humain. A l’âge adulte, certains continuent à réagir comme ça, d’autres voient ce que je peux leur apporter et m’apprécient. Je suis triste pour les premiers qui n’ont pas réussi à évoluer et je fréquente les seconds 🙂

    En tous cas, je vis beaucoup mieux depuis que je ne cherche plus à être « normale ». Personne ne l’est, on est tous différents.

    C’est ma solution à moi, j’espère qu »elle aidera.

    Reste le combat du « ne pas se jeter aux pieds de la première personne qui te montre de l’intérêt » qui reste quotidien puisque devenu un réflexe, mais je me soigne et personne n’est parfait 😉

  33. J’avoue, j’ai parfois peur en commençant à lire ce genre de témoignage, à savoir quelles infos très intimes et douleureuses l’auteu(e) partarge-t’iel avec le monde ? Qui pourraient éventuellement nuire à sa vie privée ? Mais je sais, ça a besoin de sortir, je me suis posé les même questions en témoignant sur mon blogue (lire ci-après).

    Tu utilises des formules très fortes :

    – « Et on s’embourbe dans un jeu mi-schizophrénique mi-paranoïaque dans lequel on est la seule personne à ne pas connaître les règles »

    – « ils pouvaient surgir sans prévenir et m’enterrer sous la honte »

    Je comprends ça, j’ai aussi vécu un harcèlement en milieu scolaire, pour motif d’homosexualité supposée. En fait : dans un IUT, donc avec des camarades majeur(e)s, dans une formation sur… la Communication. https://blogue.mathiaspoujolrost.net/perso/index.php/post/victime-harcelement-homophobe

  34. « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort » est l’expression à laquelle je réponds systématiquement par des choses du goût « oui, c’est comme devenir paraplégique, ça rend… ah non, tiens… » C’est une des choses que je trouve les plus dérangeantes dans les films et séries dont nous régalent entre autres Hollywood (que je regarde par ailleurs avec plaisir, malgré tout), tous ces gens qui torturent/sont torturés, tuent, ou autres expériences traumatisantes sans la plus petite séquelle psychologique.

    C’est complètement absurde : c’est d’avoir confiance en soi qui permet de surmonter des épreuves et d’enclencher potentiellement un cercle vertueux (si je l’ai fait, je peux le refaire). Sans cette base, qu’un enfant doit se construire, comment une mauvaise expérience sur laquelle il n’a aucun contrôle pourrait-elle avoir un impact positif ? En plus, il y a magnifique effet combo dans ce message : non seulement tu vis une expérience où on te traite de façon horrible, mais si tu n’arrives pas à en sortir meilleur, ça veut dire que tu es vraiment une merde, vu que la sagesse populaire le dit. Superbe…

    J’ai vécu ce genre d’expérience en pointillé sur ma scolarité et pendant presque 1 an en école d’ingénieurs. Par contre, le début était tellement insidieux que je ne m’en suis tout simplement pas rendue compte. Ça a dû les agacer vu qu’ils sont passés à la vitesse supérieure. J’étais suffisamment âgée pour que ça me mette surtout en rogne, mais parallèlement, la part angoissée de ma personnalité, sur la longueur, s’est mis à me miner de l’intérieur. Au point où je me demandais si je ne devais pas contacter la direction pour une plainte pour harcèlement. Mais je me suis retenue, pour plein de mauvaises raisons (peur d’être ridicule, peur d’exagérer et, le comble, peur d’impacter trop lourdement les crétins qui me harcelaient). En fin d’année, j’ai fini quand même par aller voir la personne qui gérait la création des classes pour dire que je voulais être avec Machin et Bidule, et surtout que je refusais d’être avec Truc et Tartampion. Et j’en ai parlé à tous les gens que je savais emmerdés de la même façon que moi (oui, ils aimaient ça et avaient plusieurs victimes. Finalement, nous nous sommes créés une classe sur mesure et le mot a dû se passer d’une façon ou d’une autre au niveau de la direction, parce que le groupe d’harceleurs s’est trouvé éclaté entre plusieurs classes. Or comme ils étaient du genre qui chassaient en meute, ils se sont calmés. D’ailleurs, clairement, être plusieurs victimes est au final une bonne chose : on ressasse moins sur le thème « c’est moi qui aie un problème » et on peut y puiser de la force et des idées pour casser le cycle infernal.

    Ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’au cours de l’année suivante, j’ai croisé dans un endroit désert un de mes principaux harceleurs. J’avais le cœur qui commençait à battre la chamade lorsqu’il a fait mine de me parler. Et là, il s’est mis à discuter avec le plus grand naturel du monde, tout à fait sympathique. C’est vraiment ça que j’ai trouvé marquant : je crois sincèrement qu’il ne voyait pas où était le problème, que pas un seul instant il n’envisageait que je le haïssais. Pour lui ça avait été fun et de façon encore plus terrifiante, je crois qu’il pensait que je devais en garder un bon souvenir aussi…

    Si une chose me marque dans l’article et les commentaires précédents, c’est la quasi absence totale des parents, et ça renvoie à une crainte qui me ronge, maintenant que j’ai des enfants. Leur avez-vous parlé ? Si non, pourquoi ? Pour ma part, c’est parce que j’étais grande et que je ne voulais pas les inquiéter (ce qui est con : les gens qu’on aime sont fait pour qu’on les inquiète en cas de besoin). Si oui, quel accueil avez-vous reçu et qu’est-ce qui vous a aidé/enfoncé ?

    Je pense en tout cas clairement que l’éducation est primordiale. Je crois (je croise les doigts pour ?) qu’un enfant éduqué avec bienveillance aura plus de chances de ne pas devenir harceleur, à avoir les bonnes réactions en tant qu’harcelé (il faut bien espérer qu’il y en ait, des bonnes réactions) mais aussi s’il voit quelqu’un d’autre se faire harceler.

    D’ailleurs, c’est peut-être sur le bord du sujet, mais ça m’a fait penser à « Non, c’est non », bouquin qui est lisible par ici :

    http://www.editions-zones.fr/spip.php?article60

    C’est plutôt à destination des adultes (et plus particulièrement aux femmes en bute au harcèlement sexuel), mais à la lecture, je voyais l’usage que j’aurais pu faire de certaines techniques lorsque j’ai été harcelé ou que j’ai vu d’autres gens être harcelé. Et mine de rien, avoir des techniques, c’est quand même mieux que d’avoir pour seule protection sa confiance en soi (d’autant si cette confiance en soi n’est pas très solide).

    • Merci pour ton témoignage.

      La question que tu soulèves au sujet de la présence/absence des parents (et plus largement des adultes) est intéressante. Effectivement si peu en parlent, c’est qu’à mon avis, en général, les adultes aident peu voire enfoncent le clou davantage (tu fais pas d’efforts, c’est rien tu dois t’endurcir etc). Me concernant, mes parents ont vu que j’avais des ennuis au collège et ont réagi comme ils pouvaient, mais le corps enseignant était assez naze et n’a pas prêté main forte à mon père pour me venir en aide. En fait, je me souviens que ça a même envenimé les choses, parce que du coup, mes camarades voyaient souvent mon père venir au collège et me traitaient de balance et de fille-à-papa. Si bien que je me souviens avoir demandé à mon père de ne plus agir et de me laisser me débrouiller.

      Cependant, ce sont mes parents qui ont réagi suite au fait qu’ils ont deviné que j’avais des soucis. Je n’ai jamais rien avoué, si je me souviens bien. Mais par la suite, en école supérieure, ils ne n’ont jamais rien su. Ou après coup. Je crois que c’est pas facile, en règle générale, d’avouer qu’on est le loser de service. Ça renvoie une image terrible qu’on a envie de cacher. Enfin, moi c’est comme ça que je fonctionnais. J’en parlais pas à mes amis extérieures non plus, d’ailleurs. J’étais (et suis toujours) persuadée qu’on va me balancer que c’était de ma faute et que j’avais qu’à pas faire ceci ou cela etc si j’en parle. Du coup, je n’en parle pas. Enfin, avec cet article, ça a libéré un peu ma parole, mais bon, ça veut pas dire que j’ai des facilités pour autant. Une amie qui a lu mon témoignage m’a dit « ça a du être dur, je savais pas », j’ai haussé les épaules et j’ai minimisé.

      Je crois que vu tout le mépris qu’on se prend dans ce genre de cas, on a plus envie d’en prendre davantage. Et parfois, la barrière entre pitié et mépris est mince. Alors me concernant, j’ai pas envie qu’on me prenne en pitié. Du coup, je n’en parle pas. Et je pense que c’est la même chose pour beaucoup de personnes.

      • Merci d’avoir complété ton témoignage. Et outch pour cette phrase « Je crois que c’est pas facile, en règle générale, d’avouer qu’on est le loser de service. » C’est vraiment dur que quelqu’un se sente comme ça, même face à ceux qui l’aime. Et ça touche du doigt toute la perversité du harcèlement : détruire l’estime de soi d’une personne au point que partager sa souffrance et demander de l’aide soit aussi une souffrance…

        Concernant l’action des parents, ça recoupe ce que j’ai lu quand j’ai commencé à explorer les liens que tu as mis à la fin de ton article. Visiblement, la réaction des parents n’est généralement pas aidante, malheureusement, même si ils veulent aider sans juger comme pour ton père.

        Notamment, il y a quelque chose qui m’a vraiment marqué, c’est une vidéo sur le site du CRISS :

        https://www.youtube.com/watch?v=iMGLy-juSxw

        (ou la version texte mais sans les exemples de solutions données dans la vidéo :

        http://www.huffingtonpost.fr/emmanuelle-piquet/harcelement-scolaire_b_3516137.html )

        En résumé, faire intervenir des adultes, face aux harceleurs, c’est en définitive une très mauvaise idée parce que ça renforce le statut de chacun dans ces rôles. Par contre, le boulot de l’intervenante, c’est de donner à ces enfants qui viennent la voir des armes (verbales) pour faire face à leur(s) harceleur(s). Ça m’a beaucoup fait réfléchir, d’autant que nous étions à deux doigts de demander un rendez-vous avec l’instit de mon fils (en petite section de maternelle, comme quoi ça commence tôt) rapport à un problème que nous craignons de voir s’envenimer avec deux autres enfants. Du coup, nous sommes en train de réfléchir à des solutions pour aider mon fils à s’en sortir seul. Bien évidemment, pas seul au sens « Démerde-toi, ça te rendra plus fort », mais au sens « Nous t’aimons, nous sommes là, nous avons confiance en toi et nous allons essayer discuter avec toi de stratégies possibles pour que tu aies tout le nécessaire pour t’en sortir, si tu veux bien de notre aide, parce que nous aussi nous sommes passés par là. Et nous recommencerons si nécessaire » (et nous nous grignoterons les doigts quand tu ne nous regarderas pas parce que c’est une véritable torture de ne pas suivre son instinct parental et intervenir nous-même).

        Rétrospectivement, est-ce qu’une aide de ce type aurait pu vous être utile ? Je trouve ces idées vraiment intéressantes, surtout que ça va dans le sens de la prise de confiance en soi et de l’autonomie. Toutefois, j’ai du mal à l’évaluer pleinement du fait que mon expérience sur le sujet a été celle d’une jeune adulte, pas d’une enfant, et ça change énormément de chose.

  35. J’aimerais bien écrire un pavé mais j’en ai pas le courage, donc je te dis juste merci. Je me retrouve tellement dans les séquelles, ça fait un moment que j’y réfléchis et j’ai toujours pas trouvé comment vivre pour soi et pas simplement pour cet espèce de cocktail de frustration-vengence-je-sais-pas-quoi qui finit par nous faire passer notre temps à chercher à prouver au monde qu’on vaut quelque chose…

  36. Un témoignage qui entre en résonance avec toute mon enfance et donc scolarité, je me rappelle même être rentrée chez moi en pleurs et disant « je n’ai pas d’amies » au collège.

    Parce que c’était le coup de trop et vrai, j’avais beau lutter à un moment les gens se désintéressaient totalement de moi. Sans prévenir, pire que les insultes faire comme si tu n’existes pas.

    Et ce phénomène s’est répété en dernière année de lycée et même des années après, j’essaye de l’analyser je ne comprends toujours pas cette situation. Comment celles qui se disaient mes amies commençaient à ne plus m’inclure dans leurs conversations, ne plus m’inviter. Je suis même partie lors d’une de nos sorties, aucune d’elles n’est venue me voir pour savoir où j’étais passée et si j’allais bien.

    De plus, j’ai eu une « amie toxique » celle qui vous jalouse (alors que votre situation familiale part en lambeaux, tandis que ses parents sont heureux et plus que unis), qui à décidé de vous mépriser et dont vous entendrait bien après les échos assassins remplis d’insultes. A un moment j’ai voulu dire stop à tout cela en répondant comme eux, me protégeant de ce qu’ils me faisaient, j’étais d’un coup la méchante. C’était toujours de ma faute.

    Le pire atteint fut dans une communauté que je croyais sympathique le fanzinat manga , parce que je me suis réfugiée au début dans le dessin. Par la suite, j’y ai découvert une vraie passion qui m’anime depuis toujours. Alors naïvement, je me suis dit que je serai à ma place, que tout irait bien vu que je faisais comme les autres : du dessin.

    Que j’aurais enfin des amies qui me comprendraient, parce qu’on vivraient ensemble les mêmes expériences. Mais ça n’a pas tardé (et pourtant j’ai commencé tard vers 18 ans, j’ose à peine imaginer ce que les plus jeunes doivent subir), des soit disant amies qui m’ordonne quoi dire, quoi penser, quoi dessiner parce que quoi qu’il arrive, toute seule je ne fais jamais comme il faut. Je ne comprends à ce que eux ont tous compris, c’est tellement évident.

    Ces mêmes gens qui sans me connaître me détestent, suivent en silence et commentent ma vie (le malsain n’ayant pas de limite, ils surveillent mes réseaux sociaux) et décident qu’importe les efforts ce que je fais c’est merdique et que je ne devrais rien espérer de ma passion.

    Mais dans cette histoire j’ai fini par avoir du positif et de réelles amies qui sont encore dans ma vie pour me soutenir et me protègent de ces gens agressifs et violents. Ce qui fait que même si je suis encore méprisée, ignorée ça me fait moins mal et je leur impose leur comportement, cela m’évite de réfléchir face des gens visiblement absents de toute intelligence, cœur ou empathie.

    Alors tu as tout mon soutient et ma reconnaissance éternelle, pour avoir eu ce courage d’exposer ta souffrance dans un monde où actuellement avoir des faiblesses signifie qu’on peut te martyriser sans problèmes.

  37. J’ai l’impression de lire ma vie (à l’exception près que pour moi, les années Lycée ont été au contraire les pires, surtout la 2nd, et que ça c’est arrêté quand je suis rentrée en prépa (ce qui peut peut être justifier que je suis un défenseur inconditionnel de ce système)).

    Mais sinon, tout est là. Et joliment dit en plus. Merci pour ce témoignage.

  38. J’ai l’impression de relire ma scolarité complète, c’en est quasiment troublant.

    J’ai vécu tout pareil. J’étais une enfant surdouée : Aujourd’hui, ma bonne mémoire me sert à amuser les autres lors de repas entre amis avec des faits amusants et insolites, ce genre de choses.

    À l’époque, ma bonne mémoire faisait chier les autres. J’arrivais à avoir des bonnes notes sans travailler, ça agaçait. Les professeurs m’aimaient tous, ça agaçait.

    Je me rappelle d’épisodes où dans le fond de la cour, deux filles me maintenaient pendant qu’une troisième essayait de me faire manger une toile d’araignée. Je me rappelle de la seule amie que je m’étais faite avant d’arriver en CM1, qui a finalement refusé mon amitié parce que j’étais « trop paumée », se joignant aux bullies. Des fois où tiraillée par la solitude, j’allais jouer avec les petits du CP parce qu’eux au moins, ils ne me connaissaient pas.

    J’ai déménagé juste avant d’entrer au collège. Je ne sais pas comment, ma réputation m’a suivie. J’étais celle à qui on disait « ses quatre vérités » le matin, genre tu pues va t’acheter une brosse à dents, t’es moche, on te parle juste parce que tu nous donne les réponses aux devoirs, et autres joyeusetés. Celle dont on riait ouvertement parce que mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter de la marque. Celle qui était l’objet du concours : « Le premier qui arrive à la faire pleurer à gagné ».

    Et celle qui rentrait tous les soirs du collège en pleurant qu’elle aimerait encore mieux mourir.

    J’en étais au point d’essayer d’être comme eux, avec leurs centres d’intérêt, et en participant à la mise à l’écart de l’autre fille détestée, rien que pour qu’on m’oublie moi. Je regrette tellement aujourd’hui… Ça fait des années que j’essaie de retrouver cette fille pour m’excuser de mon comportement, sans succès.

    J’ai de nouveau déménagé un peu avant de rentrer au lycée, au Canada cette-fois. Et je désespérais, parce que tout était à nouveau à recommencer. J’avais peur que ma réputation m’ait encore suivie, même à 8000km.

    Et le premier jour d’école, une fille m’a tendu la main, moi la petite immigrante terrorisée. Puis une autre, une autre encore. Toute une ribambelle d’amies ont suivi. C’est cette première journée d’école au Canada que le cycle s’est enfin brisé.

    Ça n’aura donc duré « que » 8 ans pour moi, mais c’est 8 ans de trop.

    Même des années après ça, en arrivant à l’équivalent de la fin du lycée, j’arrivais le matin avec la peur au ventre, et que tout mes amis aient décidé, comme d’autres avant eux, que j’étais indésirable. Même presque 10 ans après la fin de ce cauchemar, j’arrive parfois au travail avec la peur injustifiée que tous mes collègues de travail me détestent et font semblant de rire à mes blagues juste parce qu’ils sont polis.

    La mise à l’écart d’un enfant ou d’un ado ne le rend pas plus fort. Ça crée un climat de terreur psychologique à vie, qui laisse des séquelles importantes et tout un passé de tristesse, même si j’essaie d’en rire aujourd’hui quand on me demande pourquoi sur Facebook, je n’ai aucun ami de mes 14 ans en France.

    La vie continue.

    Désolée du pavé, mais ça fait du bien de se lâcher un peu. Et lire tous les autres témoignages me fait sentir bien moins seule. Merci de ton initiative, et bravo pour ton texte, qui n’a pas dû être facile à écrire.

    • Tu n’as pas du tout à t’excuser, j’ai écrit cet article pour ça. Pour permettre à d’autres personnes de témoigner et pour qu’on se prouve les uns les autres qu’on n’est pas seuls. Quand on voit tous ces élèves qui ont connu le bullying, il est clair qu’il y a un problème dans notre système éducatif. Peut-être que tous ces témoignages le mettront davantage en lumière. Je l’espère en tout cas.

  39. Tu es vraiment courageuse d’en parler. Moi, je n’arrive toujours pas, même à mes proches ou ma famille, pare que j’ai une fierté tellement énorme et j’ai tellement honte d’avoir pu être la « looseuse » ! Pourtant ce que j’ai connu semble être moins pire que toi, mais ça ne m’empêche pas de payer les pots cassés encore aujourd’hui.

    Pour faire un résumé simple, parce que finalement tu as tout très bien expliqué. Contrairement à beaucoup d’entre vous, et là j’ai été chanceuse, c’est que j’ai toujours eu des amis très très proches, un groupe d’environ 5 voire plus, dont j’étais un peu le ‘centre’ (je suis très douée pour faire le show 😉 ) et toujours avec un(e) en particulier avec qui j’aurai pu être amoureuse tellement on s’adorait (les personnes changeaient, mais ça a toujours été plus ou moins ce schéma). Avec ce groupe on formait une bulle à part, on vivait dans notre monde et on s’amusait follement. On était un peu des marginaux, et les gens du dehors nous regardaient avec un mélange de fascination et de dégoût parce qu’on ne respectait absolument pas les codes, ce qui est impensable au collège. Par exemple, alors que tout les garçons cools jouaient au foot et que les filles regardaient en parlant, nous nous amusions à ramper sur le sol en criant comme les indiens autour de la cour, ou à faire des roulades dans l’herbe en se roulant dessus. Ça nous faisait hurler de rire. Il n’y avait pas de bullying des autres, car après tout nous étions plusieurs et ils voyaient que nous n’étions pas préoccupés par eux, surtout que j’ai toujours eu une répartie cinglante. Ils venaient donc nous parler, souvent pour nous dire que c’était fou qu’on soit bizarres et intelligents ; mais on sentait bien qu’on vivait dans des mondes à part.

    Et un beau jour, le malheur tomba sur moi (tou-tou-toum) : on me mis dans une classe où il n’y avait personne de mon groupe. En gros, on m’avait jeté dans la cage aux lions. Je n’étais plus en groupe, je n’étais plus forte. J’étais à la merci des autres. Moi et mon originalité ne trouvant plus d’échos, mes amis étant ailleurs, je suis devenue toute seule. Ca n’a pas manqué à la classe qui s’est jeté sur moi. Très vite, les brimades ont commencé. Me voir pour me parler mal après l’école, se laver quand je les touchais, rigoler dès que je parlais… Heureusement (?), comme je l’ai dit, j’avais un sens de la répartie cinglant, et j’avais aussi une grande gueule (ça doit être parce que justement j’avais toujours était entourée d’amies). Du coup, dès qu’on me parlait mal, je le faisais regretter aux agresseurs, j’allais même vers eux quand je les entendais pouffer et s’ils osaient réitérer je les humiliais à coup de phrases bien senties (à cet âge-là, une insulte bien connue pour les filles est d’être assimilé à une salope ; à un petit con qui se foutait de moi parce qu’il m’avait soi-disant vu dans le quartier des putes, je lui avais répondu qu’au moins on payait pour être avec moi, et que d’ailleurs je me demandais ce qu’il y faisait, lui, dans ce quartier. Je ris encore de sa tête dépité, hinhin). Du coup, on ne m’a pas embêté longtemps, la phase de brimade n’a pas duré. Mais j’ai connu ta solitude. Personne avec qui se mettre en cours, les travaux de groupe qui étaient une torture parce que je savais que personne ne me voulait mais que j’étais obligé de leur « imposer » ma présence, les regards et les sourires entre mes camarades quand le prof disait qu’il fallait quelqu’un à côté de moi, l’impression, finalement, d’être un boulet qui n’avait sa place nulle part, et de devoir m’excuser parce que j’existais… C’était affreux, j’ai encore envie de pleurer en me remémorant, et j’ai honte d’avoir envie de pleurer parce que ça me fait sentir comme une looseuse. Je jouais les fortes et je n’ai jamais montré que leurs comportements me blessaient, mais en réalité c’était épuisant, je nageais tous les jours à contre-courant, et quand je n’avais juste plus la force, je séchais les cours. Il y a des jours où j’avais juste envie d’arrêter de résister, de les laisser faire et de pleurer à leurs pieds en demandant pitié, ou pourquoi, de montrer patte blanche pour montrer qu’ils avaient gagné et s’ils pouvaient venir me parler, maintenant ? Mais j’avais toujours cette fierté, et plutôt que d’affronter leurs regards je fuyais me cacher aux toilettes.

    On ne peut pas dire que ce changement de situation est venu comme une surprise ; j’ai toujours su que si je n’avais plus mon groupe, j’allais être rejeté. Je ne pensais juste pas que je ferais partie de ceux que ça touchais, je pensais que je faisais partie d’une « élite » qui surfait au-dessus de la méchanceté des autres. J’avais tort, et la surprise était là : comme tu l’as dit, quand les autres renient ta valeur, ton égalité, tu ne peux pas passer outre. Tu ne peux pas l’ignorer. Il n’ y personne qui résiste au mépris des autres. J’ai ressenti cette affirmation dans ma chaire, et tous les jours depuis j’ai l’impression de ne pas être à ma place, d’être celle de trop.

    J’ai retrouvé des amis, assez rapidement par rapport à vous, mais ce n’est plus pareil. Ceux que j’ai trouvé à la fin du collège ou au lycée ou ceux que j’ai maintenant, je ne peux pas m’empêcher de les considérer comme autre choses que mes bouches-trous, même si c’est affreux. Je suis devenu obsédée et tétanisée par les relations sociales. Je veux collectionner les amis comme des briques qui empêchent les autres de voir qu’en réalité, je ne suis pas adéquate pour être aimée. J’ai toujours l’impression de m’imposer, et il faut qu’on vienne me chercher pour que je m’anime. Je n’arrive plus à aller vers les autres, et mon premier réflexe quand j’affronte un groupe est toujours d’aller me cacher aux toilettes pour ne pas que le autres voient que je suis celle-qui-est-seule. Quand je suis dans un groupe, je ne peux pas m’empêcher de vouloir être le centre, non pas parce que je recherche l’attention mais parce que j’ai l’impression que si je ne peux pas faire rire les autres et être super-intéressante alors je ne mérite pas d’être là. Et aller expliquer à vos quelques amis ‘proches’ que vous avez une phobie sociale, quand eux vous prennent pour la personne la plus extravertie et bien dans leur peau qu’ils connaissent, et vous envient même… Ils rigolent, pensant à une blague, quand je leur dis que je ne peux pas venir parce que je ne me sens pas assez en forme pour assumer mon rôle de centre, et que si je ne peux pas le faire alors ils me rejetteront.

    Voilà ce que le « ce qui ne tue pas nous rend plus fort » donne en réalité : non, ça nous démolit. Ça nous démolit et on ne peut même pas avoir la consolation de se plaindre. Je nourris maintenant un mélange de haine et de peur à tout ce qui approche de l’humain, parce que je m’imagine savoir comment ils sont tous sous leurs masques. Faites-les rire et ils sont adorables, par contre passez de l’autre côté de la barrière et leurs visages se déforment de dégoût. En gros, j’ai l’impression d’être un bouffon sur pattes. Super le « ça rend plus fort », hein ? Ca nous apprend surtout qu’on ne vaut rien, et que nous sommes capables de prostituer nos convictions, nos idées contre un peu de sympathie. Je suis descendue de mon piédestal et maintenant je me méprise. You-hou.

    Si, peut-être une chose de positive, et encore, de cette expérience. Je pense que tu es capable de rédiger un article si intéressant, de faire un blog si intelligent parce que tu es passé par là. Que je suis capable de sortir des réflexions poussées et précoces parce que je suis passée par là. Je ne dis pas qu’on est plus intelligentes que la moyenne parce qu’on a un don, que c’est comme ça, je n’ai pas cette prétention, mais parce qu’on nous a forcé à exercer cette intelligence. Tout simplement parce que, comme tu le dis, on se demande tous, en tant qu’harcelés, pourquoi. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fais ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi j’existe ? Dans quel état j’erre ? On se remet en question, tout simplement, et on remet en question ce qui nous entoure. On se rend compte finalement que peu de chose sont justifiées, et si on a pas toujours la force de se battre contre, on a au moins la capacité de se rendre compte que ce n’est pas normal. Je me bats aux côtés des homos sans être homo parce que j’ai réfléchi et que j’ai vu que ce qu’ils vivaient n’était pas normal, tout comme ce que j’avais vécu n’était pas normal. On ne se rend compte des normes que quand elles se dressent contre nous, et on ne peut combattre les normes que quand on se rend compte de leur existence. Mes oppresseurs m’ont permis cela : je pense aller vers le bien de la société en me battant pour ceux qui sont opprimés. Mais je ne les remercierait pas. Tout remettre en question toujours et nager à contre-courant est épuisant, et j’envie ces chanceux qui n’ont jamais eu l’occasion et donc l’envie de réfléchir sur ce qui les entoure.

    Bref, un gros bisous à toi, tout plein de courage, et je te remercie d’avoir publié e témoignage. Ca me fait penser que j’ai peut-être tort de craindre et de détester tout le monde, car des gens comme toi existe bien après tout =)

    • Merci à toi pour ton témoignage. Je suis heureuse que tu aies pu parler, même plus ou moins anonymement. Effectivement, le sentiment d’exclusion est terrible et épuisant. Mais personne ne veut le comprendre. Une fois, j’avais lu une personne qui disait que quand on a vécu la solitude dans sa chaire, c’est très difficile de réapprendre à profiter d’être entouré d’amis. On arrive plus a être naturel, à trouver que c’est normal, on analyse tout (« d’où va sortir le coup bas ? »), on se dit qu’on devrait profiter, mais on y arrive pas… Et même quand on tente de s’ouvrir pour créer des liens, il y a une barrière quelque part. Ça demande beaucoup d’efforts et de travail de déconstruire cette peur.

      Bref, bon courage à toi, j’espère que tu apprendras à abaisser tes barrières et à trouver des personnes de confiance.

  40. Je viens d’achever la lecture de ton article.

    J’ai rien à dire de pertinent dessus, si ce n’est que j’ai vécu la même chose que toi pendant douze années d’affilée, avec problèmes de santé et de famille par dessus le tout. Et que je pars me coucher la boule au ventre.

    Onze mois que je suis sortie du système scolaire pour étudier par correspondance (je suis en première année de fac) , et je constate jour après jour à quel point mon rapport aux « autres » et à ma personne physique et morale ont été amputés, combien ma santé a pu se dégrader, combien je me sens à poil et honteuse dès que j’ose parler de ma personne, combien je tends à me haïr de manière pourtant pas très rationnelle…

    D’ailleurs je me sens pas de m’étaler dessus, mais crois moi que je l’ai senti passer très fort. Et que je le sens toujours. J’crois avoir été abîmée, en fait …

    Merci de m’avoir ENFIN fait comprendre que j’en ai chié, merci de m’avoir fait comprendre que c’était pas forcément moi le souci, merci de m’avoir fait comprendre que oui, c’est douloureux et parfois grave.

    Surtout que dans mon cas, ça semble avoir duré longtemps et être parti très loin par moments.

    Tu me libères d’un bon gros poids. Tu vas m’aider à rebondir plus haut que je ne le fais déjà.

    L’an prochain je réintègre le circuit scolaire, dans une école prépa.

    Qui sait si le schéma ne va pas se répéter? Au pire j’ai mon caractère affûté par des années de raillerie (ah, les soirées à préparer des réparties dans sa chambre… ), mais ça suffit pas.

    M’enfin bref, ce message est déjà trop long. S’cuse moi, c’était pas prévu. Des bisous , des tas de bisous, et surtout soigne toi bien 🙂

    PS: -Le Tumblr m’a fichu la gerbe

    – Si vous vous sentez mal, PARLEZ nom didju.

  41. « Ils sont le moteur malsain qui fait que je souhaite réussir. Et comme ils sont ce dit moteur, ils sont aussi ceux qui me freinent. Parce que si je veux leur prouver (et par là me prouver) que j’ai de la valeur, je n’ai pas le droit à l’échec. »

    Ta phrase fait écho à mon mode de fonctionnement permanent, c’est dingue..

    Même si j’ai le sentiment de lire ma vie en filigrane à travers tout ton article …

  42. Comme nous sommes nombreux à avoir vécu ce genre de parcours douloureux, c’est aberrant… Je connais cette peur que tu combats au quotidien. Je suis aussi passée par les moqueries dès la maternelle (les joies des déménagements en plein milieu scolaire), puis j’ai eu des amies pas très… amicales au collège, où je n’étais pas vraiment à ma place dans ce groupe (même si j’avais d’autres amies mais dans une autre classe).

    Puis un bô jour, une folle a décidé que ça serait amusant de m’en faire baver un peu plus, à coup de harcèlement moral et d’humiliation. C’est venu très doucement, au début elle est sympathique, puis elle se met à être un peu plus directe, et à carrément m’humilier devant mes «  »amies » », qui n’ont jamais pris ma défense. Elle changeait d’attitude du jour au lendemain : un coup gentille un coup cruelle. J’étais pétrifiée face à elle, je ne trouve même pas de mot pour décrire mon désarroi, mon dégoût, ma colère face à un tel comportement. Mais le plus dur c’était les remarques de mes amis/proches vis-à-vis de ce qui se passait : « ben c’est facile, il te suffit de répliquer/l’envoyer chier/l’ignorer et pis voualaaa ! »… Si c’est si simple, pourquoi je n’y suis pas arrivée ? Pourquoi tous les autres y arrivent et moi je reste effrayée face à elle ? Je suis pitoyable à ce point ?

    J’avais peur qu’elle me suive jusqu’à chez moi, où qu’elle ait foutu des caméras de surveillance dans les pièces de la maison… Et je me sentais horriblement seule et malheureuse.

    Puis un jour, ma meilleure amie a vu ce que je vivais, et m’a dit : « il faut que tu en parles au prof principal ». J’avais l’impression de ne faire que ça, d’emmerder tout le monde avec mes problèmes merdiques. Je l’ai quand même écoutée, puis tout c’est vite enchaîné : le prof principal m’a écouté (avec le témoignage de mon amie), m’a dit qu’il en parlerait, puis convocation chez le CPE, et là, plusieurs témoignages contre cette nana (elle avait son lot de tête de turc). Après ça elle ne m’a plus jamais emmerder. Et l’année d’après j’étais dans la classe de mon amie qui m’avait épaulée.

    Mais j’ai eu droit de la part de ma famille ou certaines amies à des « nan mais cette fille avait des problèmes, elle était perturbée, elle voit un psy gnagnagna ». Ah bon ? Parce qu’on a des problèmes ça laisse le droit inaliénable d’humilier les autres et de se comporter comme un monstre ? C’était pour me montrer que je n’avais rien à me reprocher, seulement j’avais l’impression que son comportement était excusé avec l’argument des « problèmes familiaux »…. Je hais cette remarque….

    Ce témoignage chez le CPE, même si ça m’a permis d’avoir enfin la paix, résonne toujours comme « tu n’as pas su tenir tête, t’as eu besoin d’un adulte, tu as perdu ». Plus les joyeuses séquelles que ça laisse : paranoïa, hypersensibilité, peur panique du conflit et de la manipulation même avec mes amies.

    Puis l’année dernière, en reparlant du collège, c’est seulement là que ma famille a VRAIMENT compris que j’avais vécu du harcèlement. Ils étaient persuadés que ça n’avais été que de petites embrouilles de filles (même s’ils savaient que j’avais été convoquée)… Mais je pense qu’il y a 10 ans on alertait encore moins que maintenant contre le harcèlement scolaire (même s’il y a encore des progrès à faire).

    Je suis désolée, j’ai pas mal étalé ma biographie, un témoignage de plus parmi tant d’autres. Je t’envoie tout mon soutien et te dit un grand merci pour ce que tu es et ce que tu fais <3

    • J’ai écrit ce témoignage pour libérer la parole à ce sujet, je suis donc très contente que tu aies parlé de toi. Merci pour ton témoignage donc. Et ça a dû être dur pour toi aussi, oui. Je ne connais rien de pire que de s’entendre dire qu’on exagère quand on verbalise sa souffrance. Comme si c’était pas assez difficile comme ça ! J’espère que les gens apprendront avec le temps à prendre au sérieux les problèmes des enfants. Le harcèlement scolaire provoque des suicides, des dépressions et tout un tas de problèmes, il serait temps de le prendre au sérieux.

      • Je suis entièrement d’accord avec toi. Ce n’est pas parce que ce sont des enfants/ados que leurs problèmes sont moins à prendre en compte que d’autres (ou que ceux des adultes), au contraire : c’est l’âge où on est un peu paumé, pas toujours très bien dans sa peau ni sûr de soi, je pense qu’il faut tenir compte des « angoisses d’ados/d’enfants » !

        C’est moi qui te remercie, même si ça a été dur pour toi, de donner les moyens d’en parler par ton témoignage 🙂

  43. Le plus étrange et difficile pour moi est que j’ai beaucoup de mal à me souvenir. Je sais que ça a été, que ça m’a marqué, mais qu’est-ce que c’était ? A quoi ça ressemblait Ce que c’était au quotidien, du collège à la terminale, je n’arrive pas à me le rappeler. Tout ce qui reste, ce sont des flashs, des petites scènes éparses qui ne signifient pas grand-chose prises isolément. Une bande de fille en 4ième, qui s’amuse à me faire du harcèlement sexuel (ou « harcèlement moral à thématique sexuelle », peut-être, ainsi que le rectifiait une amie), m’expliquant par le menu diverses pratiques sexuelles ; Un garçon la même année qui parodie ma voix flutée parce que je n’avais pas encore mué ; un autre en 1ère, qui alors que j’essayais de comprendre, imita le personnage du film elephant man qui était passé peu de temps avant à la télé « je ne suis pas un animal », histoire de bien marquer qu’il avait conscience de ma détresse, et qu’il la trouvait particulièrement drôle ; et puis cette fois en terminale où une dizaine de personnes m’avaient encerclé dans la cour, pour me pousser comme une balle qu’on se renvoie. Mon « meilleur pote » étant parmi eux à ce moment, et affichait la même mine réjouie que les autres.

    A chaque fois, le dénominateur commun de tout cela était « Pourquoi ? » Pourquoi ça m’arrivait, mais surtout Qu’est-ce qui se passe, là ? Qu’est-ce qui est en train de m’arriver ? Quel est le sens de tout ceci ?

    En maternelle et en primaire, ça allait, j’étais le plus petit en taille mais les filles me prenaient même en affection pour ça, et puis j’avais quand même des amis, j’étais plutôt bon élève, rieur et spontané, ça se passait bien. J’ai commencé à être regardé différemment lorsque, en CM1, chose étrange, c’était l’instit qui a initié le harcèlement. (j’ai appris par la suite que chaque année elle se prenait un élève comme souffre-douleur). Des moqueries, avec toute la classe entraînée à rire aux éclats à sa suite. Ce qui était, je suppose, le plus amusant dans tout cela était encore une fois mon incompréhension. « Il me fait penser à un des sept nains de Blanche-Neige, non ? Vous voyez lequel ? » Et toute la classe de répondre « Simplet ! » Et moi je ne comprenais pas pourquoi. Déjà je n’avais pas trouvé la bonne réponse à la question du nain de Blanche-Neige auquel je pouvais faire penser, et je ne comprenais pas la logique qui pouvait me faire associer à ce personnage.

    Je ne comprends toujours pas aujourd’hui.

    Par la suite, nombre des élèves de cette classe se sont retrouvés dans la même classe que moi au collège, ou au lycée. Désormais, c’était comme si j’étais marqué, avec une cible sur mon front. J’étais la victime désignée.

    Ce qui m’interpelle le plus, c’est « qu’est-ce qu’ils ont dans la tête, ceux qui font ça ? » Le grand POURQUOI qui a traversé et marqué mon adolescence est là. J’ai dans l’idée qu’il y a là-dedans des phénomènes comparables à ce qui se passe pour les femmes battues : ça n’arrive pas d’un coup du jour au lendemain, mais progressivement, insidieusement. On remarque que celui-ci ne réagit pas, ou faiblement aux attaques, ou qu’il est particulièrement sensible aux moqueries. Il apparaît donc comme la cible idéale, sur qui on peut se défouler en toute impunité. Ici il doit y avoir aussi des mécanismes de mimétisme, de conformité au groupe : au bout d’un moment, tout le monde a intégré la norme sociale : celui-ci est le mouton noir, son existence est méprisable, et s’afficher avec lui c’est la honte.

    Et puis ça contribue à la cohésion du groupe.

    A une connaissance qui, il y a quelques temps, (et qui avait subi elle aussi, de son côté, du harcèlement scolaire), me demandait « c’était quoi la raison, pour toi ? », je n’ai pas su répondre. Trop intello ? il y avait de ça, peut-êtreTrop timide ? en un sens, sans doute, vu que, à l’adolescence je ne « sortais pas avec des filles » (chose qui suffisait à faire de moi un looser) mais ce n’était pas complètement ça. J’étais différent, point. A mon avis, il n’y a pas de raisons, juste des prétextes. A l’époque, mes camarades de classe me faisaient penser à une meute du loup, qui s’attaque toujours au plus faible du troupeau, et cette image me semble assez juste encore aujourd’hui. On est la cible idéale parce qu’on est plus fragile. Peu importe alors pour quel motif les harceleurs se déchaînent. La vraie raison est qu’ils le font parce qu’ils peuvent le faire. Les représailles sont rares, l’impunité règne.

    Et celui-ci qui, avec un regard haineux, me pousse violemment dans les escaliers, sait bien que ça ne prête pas à conséquence. Qui va le dénoncer, le condamner ? Le reste de la classe ? Pourquoi condamneraient-ils un si amusant spectacle ? Moi ? Soyons sérieux, il est impensable (surtout pour moi) que j’aille cafter, j’ai bien suffisamment intégré que ça faisait partie de mon lot. Qui ira se vanter auprès des profs, des parents, des pions, de qui que ce soit, de choses dont il a honte, de ses humiliations ?

    Et toujours, comme dans d’autres témoignage, ce « bon copain », qui affirme que je n’ai qu’à entrer dans leur jeu, « réagir » (quoi que cela puisse signifie), et que de toute façon, je n’ai pas à prendre tout mal, je suis quand même beaucoup trop « susceptible ». (il y aurait des thèses entières à écrire sur ce mot, je crois).

    J’avais fait toute ma scolarité dans la même école. De la maternelle à la terminale. C’est donc en arrivant à la fac que tout s’est arrêté. L’anonymat des grands amphis, et puis d’autres repères, d’autres réflexes. Mais toujours ce sentiment insidieux, sous-jacent, pas vraiment conscient, qui m’a poursuivi tout du long et même encore aujourd’hui, que je suis sur la sellette, que si je baisse ma garde, « ils » ’apercevront que je suis le mouton noir. La solitude devient finalement le refuge le plus rationnel.

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