Cher Nice Guy

Dans le féminisme, on parle beaucoup de toi, ami Nice Guy. Et on s’impatiente vite, face aux raccourcis que tu peux faire au sujet des femmes. On a peur de la haine que tu développes à notre égard, et on dénonce sans cesse tes agissements et les stéréotypes que tu entretiens au sujet de la gente féminine. Aujourd’hui, jour faste, je suis paix et amour, même pour toi, et j’ai donc décidé non seulement d’essayer de te comprendre, mais en plus de te donner des conseils, car je sais que ta manière de vivre et de répondre à la souffrance n’est pas la meilleure.

J’appelle ici Nice Guy, cet homme en constante insécurité qui rêve d’une relation, souvent avec une femme, et qui ne la trouve pas. Cet homme qui se montre gentil, attentionné, à l’écoute, et qui malgré tous ses bons et loyaux services à la gente féminine, ne trouve pas chaussure à son pied. J’appelle Nice Guy tous ces hommes qui se sont tournés vers les PUA (1), persuadés qu’ils étaient que finalement, la gentillesse envers les femmes n’était que stupidité (puisqu’elles préfèrent les connards, ces salopes) et qu’il fallait les manipuler pour recevoir de l’attention, de l’amour et du sexe. J’appelle Nice Guy ces hommes qui finalement, en sont venus à haïr les femmes parce qu’ils sont malheureux et ont décidé qu’elles en étaient la cause, sombrant ainsi dans une misogynie crasse qui non-seulement les empêche d’atteindre toute forme de bonheur, mais en plus les pousse à se montrer irrespectueux et haineux d’un genre dans tout son ensemble et toute sa pluralité.

À ces hommes, j’aimerais parler des choses que j’ai apprises au sujet des relations humaines. Parce que je sais qu’ils sont malheureux et que leur malheur engendre un autre type de souffrance : celui des femmes victimes de la misogynie et de tout ce qui en découle.

Bien entendu, ce que je vais écrire peut aussi servir aux femmes à bien des égards, mais ce coup-ci, j’ai décidé de m’intéresser à la raison qui pousse les hommes dans les bras menteurs de la haine du féminin.

L’amour de l’Autre comme bonheur
Tout commence avec une croyance populaire très répandue, jamais nommée et pourtant on ne peut plus erronée : l’idée selon laquelle pour atteindre le Bonheur avec un grand «B », il faut être Aimé avec un grand « A ». D’abord par ce que les gens appellent communément votre Moitié (que nous devons impérativement trouver sous peine de mourir seul/es mangé/es par nos chats) et ensuite par un maximum de gens possible. Notre valeur se mesurerait en nombre de personnes qui nous apprécient, voire nous admirent et nous envient. C’est, entre autres, la raison pour laquelle la vie de star fait rêver : quoi de plus génial qu’une vie de célébrité ayant d’innombrables fans, quand on a grandit dans une société qui nous laisse entendre que pour être « quelqu’un » il faut être admiré et envié ? Pourtant, un schisme perdure, rarement soulevé : si la vie de célébrité est réellement la panacée comme on essaye de nous le faire croire, pourquoi lesdites célébrités qui peuplent nos écrans et nos journaux n’ont pas l’air heureux ? Pourquoi tant de drogué/e/s, d’alcooliques, d’anorexiques et de suicides parmi des gens aimés par des milliers de personnes ?

La réponse est simple : c’est parce que le bonheur ne vient pas des autres. Il vient de soi. Et pour être heureux, il suffit d’apprendre à s’aimer. J’y reviendrai.

Toujours est-il que la société, les médias, les histoires, tout est peuplé de ce cliché qui voudrait « qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il n’y a pas de « il/elle vécut seul/e et heureux/se », jamais : ça n’existe pas. Dans les fictions, tout solitaire cache une blessure qu’il attend de voir soignée par sa possible future moitié. On y croit tellement à ce mensonge, et ça nous fait tellement rêver, que même pour vendre des produits qui n’ont peu ou rien à voir avec la séduction, les pubs mettent en avant des couples sulfureux et sensuels. Pour appâter le client, les commerciaux associent réussite en amour avec tout et n’importe quoi : voitures, café, glaces, chaussures et j’en passe.

Le problème dans tout ça vient donc de deux choses. Comme je viens de l’expliquer, ça vient d’abord du fait qu’on fasse croire à tout un chacun que le Bonheur viendra d’autrui. Mais pour que ce mensonge fonctionne, il faut qu’une autre condition soit remplie : que les gens se détestent. Et c’est ce que toute notre éducation nous apprend au jour le jour : dès notre plus tendre enfance, on est mis en concurrence avec les autres, en nous inculquant qu’il faut être le ou la meilleur/e sous peine d’être une merde. Et comme on trouve toujours meilleur que soi, on peut toujours se comparer à quelqu’un et donc se reprocher de ne pas être assez bien. Parce que la perfection vendue par la société est inatteignable (celle dans laquelle vous avez un super emploi avec une super maison, un conjoint du sexe opposé (oui parce que les homos cey le mal), trois enfants, un chien, une belle voiture et un jardin, une santé d’enfer malgré le fait que vous travailliez énormément et une vie relationnelle épanouie alors que vous avez tout juste le temps de vous occuper de vos gosses).

Ainsi, les gens se méprisent et se haïssent parce qu’ils n’arrivent pas à atteindre cette perfection vendue, parce que le voisin a l’air de tout faire tellement mieux, parce qu’on leur fait croire qu’ils doivent tout savoir faire, alors que bien évidemment, c’est impossible. Comme ils se méprisent, ils sont malheureux, on leur fait donc croire qu’autrui apportera le bonheur manquant. Mais pour avoir la compagnie d’autrui, il faut la mériter, et pour ça, il te faudra acheter ci, et ça. Etc. La boucle est bouclée, et la ronde de souffrance ne s’arrête plus.

L’amour de l’Autre comme une drogue
Donc, le problème, avec notre société, c’est qu’elle se borne à nous faire croire que sans être aimé par les Autres, on ne peut pas être heureux, mais qu’en plus, l’amour des autres se mérite. Si tu veux être aimé il faudra que tu sois plus ceci, moins cela. Il ne faudra surtout pas que tu sois toi-même (et puis quoi encore?) Tiens achète une voiture, une maison, des vêtements, fais des cadeaux coûteux, etc, etc. Notre monde consumériste veut que tu sois persuadé que tu n’es jamais assez bien pour tes pairs, car ainsi il peut te vendre des quantités de choses pour t’aider à parvenir à un idéal inatteignable. Le pire, c’est que ce n’est pas fait sciemment par les gens qui créent les médias et les publicités. Ils se contentent de reproduire un schéma qu’ils connaissent et qui fonctionne d’un point de vue commercial, sans même penser au fait que c’est un mensonge et au fait que ça engendre tant de souffrances.

En attendant, c’est comme ça que les relations inter-dépendantes sont possibles : comme on n’est plus capables de s’aimer soi-même, on attend des autres de recevoir de l’amour -parce que tout être humain en a besoin-, comme un mort de faim attendrait qu’on le nourrisse parce qu’il n’a plus la force de le faire lui-même. Et finalement on se transforme en drogués en manque de cam : les autres sont nos dealers, et si le manque se fait trop sentir, la souffrance pousse à la haine et à la violence (qu’elle soit physique, mentale ou verbale). Tout comme un/e héroïnomane en manque de sa dose sera prêt/e/s à faire beaucoup de choses pour l’avoir, ceux qui manquent d’amour parce qu’incapables de le trouver en eux-mêmes vont essayer de trouver une raison, un coupable qui expliquera leur mal-être.

Pour les hommes dont j’ai parlé plus haut, les Nice Guy, les coupables sont toutes trouvées : ce sont celles qui leur refusent leur « dose ». Couplé à une éducation sexiste qui prétend que les femmes seraient toutes pareilles, ça donne le fameux « toutes des salopes (sauf maman) ». En outre, depuis leur plus tendre enfance, on a appris aux hommes qu’action = récompense. Tu sauves la princesse, tu peux la baiser, tu payes le resto, tu peux la baiser etc etc. C’est ce que nous apprennent les médias. Il y aurait des « techniques » pour pécho, comme si toutes les femmes fonctionnaient de la même manière et qu’il suffisait d’avoir cette fameuse formule secrète et mystérieuse pour toutes se les faire. Finalement, les femmes sont vues comme des machines dans lesquelles on mettrait des jetons « Gentillesse » jusqu’à ce que du sexe finisse par tomber. Sauf que cette technique qui est vendue comme LA solution pour avoir des relations sexuelles ne marche pas toujours (et c’est même problématique si une femme couche avec vous juste parce qu’elle vous trouve gentil). Et des frustrations et incompréhensions se mettent en place.

Pour reprendre la métaphore du drogué, c’est un peu comme si je disais à un héroïnomane qu’il aurait sa cam s’il me donnait de la thune et qu’une fois les billets en poche je me barrais sans rien lui filer. Le truc, c’est que contrairement à l’Héroïne, l’amour et le sexe ne sont pas des choses qui se donnent et s’échangent comme des objets ou des services sous contrat, si la personne n’a pas explicitement précisé qu’elle était là pour ça (auquel cas, vous avez en face de vous un/e Travailleur/se du Sexe et c’est un tout autre sujet). Que ce soit contre de l’argent ou contre de la gentillesse, une femme ne donnera pas de l’affection ou du sexe parce que (outre situation explicite ou les deux parties se sont mises d’accord) ces choses ne se troquent ni ne s’échangent pour peu qu’on prenne en compte le désir et le consentement de la personne. C’est quelque chose qu’on donne et qu’on reçoit de manière inconditionnelle. Mais pour ça, encore faut-il ne pas en avoir besoin. D’où l’importance d’être capable de s’aimer soi-même avec bienveillance et respect.

La Femme comme Entité détestable
Les femmes sont donc mises dans le même panier, et c’est la raison pour laquelle un Nice Guy aura deux réactions possibles en face du manque d’amour. Soit il va tenter différentes techniques absurdes apprises sur des sites de PUA pour séduire, soit il va accuser les femmes d’être des allumeuses et des profiteuses. Soit un cocktail des deux. La colère, la frustration, l’impression d’être un perdant (parce qu’un homme qui ne sait pas séduire est un perdant au regard de la société) sont issus en fait de cette non-capacité à s’aimer et à se sentir bien que ce soit seul ou accompagné. J’aimerais donc, avant d’expliquer pourquoi il est important de s’aimer et comment y parvenir, revenir sur ces croyances misogynes au sujet des femmes.

Il est important de garder à l’esprit que toutes les femmes sont différentes. Notre féminité ne fait pas de nous des robots fonctionnant de la même manière. Je suis une femme et je ne me trouve aucun point commun avec Marine Le Pen ou Lady Gaga en dehors du fait que nous parlons de nous au féminin. Les femmes ont des goûts, des préférences et des attentes qui varient d’une personne à une autre, exactement comme les hommes. Si Nicolas plaît à ma super pote, ça ne veut pas dire qu’il me plaira à moi. Et s’il me plaît, il est possible que ce ne soit pas pour les mêmes raisons. Ou alors, en admettant que je ne sois pas attirée par Nicolas, ça ne fait pas de lui une sous-merde incompétente en matière de drague : ça veut simplement dire qu’il ne correspond pas aux critères que je recherche. Fin de l’histoire. Nicolas se trouvera quelqu’un d’autre s’il le souhaite et tout ira bien. C’est un peu comme les préférences en matière de nourriture : si je préfère les bananes aux poires, ça ne veut pas dire que les poires ne sont pas bonnes. Il s’agit simplement de mes préférences.

Il existe des femmes qui préfèrent les femmes (les lesbiennes), des femmes qui ne sont pas intéressées par le sexe (les asexuelles(2)), des femmes qui ne se contentent pas d’un seul partenaire, des femmes qui aiment les deux Genres, des femmes qui préfèrent les relations exclusives, des femmes qui se fichent des relations et rêvent plutôt de voyages, des femmes qui aiment les hommes introvertis, d’autres les hommes efféminés ou à l’inverse les très virils… Tout ça est une affaire de goûts, de feeling et de réciprocité. Tout comme il y a des gens que vous ne trouvez pas intéressants comme amis, les femmes peuvent ne pas vous trouver intéressant comme amant potentiel. Ça ne remet pas en cause votre valeur. Ça ne veut pas dire que vous n’êtes pas digne d’être aimé.

Apprendre à s’aimer
Parce qu’en fait, tout un chacun est digne d’être aimé. Et la première personne que vous devez en persuader, c’est vous-même. Vous pouvez être aimé par la planète entière, si vous vous détestez, ça ne sert à rien : vous ne serez jamais heureux. Alors oui, je sais, ça fait très leçon hippie de dire ça, et beaucoup aiment tourner ce type d’enseignement en dérision, mais les faits sont là : plus on s’aime, plus on se respecte, et plus on est heureux. Nombre de gens en attestent, il suffit d’écouter leur voix qui ne s’élève pas plus haut qu’il ne le faut. Si vous vous aimez, vous n’aurez pas besoin de l’amour des autres, ce ne sera plus une dépendance, simplement des expériences agréables à ajouter à votre parcours de vie. Il existe des tas d’expériences plaisantes à faire au cours de notre existence, et on ne peut pas toutes les faire. Pourquoi l’amour des autres serait obligatoire ? Pourquoi ne pas se contenter des relations qui viennent (car elles viennent forcément) et accepter d’autrui rien de plus que ce qu’il peut vous apporter ? Exiger de l’amour, dans une forme bien spécifique, quand la personne en face n’est pas capable de vous en apporter sous cette forme-là, c’est un peu comme demander à une personne qui ne sait pas dessiner de faire de vous un portrait réaliste : en essayant, la personne se sentira nulle parce qu’incapable de combler vos attentes, et vous, vous serez frustré parce que vous n’aurez pas ce que vous attendiez (alors que vous êtes capable de vous le fournir vous-même).

Alors la question, maintenant, c’est comment s’aimer ? C’est tellement simple que c’en est à pleurer : il n’y a nul besoin de gravir des montagnes, de décrocher un job après 20 ans d’études, de devenir riche, célèbre… Ça s’apprend, c’est tout. Il faut d’abord réussir à reconnaître le Juge qui se trouve en chacun de nous, et à se persuader que c’est un menteur. Pour le Juge, vous ne faites jamais assez bien, vous êtes détestable, pathétique, haïssable et un continuel perdant. C’est celui qui vous dit « oui mais… » quand vous êtes heureux ou satisfait de vous-même. C’est lui qui vous rappelle vos échecs à n’importe quel instant de la journée, parfois sans prévenir, vous donnant subitement envie de vous taper la tête contre les murs. Reconnaître ce Juge nécessite d’apprendre à surveiller ses pensées, à les reconnaître et à ne pas laisser un flot continu d’idées qui fusent en vous comme des flash. Intercepter ces flash, les reconnaître eux et leurs mécanismes, trouver à quelles peurs ils appartiennent permet de reconnaître votre Juge et de contrer sa malveillance.

En arrêtant le Juge, vous aurez la capacité de commencer à vous parler à vous-même avec bienveillance. Comme si vous parliez à un ami proche, à un jeune frère, bref à une personne que vous aimez fort. Apprendre à vous traiter avec bienveillance, à ne pas vous culpabiliser pour vos échecs, à vous encourager face à vos difficultés permettra d’aller doucement, mais sûrement vers un amour de soi qui n’a rien à voir avec l’orgueil ou la suffisance, mais qui est simplement le respect de soi.

Et pour apprendre à faire tout ça, il faut simplement du temps, de la compassion pour soi, un peu d’introspection et beaucoup de patience. Autant de choses qui ne s’achètent pas, ne s’échangent pas, ne se troquent pas et ne se volent pas. Ça s’apprend, tout simplement et n’importe qui peut le faire : ça ne demande pas de technique particulière ni de prédisposition. Il faut simplement accepter l’idée que nous sommes déjà complets et que l’amour qu’on peut recevoir, qu’il vienne d’amis, d’amants, de parents ou que sais-je encore, n’est jamais qu’un plus, un moyen agréable d’accompagner sa vie, comme le chocolat qu’on prend en fin de repas « juste par gourmandise ».

(1) PUA, ou Pick Up Artist désigne les « artistes de la drague » du genre Guillaume Pley. Ce sont des hommes dans la majorité des cas qui enseignent ou échangent des techniques de drague pour « choper » les femmes. Ces techniques sont parfois très limites et plus que de la séduction, proposent des moyens de déstabiliser les femmes pour mieux passer outre leur consentement. Bref, ça flirte pas mal avec la culture du viol.

(2) Pour en savoir plus sur l’asexualité : [x]

Cet article a été écrit après la lecture très édifiante de ce livre : The Mastery of Love (oui c’est en anglais, mais je vous assure, il est facile). Il n’est pas parfait, mais il reste intéressant à potasser. Sinon, un grand merci à RedAlert, Eliwyel, Prose et Mélange-Instable pour leurs conseils, leur relecture et leur opinion.

Pour aller plus loin
Les aventures de Poire : [x] [x] [x]
Les mythes sur le viol : [x]
De l’amour de soi et des autres : [x]


Égalitariste

19 réflexions au sujet de « Cher Nice Guy »

  1. Si j’avais ton talent, j’aurai pu écrire cet article mot pour mot. Ca me fait sourire, parce que je t’aime beaucoup. Et je me rend compte que c’est parce que je me reconnais en toi, et je m’aime beaucoup aussi.

    Le roi est mort, vive Myroie!

  2. Je suis désolé j’ai pas bien lu tout votre article, j’ai été rebuté par certains trucs, mais j’ai l’impression quand même de devoir vous dire que l’amour non-partagé fait partie des vrais drames de la vie (c’est Marguerite Yourcenar qui le dit dans les mémoires d’Hadrien), et qu’on n’est pas tous armé pour pouvoir y survivre.

  3. Merci pour cet article très interagissant. J’ajouterai que s’aimer c’est aussi chercher la compagnie de personnes qui nous font du bien et s’éloigner des personnes qui nous meprisent ou nous enferment dans une image négative. Ce n’est pas toujours facile.

  4. Je suis quand même un peu gêné par l’inversion contenue dans ce texte, ainsi que dans le blog de l’Elfe (différents articles sur Poire). S’il existe effectivement des hommes qui n’arrivent pas à être heureux et pour qui une relation ne pourra pas constituer une solution (excellent exemple de quelques stars riches et adulées des foules et qui se suicident malgré tout, mais il s’agit quand même d’une minorité), le trouble ressenti par certains n’est pas toujours identique.

    Pour ma part, j’ai différentes attirances ou besoins dans mon existence, les assouvir contribue à mon bien être, accumuler de la frustration pendant des années, risquant au contraire d’aller à l’encontre de ce bien être et au bonheur en général. En fait, l’adage dit : « l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue ». C’est comme l’essence pour une automobile. Si vous n’en avez pas, Même avec la meilleure voiture du monde et la meilleure bonne volonté, votre voiture ne démarrera jamais et ne nous permettra pas d’aller faire la superbe excursion que vous aviez prévue.

    J’ai parlé d’inversion, dans le sens où oui, le fait d’avoir des relations intimes avec des partenaires, contribue à mon bonheur, alors que le fait de ne pas en avoir, me fait souffrir. Ignorer ce fait revient à pratiquer une forme de déni de réalité, qui ne risque pas d’améliorer les choses, bien au contraire. Prétendre que la solution est justement de ne pas chercher à séduire, mais à contrario de pratiquer une forme exclusive de repli sur soi, me semble bien hasardeux. [Fin de phrase coupée, tu sera gentil de rester poli].

    Effectivement, on ne peut pas passer le plus clair de son temps libre à draguer, il y a d’autres centres d’intérêt dans l’existence, auxquels se consacrer de manière équilibrée. Par exemple, lorsque j’en ai assez d’accumuler les râteaux, je peux me changer les idées en lisant un bon bouquin, me consacrer à une œuvre utile ou toute autre activité enrichissante. Je peux aussi me dire que cela m’apportera toujours un peu plus de culture, toujours intéressant pour meubler une conversation. Mais au bout d’un certain temps, hors de question de ne me contenter que de cela et de tirer un trait sur toute possibilité de rencontre !

    Je me souviens du blog de l’Elfe, je ne sais plus si c’est elle-même ou un des contributeurs, qui avaient conseillé aux poires de s’investir dans une activité passionnante, comme le théâtre, par exemple. Il ou elle concluait en disant : « quand vous serez passionné au point qu’un soir, quand vous aurez le choix entre une séance de théâtre et un rendez-vous coquin et que vous choisirez le théâtre, vous serez vraiment bien» ou quelque chose dans cet esprit, cela m’a littéralement fait frémir d’horreur ! Ce n’est ni plus ni moins qu’un système d’autocastration. Pas physique, puisqu’on ne coupe pas les amourettes du monsieur, pas chimique, dans le sens où on ne lui fait pas avaler du bromure ou équivalent, mais plutôt psychologique, genre d’auto lavage de cerveau destiné aux loosers n’ayant pas de succès auprès des Femmes et devant se résigner à cette situation, pour la plus grande tranquillité de ces dernières.

    Ben oui, beaucoup de Dame se plaignent d’être importunées par de nombreux hommes, de plus ne sachant même pas draguer correctement. Rendez-vous compte, ces vils résidus du lumpenprolétariat de l’amour, oseraient manifester l’outrecuidance de ne serait-ce qu’imaginer adresser la parole à une Dame ?! Et en plus, pour tenter leur permettre d’augmenter un tant soit peu leurs chances d’y arriver, ils vont sur des sites d’information, genre PUA, mais ces mêmes Dames expliquent qu’ils sont rédigés par des pervers psychopathes ignorants, donnant des conseils plus funestes qu’utiles.

    Dans ce cas quelle alternative ? Selon vous, rester tout seul, se cultiver dans son coin et attendre « ces relations qui viennent forcément » ? Cela fait quarante ans que je m’intéresse aux Dames, mais côté bénévole, le nombre de mes relations peu se compter sur les doigts d’une main. Et encore, s’agit-il de personnes plus ou moins désespérées, plus proche de la cour des miracles que d’une situation à peu près normale. Un minimum de lucidité leur a fait sans doute comprendre qu’il valait mieux ne pas être trop difficile.

    Heureusement qu’il y a les Courtisanes. Quelques relations par an, comme de trop rares oasis dans le désert, qui m’accordent l’inestimable privilège de goûter à la douceur d’une Femme.

    • Tu assumes donc et revendiques d’être ce que certains appellent un « mort de faim ». Sous ton langage châtié (franchement « courtisanes » à la place de « putains » ? Tu as besoin de mettre des jolis mots pour cacher la misère et l’horreur qui se cachent derrière le fait de payer une femme qui, si tu n’avais pas sorti le porte-feuille, n’aurait pas voulu de toi ?), tu te fiches de ta dignité et tu es prêt à tout pour mendier un peu d’attention féminine.

      C’est d’un triste. Mais j’imagine que c’est plus confortable pour toi qu’une simple remise en question, un peu d’introspection et de recherche.

      • « Expliquez moi ce dont vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer ».

        C’est en gros ce que vous dite, du haut de votre statut privilégiée dans le domaine. Oui je dis privilégiée, parce que vous ne devez pas avoir de mal à combler vos désir à ce niveau (ce que je déduis de votre « car elles viennent forcément » particulièrement insultant et blessant tellement il est faux). Et que cette situation, elle est loin d’être vécue par tous. Bon nombre d’homme au physique pourtant classique subissent le célibat (à la fois social et sexuel) et le subiront toute leur vie. Bien sur, il y a pire sort. Mais leur dire « ça va s’arranger, t’inquiètes », c’est tourner le couteau dans la plaie. C’est surtout montrer à quel point vous parlez d’une chose sans chercher à la connaitre ou à la comprendre.

        L’autre message que vous leur donnez, le « trouvez vous autre chose » est aussi assez choquant. Si je vous dis « non, vous ne pouvez pas avoir l’estime que l’on accorderait à un hommes, mais bon, par contre vous pouvez avoir du sexe à la place, vous savez », je pense que vous me considérerez comme une ordure de la pire espèce. Et vous aurez raison. Mais je ne vois pas en quoi vous agissez différemment ici.

        Vous nous reprochez à juste titre, à nous, les hommes, d’être privilégié dans bon nombre des aspect de la vie sociale. Alors admettez l’être, au moins sur cet aspect là. Plutôt que de minimiser votre avantage, plutôt que de dire que le sexe ne fait pas le bonheur, admettez simplement ce fait : quand une femme hétérosexuelle célibataire ayant un physique dans la moyenne veut s’envoyer en l’air, elle peut trouver son amant en une ou deux soirée sans trop d’effort. Quand un homme hétérosexuel célibataire ayant un physique dans la moyenne veut la même chose, il peut trouver son amante en quelque mois d’effort acharné et régulier passés à envoyer des messages dont 90% resteront sans réponses.

        On ne vous demande pas de changer les choses. Parce vous n’avez pas à vous forcez, pas à trouver une solution à notre place. Mais on vous demande d’arrêter de les nier ou de les minimiser. Vous êtes privilégiées sur cet aspect de la vie, et oui, il est important. Je penses que vous êtes bien placé pour savoir à quel point il est pénible de voir un privilégié refuser d’assumer son statut de privilégié. Alors ne faites pas la même chose. C’est tout ce que je vous demande.

        • C’est marrant, les propos que je tiens sont en partie fortement inspiré d’un livre que je mets en lien à la fin de cet article (The mastery of love). Et vous savez quoi ? Il est écrit par un homme, au physique plutôt ingras au regard des normes sociales actuelles. Comme quoi, certains ne font pas preuve de paresse intellectuelle et savent pratiquer l’introspection.

          C’est une connerie que de dire que les femmes sont privilégiées sur le plan relationnel, évitez-moi votre mansplaining de bas étage. Je suis personnellement plutôt bien faite au regard de la société et ça ne m’a pas empêché de me prendre de nombreux râteaux. (Et que dire de toutes les femmes qui ne rentrent pas dans la case « bonne à baiser » selon votre regard masculin torve et biaisé ?) Je n’en développe pas pour autant une sorte d’intolérance stupide décrétant que tous les hommes sont des cons, tout simplement parce que j’ai appris à réfléchir. Je vous invite à en faire de même.

          • Bonjour,

            je partage l’impression que vous méprisez les personnes qui n’attirent pas l’affection, et qui confient ici leur souffrance d’être rejeté du système affectif. Si l’auteur du livre arrive à s’en sortir malgré un physique ingrat, tant mieux pour lui, mais le souligner ne peut qu’enfoncer ceux qui n’ont pas sa capacité.

            La société patriarcale apprend aux hommes à accomplir des exploits et à être courageux pour séduire une (belle) femme. Comme le premier prix d’une compétition de gentillesse et d’héroïsme. Sauf que dans la vraie vie, ça ne marche pas comme ça. Les femmes ne sont pas des lots à gagner quand on a bien travaillé. Certains hommes ont aussi des failles narcissiques qui sont alors mises à mal avec la confrontation avec le réel : le rejet. Alors qu’ils ont fait ce que la règle disait. Je comprends la frustration, l’humiliation et la colère.

            Si le fait d’être gentil pour attirer est aussi considéré comme mensonger et déloyal, que reste-t-il ?

            Vilipender la paresse intellectuelle des rejetés (le jenaipasdedifficultesaffectivesmajeures-splaining ?) est-il respectueux des handicapés affectifs ?

          • Je ne vous comprends pas : j’explique que les femmes ne sont pas des machines dans lesquelles il faut mettre des jetons « gentillesse » pour gagner du sexe parce que les femmes ont un libre arbitre et ça semble vous déranger. Fort bien. Moi je vous propose des solutions (mais c’est méprisant, paraît-il) afin de ne plus être dépendant et vous me répondez « que nous reste-t-il ? » Heu. Votre amour-propre ? Vos passions ? Les femmes ne sont pas le but ultime de votre vie, que je sache ? Des tas de femmes arrivent à vivre sans hommes, pourquoi l’inverse serait impossible ?

            Que voulez-vous faire sinon ? Forcer les femmes à coucher avec vous ? Ça s’appelle un viol, je vous signale. Culpabiliser les femmes pour qu’elles couchent avec vous par pitié ? Vous avez donc aussi peu d’amour propre ? PAYER des femmes pour qu’elles couchent avec vous peut-être ?

            Je ne méprise personne, sinon les intolérants. Si vous pensez que les femmes vous doivent du sexe et de l’affection, vous êtes misogynes et je ne vous méprise pas parce que vous êtes seuls, mais parce que vous-même méprisez les femmes et les voyez uniquement comme des outils plus que comme des êtres pensants et ayant des sentiments.

            J’explique justement dans cet article que vous pouvez aller au-delà des injonctions à la force et à la virilité qui vous sont faites en apprenant à vous aimer. Mais je constate que vous préférez, paresseux que vous êtes, me blâmer et blâmer les femmes pour des maux que vous pourriez régler par vous-même (je vous ai même prémâché le travail).

            Les femmes ne sont pas des outils sur lesquels vous pouvez essuyer la morve qui résulte de vos souffrances. Nous avons nos propres horreurs à affronter, et croyez-moi elles sont bien pires que la solitude.

  5. Merci pour ce texte.

    Je suis (et j’étais déjà en fait) vraiment d’accord avec vos conclusions (et celles de The Mastery of Love je suppose), c’est cool que vous les décriviez ici.

    Par ailleurs tous les articles sur les nice guy que j’ai lus (j’en ai pas lus des milliers non plus ceci dit) m’ont donnés la forte impression que si je ne mettais pas en couple, si je ne draguais pas et si j’étais gentil, ceux qui connaissent le concept allaient me considérer comme un nice guy.

    (C’est très désagréable comme impression).

    Le votre ne me donne pas du tout cette impression, au contraire, merci 🙂

  6. Ping : 2014-052 – [Myroie] La mauvaise recette du bonheur | Un jour Une idée

  7. Ping : Surcharge, retour d’expérience : l’apport du féminisme pour la création de personnages | Ex Retis

  8. Une confusion générale règne, qui mélange « amour », « affection/tendresse » et « sexe ». Les Nice Guys mixent un peu tout ça, et là où ils ont besoin d’affection, ou d’amour pour améliorer leur estime d’eux-mêmes, ils tentent d’obtenir du sexe. C’est problématique selon moi : le sexe ne signifie pas systématiquement « amour » et « tendresse », et ne fait que renforcer la sensation que les femmes ne sont pas logiques, gentilles, et donc respectables. Ce n’est qu’appliquer un pansement sur une blessure relative à l’estime de soi, comme tu l’as parfaitement illustré.

    « To find someone you love, you gotta be someone you love », comme le dit une chanson de Nada Surf.

  9. Encore une fois, un article très intéressant =) J’ai découvert ton blog récemment, et je mange tes articles.

    Ici, une BD de Commando culotte (je conseille si tu ne connais pas) qui résume parfaitement ce que tu dit , via le concept de friend-zone :

    http://www.mirionmalle.com/2014/01/friendzone-girlfriendzone-le-combat-des.html

    J’aimerais revenir sur un point cependant, qui n’as pas de rapport direct avec le nice guy (je m’excuse donc par avance si ça semble HS !). Bon, sans vouloir partir dans des débats philosopho-métaphysiques, il y a juste cette idée que tu développes résumée en cette phrase : « Si vous vous aimez, vous n’aurez pas besoin de l’amour des autres, [ce sera] simplement des expériences agréables à ajouter à votre parcours de vie ». A vrai dire, elle m’a fait tiqué, et je vais essayer de dire pourquoi ( le fait d’être aimé comme condition essentielle à son bonheur est un problème que tu vient juste de me poser, je n’y avais jamais réfléchi, du coup je m’excuse si c’est confus !).

    Je suis en effet d’accord avec le fait que si on ne s’aime pas soi-même, on ne peut pas être heureux. C’est un peu une évidence (le bonheur est subjectif et son ressenti est personnel, toussa toussa), donc je ne développerais pas ce point puisque tu l’as déjà fait.

    Par contre, je pense que si être aimé n’a pas forcément pour conséquence logique de s’aimer, il est nécessaire d’être aimé pour s’aimer, donc pour ‘atteindre’ le bonheur. Attention, je parle « aimer » au sens large : amitié, familial, romantique… Je suis asexuelle, donc forcément je ne crois pas à l’équation couple=bonheur =)

    La société capitaliste patriarcale a récupéré cette notion et l’a pervertie, comme elle fait toujours, en matérialisant l’amour d’autrui, comme tu l’expliques en première partie : que ce soit en voiture, argent, glace, ou même gentillesse, comme c’est le cas du nice guy qui s’attend à ce que gentil=amour. Alors que non, bien sûr, l’amour ne se commande pas tellement, même si c’est vrai qu’il a été prouvé qu’on aime le plus souvent ceux de notre classe/idée car c’est ceux qu’on croise et avec qui on partage le plus de choses (cf. les sociologues Pinson-charlot, mais bon je m’égare). Elle a pris ce besoin qui est d’être aimé et l’a détourné en besoin de posséder, comme elle a transformé le besoin de se nourrir en besoin de travailler. Mais même si le besoin d’être aimé est aujourd’hui transformé en quelque chose de faux, ça ne veut pas dire qu’il n’existait pas à la base.

    Je n’ai pas forcément d’auteur ou de grandes théories pour appuyer ce ressenti, mais disons que c’est quelque chose que je ‘sens’ en moi (oui il y a mieux comme justification, hein). Je vais essayer de l’expliquer par mon expérience personnelle. Par exemple, je me suis isolée quelque temps afin, justement, de me ‘retrouver’, de voir ce que ça faisait de se débarrasser du regard des autres car je me suis rendue compte qu’ils dictaient tout ce que je faisais. C’était au début super libérant, je me sentais vraiment bien et je me trouvais des passions inconnues. Mais très vite, je me suis sentie mélancolique. Ok, je discutais vite fait avec les gens que je croisais, mais ça ne suffisait pas. Quand je découvrais un truc, un beau paysage, je voulais partager mon bonheur, et que l’autre me fasse partager le sien; mais il n’y avait personne. Je voulais discuter, je voulais communiquer, partager, parce que mon plaisir seul ne me faisait finalement pas plaisir. Ce petit voyage m’a donc appris une chose : j’ai besoin des autres (sur le plan affectif).

    Tu me diras que mon expérience personnelle ne peut pas être une preuve d’une affirmation universelle, que je me suis sentie mélancolique parce que justement j’étais en manque, mais qu’avec un peu de volonté et plus de temps j’aurais peut-être pu découvrir le bonheur, ou encore que mon besoin était de communiquer ici, pas d’être aimé.

    Pour les deux premiers points c’est parfaitement plausible. Pour le troisième cependant, j’ai encore une fois une expérience qui prouve le contraire : je suis resté quelques temps au sein d’un groupe qui ne m’aimait pas. Ils ne me faisaient pas de mal, mais ils ne m’aimaient pas. On communiquait, on parlait, mais il n’y avait pas de connections positives entre nous. Je ne rigolais pas, je ne me sentais pas heureuse, bref j’étais mal. J’imagine que n’importe qui dans ma situation se sentirait pareil. Mon besoin est donc plus que la communication, c’est l’amour.

    Puisque je n’ai apporté jusqu’ici que du perso qui ne prouve rien, je vais essayer de théoriser tout ça pour rendre plus sérieux. Je part du postulat que le but de chacun est d’être heureux.

    Je vais donc pousser ta logique (l’amour des autres n’est qu’un point positif, non nécessaire et qui peut être remplacé par d’autres formes de bonheur) et voir les conséquences que ça a. Si les autres et leur amour ne sont qu’un bonus, on peut vivre dans une bulle individuelle coupée des autres. Ce qui arrive aux autres, leurs problèmes, leurs angoisses, leurs besoins, ne nous concerne plus. J’ai peur qu’avec ce genre de raisonnement, on ne tombe dans les pires travers du capitalisme. En effet, si mon bonheur dépend de moi et non des autres, quel intérêt ont les autres ? Si je peux être heureux sans me faire aimer des autres, quel intérêt de rendre les autres heureux ? Pour caricaturer (no offense hein, c’est juste pour mieux expliquer), ils peuvent crever, je m’en fous, au pire ce n’était qu’une possibilité de bonheur remplaçable ; la meuf en bas de chez moi crève de faim, c’est pas grave je ferais du théâtre. En gros, c’est la logique de l’individualisme dans ce qu’elle a de mauvais : pas le fait de s’accomplir en tant qu’individu, mais ne penser qu’à soi, moi moi moi. C’est une logique de recherche du bonheur qui entraîne une indifférence face aux autres ; en bref, c’est le libéralisme. Du coup, envisager le bonheur comme uniquement individuel me paraît dangereux.

    Être dépendant ne me paraît pas forcément une mauvaise chose. Si nous étions totalement indépendants, il n’y aurait après tout pas besoin d’interactions, et moi un monde sans interactions ça me rend triste. Je ne parle pas de la dépendance-esclavage, comme l’ouvrier face au patron ou, dans un autre contexte, le nice-guy face à la Fâme (qui croit qu’il a absolument besoin de son vagin), mais d’une dépendance saine où on a besoin de l’autre (comme le fait que voir quelqu’un malheureux nous rend par empathie -ce que tout être humain a- malheureux) et du coup on prend soin de lui. Je pense même que c’est comme ça qu’on vaincra le sexisme ou l’homophobie ou je ne sais quoi. Avec la logique du ‘on a pas besoin de l’amour des autres’, il n’y aurait aucune raison de défendre les homos si on est pas homos, puisque n’étant pas nous ils seraient indépendants à notre bonheur.

    Bref, j’aurais encore tellement de choses à dire mais je vais m’arrêter là car ça devient un roman ! Ce serait déjà miraculeux que quelqu’un lise mon commentaire ^^ »

    En résumé, super article même si je pense qu’on a besoin de l’amour des autres pour s’aimer et pour être heureux !

  10. Ah oui, mais non en fait. Je viens de lire ton article « Un couteau sous la gorge », dans lequel tu écris : « nous avons donc besoin des autres pour vivre, nous reconnaître et nous sentir exister, d’une manière ou d’une autre. » et « besoins secondaires -parce que pas vitaux- mais néanmoins importants : son besoin d’affection », avec lequel je suis parfaitement d’accord.

    Je ne comprends pas pourquoi tu dis ici, du coup, que l’amour des autres n’est pas nécessaire pour être heureux ? A moins que tu parles dans cet article ‘nice guy’ uniquement de l’amour dans le sens romantique du terme. Auquel cas mon commentaire précédent est totalement HS, et je m’excuse (merde c’est la honte).

  11. Merci.

    Je ne sais pas comment je me situe par rapport à tout ça. On me dit gentil. Je ne suis pas d’accord, et ça m’énerve. Je le suis ni plus, ni moins que n’importe qui. J’aime prendre soin des autres, mais c’est parce que j’ai un manque affectif, alors si je peux, je donne, c’est déjà beaucoup, mais quand je regarde les mecs autour de moi, je ne pense pas qu’ils soient moins gentils, ils sont peut-être moins dans l’écoute, c’est tout.

    Et je suis seul, bien sûr :-D. Et je ne pense pas finir mes jours autrement (mes problèmes + petite ville avec peu de rencontres = bingo!). Je ne déteste pas les femmes pour autant, c’est totalement stupide, et, bon sang, sans les quelques copines que j’ai, ma vie serait bien plus triste. Et faut pas rêver: Le seul point commun entre toutes les femmes que j’ai pu croiser, c’est moi 😀 Peu importe le pourquoi, on s’en fout.

    De même, autant je m’en fous du sexe (il y a des moments où ça me travaille, bien sûr, mais, pour n’avoir pas couché depuis 6 ans, 6 ans ou 6 jours, c’est pareil), autant je manque cruellement d’affection mais aussi de simple contact humain, un toucher, une main, me signifiant que je ne suis pas prisonnier d’une bulle hermétique, que j’existe et suis un être humain plutôt qu’une machine qui pense.

    Et j’ai pleuré en vous lisant, parce que, même si je ne me reconnais pas dans une partie de votre portrait, la partie sur le manque affectif, sur le Juge, me parle et m’a touchée d’autant plus que c’est ainsi que j’appelle la partie de moi la plus dure et intransigeante, ce silex affuté qui reproche à l’Enfant d’être ce qu’il est.

    Ayant manqué d’affection toute ma vie, je me suis construit autour de ça. Et je me déteste, et je me méprise, et je ne me sens pas digne d’être aimé, fut-ce simplement amicalement. Du coup, autant je m’attends sans cesse à ce que les gens que je fréquente, lassés, ne me dégagent de leur vie, autant, sur le plan amoureux, signifier à une fille qu’elle me plait est, pour moi, la meilleure façon de la voir partir en hurlant.

    Dans l’absolu, si une fille m’intéresse, ça ne me gène pas de me prendre un râteau, d’accepter ça tranquillement, et, en admettant que je puisse, de partir avec elle sur une relation plus amicale: Le fait qu’il ne puisse pas y avoir plus ne change rien au fait que je l’apprécie et sois content de la connaître et de la fréquenter.

    En pratique, manifester de l’intérêt pour une femme qui me plait étant, dans mon ressenti, synonyme de la perdre totalement et automatiquement, je n’en montre pas.

    Et c’est là que j’exprimerais un désaccord avec vous. En ce que j’ai l’impression qu’à une époque, j’ai failli me sortir de tout ce schéma. Sans comprendre pourquoi, j’arrivais à peu près à accepter que des gens puissent éventuellement m’apprécier comme ami, et, sur la fin, à envisager à peu près la possibilité qu’une femme soit peut-être un jour plus ou moins amoureuse de moi (Et non pas simplement attirée physiquement ou dans une relation de réparation, pour le peu de brèves expériences que j’ai connues). Mais ça m’a demandé des années d’effort, et, surtout, l’aide plus ou moins directe de personnes super, qui m’ont aidé, soutenu et accepté, y compris en connaissant et en acceptant mon moi le plus secret, et ce fond de tristesse et de solitude que je me traine depuis tant de temps.

    Bon, pour info, c’est fini parce que, alors que, dans mon ressenti, j’avais presque remonté la pente, j’ai rencontré une personne dont les failles correspondaient aux miennes (y compris via la réaction d’horreur face à mes sentiments pour elle alors que j’avais confiance, non pas qu’elle me rendrait mes sentiments mais qu’elle ne me rejetterait pas), ce qui a été très destructeur pour moi.

    Tout ça pour dire que… Ce n’est pas la première fois que je vois cette histoire de s’aimer soi-même. Et que j’ai essayé, aussi. Mais sans renforcement extérieur, ça me semble de l’auto-suggestion fragile. Comme de construire une maison sans plan ni fondations. Ou, après une jambe cassée, de se mettre à remarcher sans béquilles ni soutien.

    Peut-être que des gens y arrivent, et c’est très bien, et c’est tout ce que je leur souhaite.

    Simplement, je n’ai plus la force ou l’énergie pour ça, plus les « béquilles » non plus, et je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas.

    Et ça m’embête aussi. Pas la solitude, ça fait mal parfois, mais c’est comme ça, et je peux l’accepter. Mais tout le reste à côté, tous les doutes et les craintes, les interrogations qui peuvent naitre quand je pense à moi et à tout ça. Je n’aime pas du tout le sexisme et la mysoginie dans ces portraits, mais, par certains côtés, ils me ressemblent tellement, je me dit « A quel point est-ce moi? A quel point suis-je un connard qui s’ignore? ». A quel point, aussi, suis-je malsain/pervers? Si je fréquente une femme qui me plait, suis content de la voir et de la connaitre mais prend plaisir à lui donner et faire plaisir, sans penser ou espérer qu’un jour elle se tourne vers moi (ce qui serait horriblement angoissant, parce que si elle me regarde vraiment, elle va voir comme je suis triste, ennuyeux, dévoré par le vide, et partir), est-ce malsain, est-ce que je devrais pas prendre du recul?

    Hum… Je me relis, et… Je me trouve effroyablement égocentrique, moi moi moi, auto-apitoiement, etc. Mais je sais aussi que je suis un mauvais juge de tout ça, et qu’il est possible que ça parle à des personnes avec un ressenti similaire. Surtout, n’hésitez pas à couper tout ce qui vous semble hors-sujet.

    Enfin voilà. Même si je pense que votre texte, c’est… trop tard? pour moi et d’autres, ce n’est sans doute pas le cas pour tout le monde. Et je tenais à vous remercier de l’avoir écrit, mais également de m’avoir touché, sur ce fond de haine qui peut nous habiter.

  12. sérieusement, quand je vois certaines des réactions ici, je me demande si on a bien lu le même texte… texte au demeurant très intelligent et respectueux des personnes dont il parle. Merci. J’ai été moi-même concerné par cela pendant longtemps, et je peux confirmer avec joie à peu près 99, 9 pour cent de ce texte (la seule chose étant que je n’en ai jamais voulu aux femmes dans leur ensemble, ni accusé le féminisme etc, tout simplement parce que je suis allergique aux généralisations sans fondements… mais je vois très bien ce à quoi tu fais allusion)

  13. Hello,

    Cet article m’a permis de comprendre un point qui me dérange dans la dénonciation du phénomène « Nice Guy ».

    Dans tous les articles critiques au sujet des « Nice Guy » je retrouve une argumentation qui commence par « déconstruire » le « mythe » de la nécessité d’être en couple.

    Certes, être en couple n’est pas nécessaire au bonheur, et ne pas avoir de relations sexuelles ne met pas en danger le pronostic vital.

    Ceci dit, je trouve que tu vas un peu vite en besogne en rattachant systématiquement l’envie de relations amoureuses à une construction sociale.

    C’est certain qu’il y a une injonction sociale très forte à « être en couple » ou au moins à « baiser » chez les (jeunes) hommes.

    Mais je pense que tu fais erreur en n’y voyant qu’une injonction. Les relations amoureuses et la sexualité sont (ou devraient être…) une source d’épanouissement, de plaisir, d’enrichissement. Même sans injonction, même sans faire état publiquement de sa vie amoureuse, on peut éprouver l’envie (pas le besoin) d’y participer. Comme on peut avoir envie d’écouter de la musique : On peut vivre sans musique, mais beaucoup de gens trouvent que la vie est plus sympa avec.

    Et il me semble que cette insistance à réduire à néant, à délégitimer l’envie de relations, prend sa source dans notre culture qui est de plus en plus intolérante à la frustration.

    Comme s’il n’était pas acceptable de dire, d’une part, qu’on peut avoir envie de relations, que cette envie est en soi légitime, qu’elle n’est pas forcément que la réponse à une injonction, tout en disant d’autre part que cette envie ne sera pas forcément satisfaite et que personne n’a le devoir de la satisfaire.

    Comme s’il était impossible d’admettre, à un instant T, qu’on puisse être plus heureux dans une relation que seul, tout en admettant également que personne n’a envie de cette relation, et qu’il faut se contenter de ce qu’on a, sans avoir recours à la violence (physique, psychologique, économique) pour contraindre autrui.

    Pour ma part, j’ai longtemps été un « nice guy », et je pense en être encore un (dans le sens où, quand une personne me plaît, je multiplie les actes de gentillesse à son encontre, tout simplement parce que je ne sais absolument pas quoi faire d’autre).

    Ça ne signifie pas que je tienne autrui pour responsable de ma solitude (la logique voudrait que si responsable il y a, c’est moi-même), ou que fasse un lien entre cette gentillesse et cette solitude (je suis persuadé qu’être méchant marche encore moins bien).

    À ce propos, il me semble qu’il y a une grande confusion dans le discours des PUA, qui prétendent que les rejets amoureux sont une conséquence de la gentillesse. Je mettrais plutôt l’implication dans l’autre sens : c’est l’expérience du rejet qui pousse à agir différemment – donc par exemple, à être gentil (ce qui n’est pas en soi un problème). Une personne qui a des facilités pour plaire n’a aucune raison de se dire « Tiens, je vais faire plein d’efforts pour plaire ».

    Bref, j’aimerais qu’on fasse la part des choses entre « être gentil pour séduire » et « détester les femmes, les féministes et la société ». Que des gens prennent des prétextes odieux et des raccourcis faciles pour glisser de l’un à l’autre ne signifie pas qu’il y a un lien de cause à effet inévitable.

    Et il me semble que traiter comme un « bloc » le phénomène « Nice Guy », en mettant dans le même sac l’impulsion de départ (« je ne l’intéresse pas, peut-être que si je suis spécialement gentil avec elle je l’intéresserai davantage ») et toute la merde que certains greffent par dessus (cf Elliot Rodger..) n’aide pas à dénoncer ce faux lien de cause à effet.

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