Comment devenir végétarien ?

Ces derniers temps, je parle beaucoup de végétarisme, que ce soit sur mon tumblr ou sur twitter. Et du coup, je reçois pas mal de questions de personnes qui s’intéressent à ce régime alimentaire et, plus largement, à la cause anti-spéciste. Je trouve ça vraiment chouette de constater que les gens qui me suivent ne se contentent pas de prendre des morceaux de mes combats et d’ignorer ceux qui ne les intéressent pas. Aussi, j’ai décidé de vous faire un petit mode d’emploi pour ceux qui souhaitent passer le cap.

Comme cet article s’adresse aux néophytes, il va de soi que je parlerai ici uniquement de végétarisme. Tout simplement parce que si je suis personnellement convaincue que l’aboutissement de la logique anti-spéciste est le véganisme et que je fais de mon mieux pour tendre vers cette philosophie, je ne pense pas qu’on puisse aisément passer du régime carniste à celui du régime végane en un claquement de doigts. Tout ça demande des efforts et un investissement certain. Non pas financier, contrairement à ce que beaucoup peuvent croire, mais plutôt d’énergie et de temps.

Avant de commencer, comme je sais que beaucoup de gens ne sont pas au fait du vocabulaire en rapport avec la cause animale, quelques petites définitions pour que vous ne soyez pas perdus dans cet article.
Carnisme : Comme Wikipédia donne une parfaite définition, je me contente d’un copié collé : Le carnisme est un système de croyance, ou idéologie, selon laquelle il est considéré comme éthique de consommer certains animaux. Le carnisme s’oppose essentiellement au végétarisme ou au véganisme. Le terme carnisme a été défini en 2001 par la psychologue sociale Melanie Joy. Selon Dr Joy, c’est parce que le carnisme est une idéologie violente et dominante qu’il est resté anonyme et invisible, et de ce fait, manger de la viande est considéré comme une évidence plutôt que comme un choix. Or lorsque manger de la viande n’est pas une nécessité pour sa propre survie, cela devient un choix, et les choix proviennent toujours de convictions.
Flexitarien : Personne adoptant le régime alimentaire végétarien, mais seulement à la maison (n’achète donc ni viande ni poisson). Le principe, c’est qu’on s’autorise des écarts en société (restaurants, familles, amis) quand ça devient trop compliqué de manger sans viande à X ou Y endroit. Beaucoup voient là un passage étape pour devenir végétarien.
Pesco-végétarien : Personne qui ne mange pas de viande, mais accepte de manger du poisson. C’est un principe typiquement français qui est très controversé dans la communauté anti-spéciste. En gros : pourquoi arrêter de manger des animaux à part le poisson ? Qu’est-ce que cet animal à de moins que les autres ?
Végétarien : Personne qui ne mange pas d’animaux. Donc pas de viande, pas de poisson, pas de fruits de mer et pas d’insectes.
Végétalien : Personne qui ne mange pas de produits issus des animaux. Donc, en gros, ne mange pas leur chair, leurs œufs, leur lait ou leur miel.
Végane / Vegan : Végétalien qui étend son mode de consommation à tous les produits de la vie courante. N’achète donc pas de laine, de cuir, de fourrure, de produits testés sur les animaux, etc.
Spécisme : Tout comme selon le racisme tous les êtres humains ne se valent pas, le spécisme est une forme d’intolérance selon laquelle les différentes espèces animales n’ont pas la même valeur. Généralement, l’échelle de valeur dans les tête des spécistes  peut se résumer comme suit : humains > animaux de compagnie (chiens, chats, rongeurs, chevaux) > animaux comestibles et/ou « utiles » (cochons, vaches, moutons, poulets) > autres animaux > animaux dit nuisibles (insectes).

Maintenant que vous avez le vocabulaire en main, quelques précisions : je me base sur ma seule et unique expérience pour vous donner ces conseils. C’est-à-dire que je fais la synthèse de ce que j’ai pu vivre depuis que je suis végétarienne et de ce que j’ai pu entendre autour de moi, que ce soit venant de proches ou d’articles (pro ou pas). Je ne dis pas que ces « techniques » vont nécessairement fonctionner pour vous, ce ne sont jamais que des conseils. Si vous êtes intéressés par la cause anti-spéciste et par le régime végétarien, il faudra aussi que vous fassiez vos propres recherches et expériences.

Se convaincre du bienfondé de son régime alimentaire
La première chose à faire quand on veut passer le cap du régime végétarien, c’est d’être intimement convaincu que vous faites le bon choix. Peu importe ce que les autres pensent, disent ou font, c’est votre conviction à vous qui va vous aider à ne pas céder aux diverses tentations dans un premier temps. Je sais que ça paraît paradoxal, étant donné que le régime végétarien a normalement une vocation altruiste, mais pour commencer, il faut que ce changement vous le fassiez pour vous en priorité. Plus vous aurez de bonnes raisons d’abandonner la viande et le poisson, moins vous regretterez votre choix et moins vous aurez de chance de craquer, même dans les périodes difficiles. Pour vous aider à trouver de bonnes raisons au végétarisme, voici une liste de ses bienfaits, liens à l’appui.

– Un plus grand respect des animaux.
Si vous pensez aimer un tant soit peu les animaux, le végétarisme est un excellent moyen de montrer cet amour et de ne pas se sentir en contradiction avec soi-même. Disons plus exactement que votre volonté de protéger les animaux et de les respecter passe par cette chose toute simple : ne pas les tuer pour les manger. Être végétarien, c’est montrer et crier au monde que vous n’acceptez pas qu’on enferme, tue et torture des êtres sensibles pour le simple plaisir gustatif d’une minorité privilégiée. Pour rappel, la majeure partie des animaux destinés à la consommation humaine sont cruellement traités, battus, enfermés dans des cages minuscules. Beaucoup meurent de maladie, d’étouffement, ou autre avant même de voir l’abattoir tant les conditions de vie sont abominables. L’abattoir, lui, est une véritable horreur, que ce soit pour les animaux bio ou pas. L’abattage se faisant à la chaîne, beaucoup d’animaux ne sont pas assommés correctement avant d’être égorgés ; et parfois même, pas égorgés correctement avant d’être plumés, découpés, écorchés, etc. Autrement dit, on peut considérer qu’une part des animaux qu’on mange (bio ou pas, j’insiste : les animaux « bios » sont mis à mort de la même manière que les non-bios, c’est simplement au niveau de l’élevage que ça diffère et moins qu’on le croit, malheureusement), sont écorchés alors qu’ils sont encore vifs. Tous ces animaux sont dépourvus de membres « problématiques » comme leur bec, leurs cornes, leur queue ou leur testicules et quand on les leur coupe, c’est toujours sans anesthésie. Enfin, quand les animaux sont acheminés aux abattoirs, c’est également dans des conditions inhumaines, et beaucoup meurent pendant le trajet.
Pour plus d’informations à ce sujet :
One Voice – L’abattage conventionnel
[x]
Un Monde Vegan – élevage industriel, le cauchemar [x]
Un Monde Vegan – Les élevages bio et/ou en plein air
[x]

– Un plus grand respect de l’environnement.
Pour élever des animaux qui vont être transformés en viande, il faut les nourrir, les abreuver, les « loger » et les transporter. Et ça pose un certain nombre de problèmes. Le premier, c’est qu’avec la hausse constante de demande de viande, on a besoin d’avoir de plus en plus de bétail. Et donc, il prend de la place.  En fait, selon la FAO, les pâturages couvrent actuellement 3,38 milliards d’hectares (26 % des terres de la planète, sans compter les pôles) tandis que les cultures occupent 1,53 milliard d’hectares (12 %). (1) Autant d’espace qui sont occupés par des animaux dont la digestion émet beaucoup de méthane, un gaz à effet de serre (d’après un rapport de la FAO, l’élevage représente 18 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre). (2) Deuxième problème : l’élevage est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau à cause des déjections animales et des antibiotiques et hormones qu’elles contiennent. En outre, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides utilisés pour les cultures fouragères participent également énormément à la pollution des eaux. (3) Troisième problème, ces animaux, il faut les nourrir et les abreuver. Notons qu’un tiers des terres arables est consacré à l’alimentation du bétail.  (4) Les problèmes que ça pose ? Comme on les nourrit avec des céréales (souvent OGM), on a toujours besoin de plus d’espace pour le cultiver. Or la culture de céréales est l’une des causes majeures de la déforestation. (5) Pour finir, cette nourriture qu’on apporte aux animaux doit être transportée et elle vient souvent de loin. Ajouté à ça que les animaux eux-mêmes, vivants puis en morceaux doivent être acheminés de l’endroit où ils sont élevés à l’abattoir puis au supermarché. L’impact carbone est donc considérablement plus élevé pour la viande que pour les végétaux.
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(2) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage et émissions de gaz à effet de serre » : [x]
(3) Manger autant de viande est une aberration – « Les conséquences environnementales de l’élevage intensif » : [x]
(4) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(5) Un monde végane – déforestation
[x]

– Un plus grand respect de l’humanité.
Manger de la viande est un privilège. Un privilège de riche vivant dans un pays riche : dans les pays développés privilégiés, la consommation est supérieure à 200 g par jour (et par personne) alors que dans les pays en développement elle est de 47 g. (1) Toute la nourriture et l’eau qui a été donnée à l’animal qui a permis de faire la viande que vous mangez aurait pu servir à nourrir des populations entières qui sont aujourd’hui affamées et/ou assoiffées. En effet, 60 % des céréales produites dans le monde sont consommées par les animaux. (2) Pour vous donner une idée en chiffres, il faut 15500L d’eau pour produire 1kg de bœuf contre 1300L d’eau pour produire 1kg de céréales. (3) En somme, les pays privilégiés (ceux qu’on appelle les pays « développés », donc) pompent 56% des ressourcent alimentaires alors qu’ils ne représentent que 26% de la population mondiale. Et c’est en grande partie à cause de la consommation de viande.
Notons également que la production en masse de viande pousse les industriels à créer des fermes toujours plus insalubres et donc, porteuses d’énormément de maladies. En fait, les systèmes modernes d’élevage sont des incubateurs à virus (listeria monocytogènes, salmonelles, campylobacters, E. coli, et autres promoteurs de « grippes » en tout genre). Comme l’indique un rapport de la FAO : « il n’est pas surprenant que les trois-quarts des nouveaux pathogènes ayant affecté les humains dans les dix dernières années proviennent des animaux ou des produits animaux ». Moins d’élevages permettrait donc d’éviter beaucoup de maladies et, par extension, tous les problèmes que ça pose aux humains. (4) Pour finir, si vous vous souciez des humains, sachez que travailler dans un abattoir est quelque chose de très difficile psychologiquement à tel point qu’en France, une loi stipule que les « bourreau » doivent tourner régulièrement. (5)
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) Manger autant de viande est une aberration – Introduction :
[x]
(2) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(3) Manger autant de viande est une aberration – « Les conséquences environnementales de l’élevage intensif » :
[x]
(4) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage, viande et santé humaine » :
[x]
(5) Cahiers anti-spécistes – « dans le crâne d’un tueur » :
[x]

– Un plus grand respect de soi.
Pour des tas de raisons, la viande est mauvaise pour la santé. Elle favorise des maladies comme certains cancers (du colon), l’ostéoporose, les AVC, le diabète, l’obésité, l’arthrose, etc etc. (1) Très difficile à évacuer pour le système digestif, elle demande beaucoup plus d’énergie à la digestion et donc, favorise la fatigue, le stress et l’anxiété. La plupart des viandes que vous mangez sont, en plus, issues d’animaux gavés d’antibiotiques, d’OGM et d’hormones que vous ingérez donc également en mangeant leur chair (mais aussi leur lait et leurs œufs). En fait, il est important de comprendre que l’idée selon laquelle on a besoin de viande pour être en bonne santé est une idée reçue très encouragée par le lobby de la viande. De nombreuses études (que j’ai mis en lien sous ce paragraphe) démontrent que non seulement nous n’avons pas besoin de manger des animaux pour vivre, mais qu’en plus elle cause davantage de dégâts pour la santé qu’autre chose. D’ailleurs, la position conjointe des diététiciens américains et canadiens, émise en 2003, a formulé un bon résumé de cette réalité. Ces deux organisations, qui regroupent 70 000 diététiciens, ont endossé le fait que « les régimes végétariens (y compris le végétalisme) menés de façon appropriée, sont bons pour la santé, adéquats sur le plan nutritionnel et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies ». Cette position de l’Association américaine de diététique a été réaffir
mée en 2009.
(2)
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) One Voice – Viande et santé, attention danger :
[x]
(2) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage, viande et santé humaine » :
[x]
L’Humain, omnivore ou végétarien de nature ?
[x]
Rapport Campbell – les 8 principes issus de 40 ans d’étude : [x]

Procéder par étapes
Une fois que vous avez fait suffisamment de recherches sur les raisons qui font que vous vous intéressez au végétarisme et sur ce qui fait que selon vous c’est un choix éclairé et nécessaire, il va falloir apprendre à vous écouter. En premier lieu, si vous êtes le genre de personne à appréhender les légumes comme un simple accompagnement de la viande (c’était mon cas), vous allez devoir apprendre à redécouvrir les végétaux. Par exemple, en devenant végétarienne, personnellement, j’ai découvert que j’adorais le riz. J’en mange à presque tous les repas, dans toutes les alternatives possibles : riz complet, riz aux lentilles, riz pilaf, riz en salade, soupe de riz, riz gluant etc, etc. Redécouvrir les légumes, c’est aussi redécouvrir leur saveur. Pour ça, un bon moyen est de manger cru. Là encore, je me suis découverte une passion telle pour l’avocat que j’ai commencé à le manger sans même l’assaisonner. Bref, il va falloir que vous redécouvriez vos préférences, tester des recettes et, pourquoi pas, découvrir de nouveaux ingrédients. Le tofu n’est qu’un aliment parmi tant d’autres sur la liste des ingrédients que vous n’avez jamais utilisé. Et faire cette recherche est un début de plaisir et de découverte. Rien ne vous oblige à l’entamer pile au moment où vous arrêtez la viande et le poisson : vous pouvez très bien le faire pendant votre transition.

Ensuite, tout comme beaucoup considèrent que le végétarisme est un passage-étape pour atteindre le véganisme, il existe un autre passage étape entre le carnisme et le végétarisme. On appelle ça le flexitarisme. Ce régime alimentaire consiste à adopter le régime végétarien chez soi, mais à s’adapter quand on est invité à manger à des endroits où il sera compliqué de manger végétarien. Me concernant, je suis passée par cette étape qui a duré six mois. Elle m’a permise d’aller vers le végétarisme en douceur et de faire des découvertes tout en continuant de manger un peu de viande et de poisson.

Au bout d’un certain temps, si ça vous fait la même chose qu’à moi, manger de la viande (même juste un peu) ne vous satisfera plus. À chaque fois que vous regarderez votre morceau d’animal dans votre assiette, vous ne pourrez pas vous empêcher de penser à tout le chemin qu’il a parcouru et à tout ce que ça implique comme problèmes et ce, à tous les niveaux dont j’ai parlé plus haut. Vous allez donc avoir envie d’aller « plus loin » quitte à ne plus répondre à l’appel de vos papilles gustatives qui frétillent à l’idée d’entrer en contact avec des morceaux d’animaux cuisinés. Beaucoup voient ce stade comme le moment où on décide de se « priver ». C’est plus complexe que ça. Effectivement, on choisit de ne plus répondre à des désirs impulsifs de chair animale, mais on choisit aussi d’être en paix avec soi-même, de taire enfin cette culpabilité qui nous bouffe et finalement, on atteint une paix intérieure qui est bien plus enviable qu’un bref moment de plaisir gustatif. J’ajoute que se « priver » n’est, selon moi, pas un problème à partir du moment où il y a une justification intelligente derrière. La consommation aveugle en suivant nos désirs sans même se demander si c’est bon ou pas pour nous et/ou notre entourage n’est jamais que le résultat d’une société de consommation qui nous pousse à tout vouloir tout de suite sans jamais se poser de questions. Mais c’est un autre sujet.

Bien choisir le moment
Une fois que vous aurez atteint ce « stade », une chose que j’ai trouvé efficace à faire c’est de choisir une date symbolique à partir de laquelle vous ne mangerez plus d’animaux. Commencer à une date qui n’est pas anodine pour vous vous aidera à faire une barrière mentale entre la personne que vous étiez avant cette date et après cette date. Me concernant, j’ai choisi de devenir définitivement végétarienne le jour de ma remise de diplôme. C’était un jour où je faisais un grand pas dans le monde adulte, puisque je clôturais mes études et donc ma vie de « petit fille ». Je devenais une « adulte responsable », et je me suis demandée quel genre d’adulte je voulais être. Une adulte végétarienne a été une des réponses. Aujourd’hui, celle que j’étais avant mon diplôme n’est plus la même que celle que je suis aujourd’hui. Et l’idée de revenir en arrière, à cette « enfant » que j’étais me déplais tant, que je n’ai toujours pas cessé mon nouveau régime alimentaire.

Attention, néanmoins. Bien choisir sa « date symbolique » demande quelques conditions. Et celle qui me semble la plus importante est que vous devez choisir une date à laquelle va suivre une période pas trop difficile pour vous. Je m’explique : pour effectuer ce genre de changement assez radical et difficile, il faut que vous ne soyez pas dans une période où vous avez besoin de palier une quelconque difficulté, un quelconque malheur avec un palliatif alimentaire. Tout simplement parce que se faire plaisir en mangeant nous fait sécréter de l’endorphine (et/ou de la dopamine – ce sont deux hormones dites « du plaisir ») : une hormone qui apaise la douleur et atténue le stress. Nous avons donc besoin d’endorphine, d’autant plus quand on est stressé et/ou malheureux. Si vous associez le plaisir à la viande et que vous êtes dans une période où vous avez besoin de vous faire plaisir pour sécréter des endorphines, passer le cap sera d’autant plus dur pour vous et il y a beaucoup plus de chance pour que vous craquiez. Personnellement, juste avant ma remise de diplôme, je bossais énormément, j’étais très stressée, je dormais peu et mal et pour des raisons personnelles, en plus, j’étais assez malheureuse et en manque de confiance en moi. Pendant cette période qui a duré trois mois, j’ai mis entre parenthèse jusqu’à mon flexitarisme, me rassurant en me disant qu’ensuite, je serai une vraie végétarienne et que je ferai tout pour m’éduquer et apprendre à apprécier des plats sans chair animale.

Alors je sais que ce qui je dis là va faire hurler certains anti-spécistes / vegan / végétariens : après tout, que vaut un peu de malheur face à la mort et la torture d’autres êtres vivants ? Et je suis d’accord, dans la théorie. Mais dans la pratique, je pense qu’il est préférable qu’une personne prenne son temps pour devenir végétarien (puis vegan) et que ce soit durable, qu’une personne qui va essayer d’un seul coup, va se dégoûter du végétarisme parce qu’il se rend malheureux et va finalement ne pas y revenir voire carrément fustiger ce régime simplement parce qu’il a mal vécu son expérience. Plus on va vers ce régime en douceur et en s’écoutant, plus on a de chance de se sentir bien en le faisant et donc, de pousser d’autres personnes à faire de même. Et le but, c’est bien ça, au final : qu’un maximum de personnes cessent de manger des animaux.

Être végé au quotidien
Alors forcément, devenir végé au quotidien, ça va demander quelques galons dans certains domaines quand-même. J’ai tenté de glaner un maximum de (vraies) problématiques et de les répertorier ici pour y répondre. Non « mais où je vais trouver mes protéïneuuuuh ? » n’est pas une vraie problématique quand on sait que des protéïnes, yen a partout.

– Par quoi je remplace la viande ?
En fait, la viande ne se remplace pas vraiment. Il faut juste apprendre à organiser son assiette différemment. Par exemple, moi quand je cuisine je me fais toujours deux plats à base de féculents et un à base de légumes/légumineuses. Généralement ça donne souvent du riz, patates, épinards, par exemple. Le mieux, généralement, c’est de simplement suivre des recettes végétariennes. Je donnes des liens vers de sites qui en propose à la fin de cet article. Et si vraiment vous voulez un substitut à la viande, il existe des trucs du genre du faux poulet, du faux saucisson etc. Là par contre, il faut un budget, mais c’est vraiment pas nécessaire pour passer le cap.

– J’aime trop le poisson, je m’en passe comment ?
Ah, le poisson. Les sushis. Ces animaux qui ne crient ni ne pleurent, comment les plaindre, comment vouloir s’en passer ? Bon, ya mille bonnes raisons d’arrêter le poisson et les fruits de mer. Presque autant que la viande. C’est mauvais pour la santé (les poissons ingurgitent toute notre pollution, vous vous faites donc des sushis au bisphénol A et au mercure, miam miam), c’est pas écologique, et c’est une terrible souffrance pour l’animal, même s’il ne peut pas l’exprimer avec nos moyens à nous. Comme pour la viande, ya pas de solution miracle. Il faut de la volonté et connaître toutes les bonnes raisons qui font qu’il est important d’arrêter d’en manger.
Allez zou, quelques petits articles pour vous persuader :
L’aquaculture : [x]
Petit poisson deviendra grand : [x]

– Comment manger équilibré ?
Pour manger équilibré, c’est simple, il faut respecter un certain nombre d’apport en nutriments. Vitamines, fer, calcium, zinc, Oméga3 et Oméga6, protéines etc, sont autant de choses dont on a besoin. Pas de panique vous trouverez tout ça dans les végétaux. Si ça vous inquiète vraiment, voici des sites qui donnent des conseils avec des référencements des différents apports alimentaires, mais sachez que personnellement, je me prends pas trop la tête et j’ai pas de tableau super rigide sur mon frigo. Je me contente de manger beaucoup de crudités, et de me composer des repas à base de légumineuses, de légumes, de fruits et de féculents. Un exemple type de repas que je prends, le petit dej : Jus d’orange + thé vert (à l’orange, miam) + fruits secs (noix, noisettes, amandes) + tartines (sans beurre) + deux fruits de saison.

– Mon médecin m’a dit que c’était dangereux.
En fait, les médecins ne sont pas des dieux. Oui, je sais c’est dingue. Mais il existe aussi des médecins (et même des nutritionnistes) qui sont victimes d’idées reçues. Ce sont des humains après tout, et pour avoir son diplôme de médecin on est pas obligé de remettre en cause des idées caduques. Des nombreuses recherches réalisées et validées par des professionnels ont affirmé et soutenu que les régimes végétariens ET végétaliens n’étaient pas mauvais pour la santé s’ils étaient fait correctement. À ce sujet, vous pouvez, par exemple, lire le rapport Campbell, donné en lien plus haut.

– Comment manger végétarien dehors ?
C’est vrai qu’en France, si tu vis pas à Paris, trouver des restaurants végétariens ou même qui proposent des plats végétariens, c’est un peu la galère. Mais en fait, un truc que j’ai découvert ya pas longtemps, c’est que les restaurateurs c’est des petits filous (non pas les yaourts, bande d’estomacs sur patte) : ils le disent pas sur la carte, mais tu peux demander à ce qu’ils modifient les plats spécialement pour ta trogne. Dingue, hein ? Ouais, je l’ai appris ya pas longtemps et ça a changé ma vie. Aussi, quand je suis allée, par exemple, dans un restau spécial burgers avec des amis, j’ai pu commander un burger bien gras en demandant à ce qu’ils remplacent le steak par une galette de pomme de terre. Et ainsi fut fait. Dites vous que j’ai même des amis vegans qui commandent des pizzas sans viande et sans fromage. Point bonus : la tête du pizzaiolo. Bref,  quand tu sais ça, manger dehors en tant que végé devient tout de suite beaucoup plus facile.
Pour ce qui est des cantines c’est plus compliqué -merci le gouvernement-, du coup, si votre self propose pas une alternative végétarienne soit vous allez essayer de faire changer les choses, soit vous vous faites votre encas chaque jour avant de partir. Il existe des recettes très simples d’encas à se préparer et qui sont très bonnes.

– Que répondre à ceux qui se moquent de moi et du végétarisme.
C’est une des plus grosses problématiques avec la question qui en dessous. Comme je l’ai dit plus haut, ce que je vis le plus mal en tant que végétarienne, c’est l’intolérance des gens, leur mauvaise foi voire leur mensonge à ce sujet. Du coup, j’ai développé des techniques pour éviter des débats désagréables. La question n°1 à éviter, c’est « et au fait, pourquoi t’es végétarien/ne ? » Généralement les gens ne veulent pas savoir. Ça les interpelle mais je crois que la seule réponse qu’ils peuvent tolérer c’est « pour ma santé ». Aussi, vous pouvez choisir, plusieurs options : ne pas dire toute la vérité et répondre seulement « pour ma santé » (ça me faisait des aigreurs d’estomac, j’ai du cholestérol, je suis allergique etc), choisir d’utiliser leur humour « c’est parce que je veux faire souffrir un maximum de légumes », ou carrément les prendre pour des cons (des fois ça soulage) en répondant que vous savez pas, que vous vous êtes réveillé un matin et que vous l’étiez et que vous savez pas comment vous en débarrasser.
Sinon, malheureusement, comme je le dis ici, ya pas vraiment de technique : faut attendre que ça passe en serrant les dents. Personnellement j’ai toujours à peu près réussi à tenir le coup, sauf une fois où j’ai dû mettre le holà parce que le repas se transformait en véritable procès. Mais dans l’ensemble, à part quelques petites blagues lourdes, on finit par s’y faire et on ignore.

– Comment annoncer mon végétarisme et le faire accepter par mes proches ?
Là, c’est le dilemme. Et s’il y a un sujet sur lequel je ne jugerai jamais personne c’est bien celui-là puisque je rencontre ce problème avec ma famille. L’idée que je puisse devenir végane leur est odieuse et ils ont déjà eu du mal à se faire à mon végétarisme. Et finalement, ce qui m’empêche le plus de devenir végane, c’est bien la résistance des membres de ma famille à ce nouveau régime. Je ne suis pas prête à sacrifier les relations que j’ai avec ceux que j’aime même pour une cause qui me tient vraiment à cœur. Du coup, je fais de mon mieux dans mon coin, et je m’adapte quand je suis avec eux (sauf pour la viande et le poisson, ça j’ai été intraitable). J’entends par
fois des véganes / végétariens dire que si vos proches ne respectent pas votre régime alimentaire, ben c’est qu’ils vous mérite pas, mais je suis pas d’accord. Comme je le dis dans cet article, c’est très difficile de suivre ses idées politiques si ça doit coûter des relations sociales auxquelles on tient. En tout cas, le flexitarisme dont j’ai parlé plus haut est un excellent outil pour tester le terrain.
Toujours est-il que là dessus, j’ai pas de solution miracle : la seule que je vois c’est le dialogue. Encore et encore et encore. Mais c’est dur. Pour les amis c’est un peu différent, je pense. En général, ça passe plutôt bien en dehors de quelques railleries (mais bon, on finit toujours par se blinder). Et puis quand on devient végétarien, on se fait facilement de nouveaux amis puisqu’on partage avec une nouvelle communauté, et ça c’est chouette. Après, à chacun de faire en fonction de la situation, de ses relations et de sa résistance aux confrontation d’idées.

– Est-ce que c’est pas dangereux de devenir végé si j’ai des TCA (Troubles de Conduite Alimentaire) ?
D’après plusieurs témoignages glanés par des amis végés/véganes qui avaient des TCA, non. En tout cas, eux n’ont pas eu de problèmes. Mais vous pouvez quand-même en parler avec des professionnels avant de passer le cap. Après, comme je l’ai dit plus haut, passer le cap du végétarisme quand on a des problèmes sérieux (et j’en pense que les TCA en sont), c’est plus difficile. À vous de voir si vous vous en sentez capables. Vous pouvez toujours essayer et voir ce que ça donne. À priori, si dommages il y a, je doute qu’ils soient irréversibles.

Quand on craque
Le végétarisme (et le véganisme) ce n’est pas une secte. Si un jour vous craquez, bon, et bien, craquez. C’est pas grave. Ya pas un grand gourou qui va venir vous enlever vos badges anti-spécistes et vous jeter en pâtures à des porcs d’élevage en furie. Craquer une fois de temps en temps, ça n’invalide pas tout ce que vous avez fait et tout ce que vous faites pour la cause animale. En fait, craquer ou pas craquer, c’est davantage un problème à voir avec vous-même. Si vous commencez à craquer trop régulièrement, il faudra peut-être envisager de revenir à une alimentation « classique » et éventuellement réessayer plus tard. Par contre, faire un écart de temps à autre, c’est normal. Vous êtes un humains, et vous êtes sans cesse bombardés de messages qui vous disent, « la viande c’est bien, c’est bon, ça rend fort, ça rend bon, ça fait de toi un lion trop graou graou », et même si vous savez que c’est pas vrai, inconsciemment vous allez avoir des désirs de viande. C’est le principe même de la publicité et des manipulations médiatiques, de susciter le désir même chez des personnes averties.

Personnellement, en un an, j’ai craqué quatre fois : trois fois pour de la viande et une fois pour du poisson. Ce qui est amusant, c’est qu’au moment de manger des animaux je me suis rendue compte qu’entre l’idée que je m’en faisais (« je vais me régaleeeer ») et ce que j’ai mangé réellement ben… J’ai été déçue. Dans le sens où dans ma tête c’était bien meilleur que ça. Finalement dans ma bouche, ça me faisait juste l’effet de caoutchouc et j’ai du me forcer pour finir (bon, j’avoue tout : sauf pour le poisson. Mais c’était des sushis, aussi). En fait, la viande dans ma tête, je me suis aperçue que je la surestimais. À cause des médias, d’une part, mais aussi à cause du souvenir que j’en ai et qui l’idéalise (quand j’étais petite, j’adorais la viande). Depuis j’ai découvert des aliments appelés « fausse viande » qui valent parfaitement l’original et qui me permettent de me préparer un repas sans me casser la tête quand je sèche pour trouver une idée de plat végé et que j’ai pas envie de chercher (oui des fois j’ai la flemme, comme tout le monde, je passe pas mes journées à concocter des plats dignes de master-chef).

En bref, vous permettre une certaine flexibilité en prenant en compte votre état psychologique et vos limites, c’est vous permettre de continuer d’agir efficacement sans vous faire du mal et donc, vous dégoûter de vos propos actes. Acceptez l’idée que vous êtes des humains avec des faiblesses et que répondre de temps à autres à ces faiblesses ne fait pas de vous une horrible personne perverse et mal intentionnée.

En conclusion
Voilà, maintenant que je vous ai donné tous mes conseils, un dernier détail : On ne devient pas végétarien puis vegan du jour au lendemain. Si une fois qu’on a commencé et qu’on s’est habitué c’est plutôt facile, le début est complexe et parfois, on se sent vraiment marginalisé. Ce qui fait que je ne sais jamais si je dois dire à une personne qui a le désir de passer le cap que c’est super facile, ou que c’est super dur. En fait, je crois que le plus juste c’est de dire que la difficulté ne réside pas du tout là où on le croit. D’autant que d’une personne à l’autre, les difficultés ne sont pas toujours les mêmes.  Moi par exemple, ce que je vis le plus mal, c’est l’intolérance des gens face à mon choix alimentaire. Surtout quand cette intolérance vient de gens que j’aime. Parce que cette intolérance est issue de l’ignorance et de la peur, et qu’à cause de ça, je vois des tas de personnes qui sont vraiment ouvertes et tolérantes devenir des véritables imbéciles quand il s’agit d’alimentation.

Du coup, voici mon tout dernier conseil : dans le fond, que vous deveniez végétariens, vegan, ou pas, ce n’est selon moi, pas le plus urgent. Je pense que c’est important de tendre vers ce régime, mais à mon avis, il faut que chacun aille à son rythme. Ça me fend le cœur quand j’y pense, mais je sais que de toute façon, le temps que les consciences s’éveillent, des milliards et des milliards d’animaux seront sacrifiés, même si j’arrive à convaincre les quelques lecteurs qui me suivent de tous se passer de viande. En revanche, voilà ce que je pense réellement nécessaire : même si vous n’adhérez pas à ce régime malgré mes conseils et mes arguments, j’espère vous avoir convaincu que l’anti-spécisme est une cause juste. C’est pourquoi selon moi, ce que vous devez faire si vous voulez réellement aider les animaux, c’est de cesser de vous cacher derrières de la mauvaise foi et des mensonges quand le viande vient sur le tapis. Admettez simplement que passer au régime végétarien est trop dur pour vous et ayez la décence de ne pas en être fier : n’essayez pas de nous faire croire que vous avez des problèmes de santé ou d’argent ou que votre volonté est de respecter l’ordre naturel des choses (si c’était vrai, faites moi le plaisir de vous balader à poil), ou je ne sais pas quoi d’autre. En agissant ainsi, chaque mensonge que vous prononcez est un renforcement des clichés spécistes et donc, un recul de la cause animale. Parce que ceux qui entendent ce genre d’idées reçues les ingèrent, les ressortent et s’en servent pour ne pas réfléchir à la question.

Vous n’êtes pas obligés de vous passer de viande si vous n’en êtes pas capables. Mais vous pouvez partager la vérité sur ce que la consommation de viande et de poisson implique. En cessant de mentir et d’être de mauvaise foi, d’abord, et en en parlant le plus possible, ensuite.
C’est le principe même de l’honnêteté intellectuelle. Et c’est ce qui sauvera le monde.

Quelques liens :
Guide du végétarien débutant : [x]
Forums végans : [x] [x] [x]
Site de recettes végétariennes / véganes : [x] [x] [x]
Des blogs géniaux qui parlent du sujet : Les Questions Composent // Antigone // Les Cahiers Anti-spécistes
Les sites : One Voice // Un Monde Vegan // Avi // Veg’Info
Des vidéos à voir  : Earthlings // Retirons les Animaux du Menu – Philip Wollen // Conférence de Gary // L’éthique animale pour les nuls
Et découvrez le Paris Vegan Day ! o/

Si vous connaissez des sites qui proposent des recettes végétariennes, des blogs qui parlent du sujet, des documentaires intéressant, etc, n’hésitez pas à m’en faire part, je complèterai les liens proposés dans cet article. En vous remerciant d’avance. ^^

Je rappelle que, comme d’habitude, sur ce blog, les commentaires qui viennent expliquer « pourquoi je mange de la viande » ne seront pas validés, car ça n’apporte rien au sujet, ni même au débat. Si vous avez l’intention de vous justifier de la raison qui vous pousse à manger de la viande, merci de bien vouloir vous abstenir, de toute façon, vous le ferez pour rien (ce sera modéré et je n’y répondrai pas). En revanche, si vous avez des questions, ou si vous êtes végétariens/vegan et que vous avez des conseils à donner, n’hésitez pas. Merci à tous. 🙂


Égalitariste

C’est dégueulasse de dire aux carnistes qu’ils tuent pour manger.

Il y a des choses qu’il ne faut pas dire à un carniste si on ne veut pas passer pour un extrémiste sectaire. Par exemple le fait qu’il mange des animaux qui ont été tués pour lui. C’est pourtant tout ce qu’il y a de plus vrai. Mais les omnivores n’aiment pas se l’entendre dire. Ils vont soit chercher une bonne excuse au fait qu’on DOIT manger de la viande (auquel cas je me demande bien comment nous faisons, nous autres végé, pour vivre), soit nous servir l’argument suprême de la modération et du relativisme (je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux), soit un mélange des deux.

Comme je pense qu’il y a un problème avec tout ce type d’argumentation carniste, je vais tenter de déconstruire un peu tout ça. Amis mangeurs de viande si souhaitez vous poser des questions, cet article est fait pour vous. Pour les autres, je vous invite à passer votre chemin sans quoi vous risquez juste de vous énerver et je m’en voudrais que vous vous fassiez du mauvais sang par ma faute à des fins inutiles.

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Pourquoi les carnistes mangent de la viande ?
Si on pose la question à un mangeur de viande, « pourquoi manges-tu de la viande ? », la réponse sera souvent la même « parce que c’est bon ». Les goûts étant une question d’habitude, force est de reconnaître que si l’omnivore trouve la viande savoureuse, c’est parce qu’il a été habitué à ça. Rares sont les carnistes qui ont réellement choisi de manger de la viande : en règle générale, ils ont juste grandi avec un entourage qui leur en a fait manger tôt. Je pense donc que les carnistes mangent de la viande par habitude. Mais comment peuvent-il maintenir cette habitude même quand il ont fait le lien animal-viande ?
Je pense que toutes les personnes qui mangent de la viande fonctionnent de la même manière à ce niveau : quand ils mangent de la viande, ils pensent justement « je mange de la viande » comme on leur a appris à faire. Un steak est bien assez différent de l’animal qui a servit à le produire pour qu’on oublie qu’il y a un être vivant derrière. Au fond, les carnistes ne sont pas stupides, ils savent qu’ils mangent des animaux. Mais à l’heure du repas, ils ne pensent pas à eux. Ils ne peuvent pas le faire : comment le pourraient-ils ? Avoir réellement conscience qu’on mange le produit d’un meurtre et le manger avec plaisir, c’est impossible. Ou alors faut avoir appris à sérieusement biaiser son empathie. C’est d’ailleurs pour ça (je pense) que de nombreux carnistes auront du mal à manger un animal qu’ils ont connu et aimé un jour et qu’ils frémissent devant les rares viandes sur lesquelles on voit encore la tête de l’animal (comme les lapins ou les poissons).

« Je suis quelqu’un de bien. »
Le carniste, comme n’importe quel autre être humain, veut croire qu’il est quelqu’un de bien. Et non seulement il veut le croire, mais il veut aussi le prouver à son entourage. C’est normal. Le carniste est un être humain comme les autres. Aussi, lui dire qu’il encourage des tueries par son alimentation c’est le mettre face à un problème, car dans notre société, tuer, ce n’est pas être quelqu’un de bien. C’est pourquoi une phrase aussi simple que « tu manges un animal mort » dérange. Et c’est aussi pour ça que les carnistes répondent « tu m’agresses, tu ne respectes pas mon choix de vie » (alors qu’eux-même ne respecte pas la vie des animaux) ou « je mange de la viande parce que j’ai pas le choix » (puis évoquent problème de santé, d’argent, la Sacro-Sainte Nature Mère de ta Conscience Omnivore etc).
En gros, soit ils refusent de t’écouter et te font passer pour un extrémiste violent qui ne sait pas s’exprimer sans être insultant (alors que parler de meurtre d’animaux n’est malheureusement pas une insulte mais une simple et triste vérité) et invalident ainsi tout ce que tu pourras dire par la suite. Soit ils se dédouanent de leur responsabilité un invoquant X ou Y excuse et entrent dans une phase de justification.
La première réaction se base sur la modération tant appréciée dans notre société. Il ne faut pas affirmer de choses trop noires ou trop blanches sans quoi on passe pour un extrémiste, en dehors des choses communément admises. Ainsi, dire « tuer c’est mal » ce n’est pas être extrémiste puisque c’est dit partout (dans la Bible, dans la Loi, etc). Par contre, dire « tuer des animaux c’est mal » c’est être extrémiste parce que c’est dit nulle part et que ça va à l’encontre des habitudes de la plupart des gens.
La deuxième réaction est, en gros, « mais c’est pas ma faute ». Un peu une forme de résignation sacrificielle : j’aimerais bien faire comme toi tu sais, mais alala, moi je peux pas. T’as bien de la chance de pouvoir être végétarienne : toi tu n’as pas de problème de santé / d’argent, etc, etc. A la fin du discours, je crois qu’il faudrait presque plaindre un carniste qui mange de la viande et le considérer comme une pauvre victime qui se force chaque jour à bouffer du cadavre pour sa santé ou son portefeuille.

« J’aime les animaux, d’ailleurs, j’ai trois chats et un poisson rouge. »
Le carniste tente souvent de prouver qu’il aime les animaux. Ce que je trouve assez amusant car moi (et beaucoup d’anti-spécistes), je suis incapable de prétendre une telle chose. Il y a des tas d’animaux qui m’énervent (le chien de mes voisins pour commencer), d’autres qui m’indiffèrent franchement (honnêtement, les moules, j’en ai un peu rien à carrer), et beaucoup beaucoup que je ne connais juste pas. En fait, je me sens aussi incapable de dire « mais j’aime la animaux, moi madame, la preuve j’ai un chat » que de dire « mais j’aime les homosexuels d’abord, la preuve j’ai un ami pédey ». Bien sûr, il y a des animaux que j’aime. Mes chats, pour commencer. Mais dans l’ensemble, je ne peux pas prétendre aimer tous les animaux. Par contre, une chose que je peux affirmer c’est que je les respecte et les considère comme mes égaux et que je fais de mon mieux pour agir dans le sens de cette considération.
Le truc, c’est que les carnistes vont tenter de prouver qu’ils aiment les animaux pour montrer qu’ils sont bons. « Regarde je ne suis pas un tortionnaire ». Comme si en disant « tu manges des cadavres d’animaux » je sous-entendais « tu maltraites tous les animaux ». Bien sûr que non. Je ne doute pas un seul instant que des tas de carnistes aiment sincèrement leurs animaux domestiques. Et c’est ce qui me donne de l’espoir, d’ailleurs. Mais n’est-ce pas parce qu’ils les ont sous les yeux ? Qu’il peuvent créer un lien avec ? La vache qu’ils mangent, ils ne l’ont pas vu vivre, elle n’a pas d’importance. Mais s’ils l’avaient connue ? S’ils avaient dû la tuer ? Que penseraient-ils de leur steak ?

« Et toi alors ? »
Oui et moi ? Est-ce que je fais tout bien moi ? Non. Je fais pas tout bien. Mais à la rigueur, est-ce qu’on en a quelque chose à faire ? Est-ce que vous en avez quelque chose à faire ? Je fais de mon mieux, et je somme tout un chacun de faire de même. On peut pas consommer de manière complètement responsable aujourd’hui, c’est pas possible. Mais on peut essayer de faire au mieux. Pointer du doigt ce que je fais mal (parce que oui, hein, il y en a des choses que je fais mal) ne vous soulagera que temporairement.
Quand un carniste retourne le débat contre moi en essayant de me prouver que je suis pas parfaite, il essaye juste de se rassurer. Il s’imagine qu’en me prouvant que je fais pas tout bien, ce que je fais ne sert à rien. Comme s’il fallait soit faire tout bien, soit ne rien faire (mais après c’est moi qui voit les choses en tout blanc / tout noir). Alors que si tout le monde essayait de faire au mieux, on avancerait déjà énormément. C’est dommage non ? Je peux pas bien faire à 100%, donc je ne fais rien. Vous imaginez si on pensait comme ça pour tout ? Ah non, je peux pas manger mon assiette entière, alors je ne mange rien. Ah non, je ne peux pas soigner votre arthrose alors je vous donne aucun médicament. Ah non, je dessine pas comme Léonard de Vinci alors je dessinerai jamais. Et si on commençait par essayer, déjà ?

Pourquoi je ne laisserai pas les carnistes en paix ?
Ce délire du « je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux » est assez rigolo. En soi, je n’empêche pas un carniste de manger de la viande. Si je voulais vraiment l’en empêcher il faudrait que je le suive tous les jours et que je lui ôte son assiette à chaque fois que j’y trouve un animal dedans. Or, j’ai autre chose à faire. Pourtant, il me dit quand-même « laisse-moi manger de la viande comme je l’entends ». Pourquoi ? Parce que je le dérange. Comme une mouche qui vient lui voleter autour pendant son repas. Et effectivement, je me refuse à laisser les carnistes manger des animaux tranquillement et en toute sérénité. Autrement dit, je leur dis texto ce qu’ils mangent. Je dis la vérité. Rien d’autre. J’ai bien conscience qu’elle n’est pas agréable à entendre.
Mais dire la vérité aux carnistes n’est pas un manque de respect comme beaucoup essayent de le faire croire. C’est simplement un acte militant. Renseigner les gens, leur rappeler ce que leur consommation implique n’est pas du mépris ou de la condescendance, ni même présumer de la personnalité de ceux qui mangent de la viande. Je n’émets pas de jugement sur les carnistes, mais sur ce qu’ils mangent.

Ces végé qui ne respectent pas les carnistes.
Quand les végé tentent de rappeler aux carnistes que ce qu’ils mangent n’est pas exempt de souffrance et qu’ils encouragent un lobby barbare, donc, ces derniers s’offusquent, se sentent insultés et réagissent souvent vivement. En clair, ce qu’ils entendent c’est « tu es un salaud parce que tu manges de la viande ». Soyons honnêtes, si je pensais vraiment ainsi (en tant que végétarienne), je considèrerais toute ma famille (mes parents compris) et l’homme que j’aime comme des salauds en plus de la moitié de mes amis. Or, toutes ces personnes sus-citées, je les aime, les respecte et je ne pense pas du tout que ce sont des enfoirés égoïstes. Je pense, en revanche, qu’en continuant de manger de la viande, ils sont dans l’erreur. Mais qu’ils ne changent pas d’habitude parce qu’ils ne sont pas renseignés et qu’ils n’en ont pas vraiment envie (se renseigner pour de bon, ça impliquerait qu’ils devraient réellement changer leur alimentation : quand on sait, on ne peut pas se voiler la face davantage).
On me trouve sectaire parce que je pense que devenir végétarien est un but à atteindre pour toutes et tous. C’est vrai : je ne laisse pas de place à la demi-mesure. Pour moi, on ne peut pas être un peu esclavagiste. Tout comme on ne peut pas être un peu pour la peine de mort ou un peu pour la pédophilie. Parce que je pense que les animaux ont le droit de vivre leur vie sans nous, sans avoir à nous servir et à mourir pour nous. Quand on me dit « oh mais on peut manger un peu de viande de temps en temps quand même » je ne peux pas répondre oui. Pour moi, ça reviendrait à répondre « oui, tu peux commettre des meurtres de temps en temps ».
Je comprends parfaitement que ça énerve les carnistes, et leur système de défense est prévisible et compréhensible. Se remettre en question est douloureux, long et fastidieux et ne peut pas être fait de l’extérieur. C’est un travail que chacun fait à son rythme. Je comprends que les carnistes se sentent agressés par mon discours, même si ce n’est pas mon but.  Parce que je sais comment vous fonctionnez, amis carnistes, je sais exactement par quoi vous passez quand vous vous heurtez à mon discours, puisque je suis passée par là moi-même. Et je vous demande de me croire sur parole : je ne vous juge pas, je ne vous déteste pas, je ne vous méprise pas. En revanche, je pense que vous êtes ignorants sur le sujet de la viande. Et c’est pourquoi je continuerai, même si vous n’aimez pas ça, à vous dire d’où elle vient, comment elle est faite et toutes les horreurs qu’elle implique.

En conclusion.
C’est dégueulasse de dire à un carniste qu’il mange du cadavre ? Non. Bien moins que de tuer pour le plaisir de ses papilles gustatives en tout cas. Par contre, un discours végé, pour un carniste, c’est dérangeant oui. Quand je prends le sujet à bras le corps et que je déconstruis peu à peu les argumentations que me présente une personne qui mange de la viande, je ne m’attends pas à passer un bon moment. Je sais qu’il/elle risquera de me traiter de tous les noms, dénigrer mon combat, tenter de me ridiculiser, essaiera de se justifier, de me servir des argumentations alambiquées, de se réfugier dans la mauvaise foi ou les excuses métaphysiques (mais au fond, qu’est-ce que la souffrance ? Qu’est-ce que la mort ?). Je sais qu’en étant végétarienne anti-spéciste qui lutte pour le droit des animaux je vais au devant de beaucoup de complications dans mes relations humaines.
Ce que j’aimerais que les carnistes retiennent dans tout ça, c’est que je ne mène pas ce combat pour moi. Je n’ai rien à y gagner : j’ai pas d’entreprise de tofu et je ne suis pas personnellement menacée par l’industrie de la viande. À dire vrai, et sans vouloir verser dans le pathos, j’ai même beaucoup plus à y perdre. Du coup, lecteurs qui mangez de la viande, j’aimerais que vous vous posiez cette question : pourquoi est-ce que je prends le risque de me faire insulter, mépriser, ridiculiser, pourquoi est-ce que je me prive volontairement de viande moi qui ai toujours aimé ça (oui oui, parfaitement) ? Pourquoi est-ce que j’ai décidé de devenir végétarienne et d’endurer les reproches et les sarcasmes des gens avec qui je vais manger et qui ne sont pas eux-même végétariens ? Est-ce que pour accepter d’endurer tout ça, je ne dois pas avoir de très bonnes raisons ?

Égalitariste