Si tu n’es pas féministe, tu es sexiste.

Attention, article qui va pas plaire, du tout, mais j’en ai marre de jouer la gentille fille compréhensive et consensuelle, alors je me lance, et je l’affirme : si tu n’es pas féministe, tu es sexiste. Mais pas de panique, je suis pas du genre à balancer une phrase choquante dans le vide. Laissez moi vous expliquer.

Commençons par le commencement : qu’est-ce que c’est être féministe ? Être féministe, c’est être pour l’égalité des sexes, ni plus ni moins. Des tas de groupes féministes existent, des tas de désaccords entre féministes subsistent, d’ailleurs (port du voile, prostitution, liberté du corps de la femme etc), mais tous partent d’une même base dans leur revendication : les hommes et les femmes ne sont pas égaux et c’est un problème. Logiquement, donc, si on est pas féministe (pour l’égalité homme femme), c’est qu’on est contre l’égalité des sexes. Et que donc, on est sexiste. Pourtant, des tas de gens sont pour l’égalité homme femme mais pas féministes. Pourquoi donc ?

Être féministe, cette honte, ce fléau.

Pas facile de se dire féministe. Il faut du cran pour le faire. Pourquoi ? Parce que dire qu’on est féministe, aujourd’hui, en société, c’est mal vu. On a tous été témoin un jour du bashing de féministe. C’est un truc assez courant qui permet de souder les troupes. Rire des féministes, ces nanas moches coincées mal-baisées, c’est courant : qui n’a jamais entendu quelqu’un dire « roah, fais pas ta féministe » ou « olala, t’es chiante on dirait une chienne de garde » ? On le sait tous, être féministe, donc, cépabien. L’idée de la féministe moche, lesbienne (1), poilue (2), misandre et castratrice habite plus ou moins les esprits, dans des formats plus ou moins stéréotypés et erronés. Et qui a envie d’être associé à ce stéréotype ? C’est pour ça que bien des féministes vous le diront : avant de se proclamer féministes, elles avaient toutes usées du « je suis pas féministe mais » et ils avaient tous usé du « non, mais c’est bon, je suis pas sexiste, je respecte la femme ».

La ruse pour ne pas être intolérant tout en n’étant pas féministe.
Du coup, plutôt que de se proclamer féministe, des tas de gens vont trouver des astuces : humanistes, égalitaristes, anti-sexistes… Les synonymes fleurissent. Je suis pour l’égalité, mais je suis pas comme elles. Il y a un besoin de se dissocier de ce mouvement. Ce qui, d’une certaine manière, revient à dire, je suis pour l’égalité, mais je ne remets pas en cause l’ordre établi, je ne fais pas trop de vagues, je laisse les choses là où elles sont et de temps en temps, je rappelle que le sexisme, ce n’est pas bien, tout en restant assez évasif. Affirmer qu’on est pour l’égalité sans creuser, sans chercher à comprendre les raisons des inégalités est en général ce que préfèrent faire la plupart des gens. Parce que ça permet de ne pas prendre de risques : on reste dans la norme. En faisant ainsi, on ne se marginalise pas, on reste dans le « groupe » sans prendre de front les railleries sus-citées. La peur d’être la victime de ses propres moqueries fait qu’on garde le statut-quo. Et la boucle est bouclée : on se moque des marginaux (féministes, végétariens, anarchistes etc) pour être accepté par ses proches ; en se moquant on encourage le système qui permet de dévaloriser le féminisme, on craint ces moqueries, donc on ne se dit pas féministe.
Cette démarche donne sa force au patriarcat. En faisant ainsi, chacun se transforme en petit soldat défenseur de l’ordre établi. Un peu comme dans Matrix : tant que tu n’as pas pris la pilule rouge, tu es un « colluder », sans même t’en rendre compte. C’est seulement en cherchant la vérité que tu cesseras d’en être un et que tu pourras alors lutter contre la matrice, après ton « éveil ».

Dire qu’on est féministe est un acte militant.
Les féministes sont des personnes qui s’interrogent sur le sexisme, sa manière de fonctionner et comment, encore aujourd’hui, en 2013, des choses comme le plafond de verre, la culture du viol ou les mythes sur le genre peuvent exister. Ils secouent l’arbre de la phallocratie encore bien enraciné dans nos mœurs et à cause de ça sont vus comme des extrémistes (comme toute personne remettant en cause les systèmes de notre société). Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, alors que le mot féministe est vu comme une insulte, dire qu’on l’est est déjà, en soi, un acte de courage et un acte militant. C’est affronter les regards des autres, montrer à ses proches que non, un/e féministe n’est pas comme vous l’imaginiez. C’est infiltrer un Néo chez les Mr Smith, et potentiellement les transformer eux aussi, petit à petit.
Se dire féministe, c’est porter en étendard ce que les anciens ont fait, ce qu’ils ont gagnés : le droit de vote, le droit à l’avortement, le droit à la contraception, etc. Se dire féministe, c’est être fier de ce mot, même quand le patriarcat en a fait une injure. Se dire féministe, c’est être fier de porter le même adjectif que Gisèle Halimi, Audre Lordes, Benoîte Groult ou Judith Butler. Bref, se dire féministe, c’est continuer de croire en de belles valeurs comme l’égalité, de lutter pour en s’interrogeant et d’en être fier.

En conclusion.
Alors ne pas se dire féministe c’est être sexiste ? Oui. Et il y a à ça, deux explications :
- Soit vous n’êtes réellement pas pour l’égalité homme / femme, auquel cas vous ne pouvez pas vous dire féministe et donc, au passage, moi femme qui ne pense pas valoir moins qu’un homme, je vous emmerde.
- Soit vous avez peur/pas envie de vous revendiquer féministe, malgré le fait que vous puissiez le faire sans adhérer à aucun parti. Auquel cas, vous êtes mal renseignés sur notre combat. En refusant d’être féministe, vous alimentez à votre échelle l’idée qu’on peut être contre le sexisme tout en étant pas féministe, voire pire : qu’être féministe, c’est être sexiste. Alors que le féminisme est au sexisme ce que l’anti-racisme est à la xénophobie. Aussi je vous invite à lire un maximum de liens, de livres, bref de vous renseigner autant que possible sur ce qu’est le féminisme. Afin de découvrir à quel point « c’est un beau mouvement qui n’a jamais tué personne alors que le machisme tue tous les jours ».

EDIT : Je viens de découvrir un très bon article qui me fait mettre un peu d’eau dans mon vin. Il existe de bonnes raisons (auxquelles je n’avais pas pensé) de ne pas vouloir se dire féministe, mais plutôt « anti-sexiste ». Extrait :

« Ce terme, « féminisme », qui se veut rassembleur, peut être le contraire. Avec ce mot, on veut mettre l’accent sur le féminin, bien souvent trop oublié, ce qui est une bonne chose. Néanmoins, on masque le fait que le sexisme est une oppression parmi d’autres, et au risque de choquer, c’est peut être voulu : si on est une femme blanche hétéro, on peut se gargariser de subir une oppression non nommée en anti-quelquechose, ce qui la rend centrale, plus importante, et permet de reléguer les autres en périphérie. Et ainsi, les refus ou le désintérêt pour l’intersectionnalité ne sont pas si étonnants : si le féminisme est la première lutte contre l’oppression, et les autres des périphéries, pourquoi s’en occuper ? »
Ms Dreydful

Pour aller plus loin :
FAQ du féminisme : [x]
Je ne suis pas féministe mais : [x]
Sensibilisation au féminisme : [x]
Ce blog n’est pas un blog féministe (mais la personne qui le tient est féministe) : [x]

Prochain article, pour foutre en l’air tous les propos que je viens de tenir, « n’est pas féministe qui veut », histoire de renforcer les clichés qui prétendent que les féministes sont élitistes. Enjoy ! :D

(1) A noter que repprocher à une féministe d’être lesbienne (que ce soit vrai ou faux) témoigne clairement de la lesbophobie encouragée par le patriarcat. Ça sous-entendrait qu’on devient lesbienne par haine des hommes et non pas par amour d’une femme. Ce qui est parfaitement stupide et misogyne (et en plus intrusif). Une orientation sexuelle n’a rien à voir avec une conviction politique.
(2) De même, reprocher à une femme de ne pas s’épiler témoigne d’un sexisme latent. Certaines femmes choisissent de ne pas s’épiler parce qu’elles se préfèrent ainsi, et le leur reprocher c’est faire le jeu du patriarcat qui a décrété que les femmes devraient être lisses et glabres.

Myroie.

Instant publicité : la Coupe Vaginale

Ouais, c’est mon côté capitaliste, je vais faire de la pub. Héhé. La Coupe Vaginale, donc, c’est quoi ? C’est un substitut aux tampons et aux serviettes hygiéniques qui présente énormément d’avantages et très peu d’inconvénients. Que je m’en vais lister ici.

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La Coupe Vaginale a bien des noms. MoonCup, EasyCup, VaginaCup et j’en passe, c’est un réceptacle en latex ou en silicone en forme de cloche à insérer dans le vagin pendant les ragnagnas. Elle recueille le flux menstruel et présente tous les avantages d’un tampon. Cette coupe a vu le jour beaucoup plus tôt que ce qu’on pourrait penser : en 1933, le Canadien Lester J. Goddard obtint un brevet sur le « réceptacle vaginal » pour la Coezene Company à Miami. La première coupe commercialisée serait la Daintette distribuée par la Dainty Maid, Inc., company of Middlefield, Connecticut (USA). Merci Wikipédia.

Utilisation
La coupe vaginale doit être insérée dans le vagin comme un tampon. On la plie (comme sur l’image ci-dessous), puis on l’insère. En la lâchant, elle se déplie à l’intérieur du vagin et colle aux muqueuses avec un effet ventouse. Selon les flux, il faut la vider une à deux fois par jours (personnellement, une seule fois par jour suffit). Pour l’enlever, il faut contracter les muscles du vagin afin de la pousser vers l’entrée, puis pincer la coupe afin qu’elle se « déventouse », la sortir et la vider. Pendant le cycle, un rinçage suffit avant de la remettre à sa place. Une fois le cycle terminé, une stérilisation à l’eau bouillante est recommandée (laisser la coupe dans une casserole d’eau bouillante pendant 5 minutes).
Prix : 20 à 30€
Durée d’utilisation moyenne : 5 à 15 ans.

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Avantages
Pfoulala, yen a tellement que j’ai peur d’en oublier. Je vais tenter de faire une liste correcte.
- C’est beaucoup moins cher. Ben ouais, à 30€ max pour 5 ans d’utilisation au pire, ça défie toute concurrence. À côté de ça, les tampons les moins chers sont à 3€50 la boîte de 20, soit 0.1€ le tampon. Si on considère qu’on en utilise deux par jour pendant 5 jours tous les mois, sur 5 ans, ça revient à 60€, soit deux fois plus qu’une coupe vaginale.
- C’est bien plus confortable. Comparé aux serviettes qui donnent l’impression de porter des couches, qui favorisent les mycoses à cause de l’humidité qu’elle impose et au frottement des petites lèvres sur du coton chloré, la coupe vaginale, c’est le paradis. Et en comparaison aux tampons, même chose : pas d’assèchement du vagin par les cotons blanchis avec des substances qui, de toute façon, ne peuvent pas faire de bien aux muqueuses.
- C’est bien plus discret. Pas de ficelle de tampon qui dépasse, pas de culotte grossie par une serviette, pas de risque de débordement, etc. Bref, avec on peut aller se baigner, faire du sport, participer à un mariage, porter du blanc sans craindre de laisser passer une quelconque information au sujet de ses ovaires en goguette. Bref, on s’évite un stress supplémentaire.
- Ça dure plus longtemps. Comme expliqué plus haut, même avec un flux très important, on peut se contenter de la vider seulement matin et soir (deux fois par jour), mais beaucoup se contentent de la vider une seule fois par jour.
- C’est écologique. D’un côté, ya tous les déchets en moins (je vous laisse imaginer tout les tampons et toutes les serviettes qui sont jetés chaque année à l’échelle de la France) et de l’autre tous les emballages et tampons en moins à créer (donc beaucoup moins de transports pour apporter les matériaux, beaucoup moins d’utilisation du pétrole pour faire le plastique et j’en passe).
- Ça déborde pas. Contrairement à un tampon ou une serviette, on n’a pas à craindre d’éventuels débordement. Ou alors, c’est soit que vous avez pas une coupe vaginale à votre taille, soit que vous l’avez pas enlevé depuis trois jours.
- On peut la mettre avant les règles. Contrairement aux tampons et aux serviettes qui risquent d’assécher le vagin ou les lèvres encore plus quand on les met avant le début des règles, la coupe, elle, peut être portée avant la première goutte de sang sans risque. Ce qui est bien pratique, quand on ne sait pas exactement quel jour ça va tomber.
- C’est beaucoup moins malodorant. Étant donné qu’on vide le sang dans l’évier, on a plus les tampons/serviettes qui macèrent joyeusement dans la poubelle. Le sang recueilli peut éventuellement sentir un peu, mais c’est beaucoup moins violent qu’un tampon avec du sang coagulé dedans.
- On peut avoir une sexualité même pendant ses règles sans tâches de sang. Bon, on peut pas tout faire non plus, évidemment, la pénétration, c’est un peu pas possible (encore que). Par contre, la masturbation, les cunis, pas de problème : la coupe est dans le vagin et retient le sang, donc ce qui est du titillage clitoridien est autorisé. C’est pas merveilleux ?

Inconvénients
- On a davantage de contact avec le flux menstruel. C’est pas grand chose, mais je sais qu’il y en a que ça peut rebuter. L’idée de voir son sang dans un réceptacle n’est peut-être pas très engageant pour certaines (sans compter celles que la vue du sang fait défaillir). Pour celles là, ya un petit effort sur soi-même à faire, mais selon moi, il en vaut la peine.
- La stérilisation. L’idée de devoir stériliser sa coupe vaginale dans un instrument qui sert à préparer à manger peut déranger. Mais bon, logiquement, si ça stérilise la coupe, ça stérilise aussi la casserole. Et si vraiment ça vous dérange, vous pouvez toujours mettre de côté une petite casserole qui ne servira qu’à ça.
- C’est moins commercialisé. Comme c’est moins connu, on en trouve moins facilement. Toutes les pharmacies n’en vendent pas et les super-marchés qui en proposent sont plutôt rares. Mais heureusement, une fois qu’on en a trouvé une, on n’a pas à se soucier d’en racheter avant plusieurs années.
- L’effet ventouse. C’est peut-être le plus dérangeant. Il y a un coup de main à prendre : car au début, l’effet ventouse peut donner l’impression qu’on pourra pas enlever la coupe. Dans ce genre de cas, il faut se calmer, respirer profondément (le stress fait contracter le vagin et ne facilite pas la tâche) et pousser afin de permettre aux doigts d’attraper la coupe et la pincer pour annuler l’adhésion latex (ou silicone)/muqueuses. Au début, c’est un peu compliqué, mais on s’y fait vite et le tour de main vient assez facilement.

Où et comment s’en procurer ?
On peut en trouver dans les magasins bio, dans certaines pharmacies ou en commander sur internet.
Quelques conseils sur comment bien choisir sa coupe vaginale : [x]
Test pour savoir quelle coupe vous convient : [x]
Liste des magasins qui vendent des coupes vaginales : [x]
Quelques sites qui en vendent :
Choozen
Ciao!

Mon expérience
Voilà un an que j’utilise ma petite mooncup, et j’en suis parfaitement satisfaite. Pour plusieurs raisons. Déjà, j’étais assez fragile niveau flore vaginale et les tampons / serviettes ne m’aidaient pas du tout. Leur coton asséchait mon vagin ou mes petites lèvres et je me retrouvais avec toute sorte de problème (je vous fais pas un dessin, hein), que je n’ai plus depuis que j’utilise ma coupe vaginale. Ce que j’apprécie en plus, c’est que je ne la sens pas du tout et que je peux vaquer à mes occupations les plus diverses (comme me balader à poil dans mon appart) sans m’inquiéter d’un éventuel débordement. Et must du must pour moi : c’est parfaitement écologique. Bref, la joie. Mon but maintenant, c’est d’inciter un maximum de nana à l’utiliser. J’ai déjà converti pas mal d’amies, et aucune n’est revenue à ses tampons chéris. Ce qui me rend dingue, c’est qu’on en entend trop peu parler, malgré tous ses avantages. Du coup, je diffuse au maximum.

Pour plus d’informations

Coupes Mentruelles
EasyCup
Informations Coupe Menstruelle

Si toi aussi, lectrice, tu as (ou a eu) une coupe vaginale, je t’invite à témoigner dans les commentaires. Et pour que la coupe vaginale domine le monde, parles en autour de toi pour recruter encore plein d’adeptes ! o/

Myroie.

La Spirale

Je suis fatiguée. De cette putain de fatigue qui prend aux tripes, celle qui donne envie de tout laisser tomber. De cette fatigue qui m’attrape, des fois, sans prévenir, et qui, même avec des heures et des heures de sommeil ne s’en va pas. T’as envie de tout foutre en l’air : tout ce qui fait ta fierté de militant, tes réflexions, tes actions, tes discussions, tes débats. Tu vois tous les autres -tes contemporains, tes frères et tes sœurs d’arme- tenter de comprendre, analyser, agir, s’énerver, dénoncer, et puis, dans les pires moments, tu te dis que c’est vain. Tu as beau te répéter que c’est ce qu’il faut faire, que c’est juste, que c’est nécessaire, ton cerveau crie grâce. Assez. T’as envie de revenir à cette espèce d’insouciance malsaine où les questions étaient futiles. Tu veux re-rentrer dans le moule… Jusqu’à ce que tu te rendes compte que c’est pas possible. T’as pris la pilule rouge, meuf, mec, pas de retour en arrière possible. T’es coincé. T’as la rage ? Fallait pas te poser des questions aussi, imbécile.

Cette envie de débrancher cette alarme anti-intolérance qui sonne en continu, même quand tu te reposes, même quand tu t’amuses. Tu n’es à l’abri nulle part, partout, le spécisme, le racisme, l’homophobie, le sexisme, le classisme, ils sont partout. Même en toi. Même quand tu luttes contre tes propres réflexes de pensée, ils sont là. Tu le sais, tu t’en veux. La culpabilité devient aussi omniprésente que l’Alarme. Et tout ça use tes nerfs, alimente ta colère, ta fatigue. Les questions entrainent des réponses qui entrainent d’autres questions, encore et encore. C’est sans fin. Tu sais qu’il n’y a pas une seule Vérité Absolue, mais des fois, t’aimerais bien. Pour la trouver, te baser dessus et putain, arrêter de penser. Ne plus avoir à réfléchir, juste avoir un code, des règles auxquelles se référer sans passer son temps à se remettre en question, à tout remettre en question.

Est-ce que j’abuse, est-ce que je vais trop loin ? Pas assez ? Est-ce que j’ai oublié une quelconque minorité ? Et quand je lutte pour elle, est-ce que je n’essaie pas en vrai de la dominer ? Quels sont mes réflexes de privilégiée ? Est-ce que je suis une chieuse ? Jusqu’où ai-je la force d’aller dans ma lutte ? À quel moment est-ce que je dois penser à me protéger ? Jusqu’à quel point est-ce que j’accepte de me marginaliser ? Et ces regards, ces regards, qui me rendent folle. Ces amis militants pour qui je ne fais pas assez, ces amis non militant pour qui je fais trop. En bref, jamais comme il faut. Toujours cet équilibre à essayer de trouver, apprendre à s’aimer même avec ses travers, qu’on aura toujours, toujours un peu, de toute façon.

Et puis cette fatigue, cette profonde lassitude, au bout d’un temps s’en va, s’échappe comme un mauvais rêve. Et tout recommence, les théories, les réflexions, les actions. Je reprends tout, me chargeant à nouveaux de mes idéaux, et je marche une fois encore sur des chemins mal tracés, complètement embroussaillés. Et ce, tout en sachant qu’une autre crise de lassitude poindra, qu’elle reviendra, et qu’encore une fois, j’aurai envie de toute balancer, pour me rendre compte à nouveau que je ne peux pas. C’est sans fin. C’est comme une spirale, un truc qui grandit toujours un peu plus, en bien ou en mal, je n’en sais rien. C’est sans fin. Des fois, je me demande jusqu’à quel point je pourrai l’accepter. Quel sera mon seuil de tolérance à son sujet ? Est-ce que je tiendrai le coup jusqu’au bout ? Quel taille aura-t-elle à la fin ?

Cette Spirale c’est à la fois ma fierté et mon fardeau. Celle qui m’oppresse et me libère. C’est elle qui alimente ma colère, qui ponctue ma rhétorique, et c’est pour elle que j’apprends à conserver mon calme, pour communiquer au mieux, et pour, parfois, donner un morceau de Spirale à ceux qui n’en ont pas ou peu.

Myroie.

Ma conclusion sur l’affaire du Parti Pirate

À mon tour, je vais parler du Parti Pirate. À la base, je voulais ne rien dire du tout : selon moi tout a déjà été très bien expliqué par mes contemporains. Mais il me semble que cette affaire doit être rendue publique malgré tout et diffusée largement. Aussi, lecteur, je voudrais que tu puisses savoir ce que j’ai suivi et vécu pendant une semaine à peu près.

Via Spermufle

Mais d’abord qu’est-ce que le Parti Pirate ? C’est un organisme créé récemment en France qui n’est pas satisfait de la manière de gérer les choses par nos dirigeants. On peut lire sur son site qu’il « est un mouvement politique international ralliant celles et ceux qui aspirent à une société capable de partager fraternellement les savoirs culturels et scientifiques de l’humanité ; protéger l’égalité des droits des citoyens grâce des institutions humaines et transparentes ; défendre les libertés fondamentales sur Internet comme dans la vie quotidienne » (https://www.partipirate.org/spip.php?article110). Un peu dans la même veine que les Anonymous, ce Parti a donc pour vocation de rendre publique le savoir, la connaissance, la culture et de rendre transparentes les actions de nos dirigeants. Présent sur twitter avec un compte officiel, beaucoup de ses membres le représentent également sur ce réseau social en ajoutant son logo sur leur photo de profil et en précisant dans leur bio « membre du Parti Pirate ».

Le problème qui a eu lieu il y a une semaine, a donc confronté plusieurs féministes de twitter à un membre de cet organisme.

Petit résumé de ce qui s’est passé :
Il y a une semaine environ, une twitteuse, LaMarquise, a été victime d’un exhibitionniste qui s’est branlé à quelques centimètres de son visage. Choquée, elle en parle sur twitter afin d’être soutenue et d’exorciser sa peur. Vient alors un membre du Parti Pirate, Romain, qui lui insinue que ce qu’elle a vécu n’est pas si grave en citant des exemples de femmes qui se masturbent en public et en lui reprochant de partir en voyage (prévu depuis longtemps) après avoir vécu cette agression plutôt que d’aller porter plainte. La twitosphère s’emballe, les féministes volent au secours de Marquise en reprochant à Romain de faire du slut-shaming et en l’enjoignant de présenter ses excuses. Plusieurs féministes alertent également le Parti Pirate : vous avez un membre sexiste chez vous, attention. Le Parti Pirate réagit, se défend d’être lié aux propos de Romain ou de les approuver d’une quelconque manière. Mais comme certains lui ont fait remarquer, un parti est composé de membre qui le représentent. Finalement, le Parti Pirate envoie une lettre d’excuses officielles à la Marquise, promet de prendre des mesures concernant Romain et propose aux féministes d’ouvrir un topic au sujet du sexisme sur leur forum. Les choses semblent s’arranger.
Mais aujourd’hui, l’ensemble de la communauté féministe présente sur twitter découvre avec stupéfaction que Romain ne sera pas sanctionné. Pire, il n’est même pas tenu de présenter ses excuses. À côté de ça, le topic féministe coule au milieu de clichés énoncés par ses membres : les féministes seraient misandres, communautaristes, sexistes, liberticides (ils ne laissent pas les machos s’exprimer librement, les vilains). Beaucoup de mes contemporains ont réagi à ce qui est, selon nous, une profonde injustice : le Parti Pirate a choisi d’adopter le statut quo concernant Romain, montrant ainsi qu’ils ne se positionnait pas clairement contre le sexisme dont ses membres peuvent faire preuve.

Les billets qui ont été écrits sur le sujet.
Résumé de ce qu’il s’est passé par Alda (ex-membre du Parti Pirate) : [x]
L’opinion d’un autre membre du Parti Pirate sur l’affaire : [x]
La raison qui a poussé Alda à quitter le Parti Pirate suite à sa décision de non-action : [x]
La défense de Romain : [x]
Comment la Marquise a vécu cette histoire : [x]
Réaction de Daria (féministe) : [x]
Le topic féministe qui a été créé : [x]
Le topic sur l’anti-sexisme qui avait été créé 2 ans plus tôt sans remporter plus de succès : [x]

Ce que j’en pense.
Je ne peux que parler de ma surprise et de ma déception face à un Parti qui prétend dans ses textes que « les Pirates affirment le droit à s’informer soi-même et choisir son propre destin, et la liberté d’opinion. Ils assument la responsabilité qu’induit la liberté. » (http://alsace.partipirate.org/Le-Code-des-Pirates) et qui dit « défendre les libertés fondamentales sur Internet comme dans la vie quotidienne » (https://www.partipirate.org/spip.php?article110) mais qui choisi, en dépit de toutes ces belles paroles de laisser passer des propos sexistes en interne. Je suis navrée qu’il puisse choisir de laisser un de ses membres déverser son sexisme sans même lui demander de prononcer publiquement des excuses. Je ne peux m’empêcher de me demander comment le Parti Pirate aurait réagi si les propos de Romain avaient été racistes au lieu d’être sexistes. Est-ce qu’ils l’auraient laissé se victimiser ? Est-ce qu’ils l’auraient laissé dire que des noirs l’ont « insulté » après qu’il ait tenté de minimiser l’agression raciste dont l’un des noirs était victime ?
Aujourd’hui, tout ce que je constate, c’est qu’au nom de la liberté d’expression, le Parti Pirate accepte qu’on puisse, en son sein, être ouvertement sexiste. Ils n’ont pas contraint Romain « d’assumer la responsabilité qu’induit sa liberté ». Ce dernier reste au Parti, garde ses fonctions, et n’a pas à présenter d’excuses.

À toi, Parti Pirate.
J’ai entendu nombre de tes membres regretter qu’il n’y ai pas plus de femmes qui adhèrent à ton Parti. Mais selon moi, tu devrais réfléchir à ce qui peut bien faire qu’il y en ai aussi peu. Car à mon avis, tant que tu ne prendras pas clairement position contre le sexisme et les violences faites aux femmes, tes membres continueront d’être des sexistes ordinaires, et les femmes continueront de te fuir. Tout comme, j’en suis sûre, tu n’acceptes pas les faschistes parmi tes membres, rejette les sexistes ou fais leur découvrir ce qu’est réellement la misogynie en leur proposant des références (documentaires, livres, articles). Renseigne toi, éduque les autres membres. Je suis sûre que tu peux mieux faire, mais pour le moment, on est loin de l’égalité que toi-même tu poursuis.

EDIT 1 : Précisions apportées par un membre du Parti Pirate.
Quelques petites précisions apportées par Dante qui corrigent certaines de mes informations qui n’étaient pas complètes (pour voir les précisions en entier, voir les commentaires).
Romain sera sanctionné. Il ne l’est pas pour le moment. Toutefois cette sanction ne dépend pas de notre organe politique mais de notre instance judiciaire interne (séparation des pouvoirs oblige) où l’instruction sera menée à charge et à décharge dans une procédure équitable et contradictoire. Cette instance décidera de la sanction appropriée en toute indépendance probablement une exclusion temporaire, peut être définitive, peut être une sanction l’excluant des possibilités d’investiture ou de représentation…
Toutefois, j’ai bien peur que si les choses restent en l’état la sanction soit moins prononcée pour le sexisme des propos que RD a tenu que pour le fait qu’il ait « nuit à l’image du PP ».
« Il n’a pas eu à présenter ses excuses. » C’est en effet, là où la décision pose problème, puisqu’il est censé s’excuser non pas pour le sexisme de ses propos mais pour « une erreur de jugement quant à l’état psychologique de son interlocutrice ».
Par ailleurs, l’autre chose problématique est que le PP n’a pas publiquement présenté d’excuses ou plutôt n’a pas présenté publiquement et de sa propre initiative la lettre à l’intention de LaMarquise. (que je n’arrive du coup pas à retrouver).

EDIT 2 : Pour être parfaitement exact la CODEC (instance censée décider de la sanction de Romain) n’a pas encore été saisie. C’est Alda qui se charge de confectionner le dossier.

EDIT 3 : À toi, membre du Parti Pirate qui passe par là.

Tu es tombé sur mon blog parce que le lien a été donné plusieurs fois sur le forum du PP et t’as envie de réagir à cet article pour défendre ton parti ? Je t’invite à bien réfléchir avant de poster et à aller lire la partie Modération ! avant. Parce que je n’ai pas l’intention de me justifier auprès de chacun d’entre vous. Je n’ai pas de compte à vous rendre, ni pour cet article, ni pour être partie du forum. Si vous regrettez sincèrement mon départ (ce dont je doute pour la plupart d’entre vous) faites ce que je vous ai demandé de faire dans le premier post du topic « féminisme » : mettez votre égo de côté et renseignez vous tout seul, comme des grands. Pour moi le sujet est clos. Merci.

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Et sur ce, je vous laisse méditer sur cette petite BD de Sinfest.
Myroie.

Déconstructions des clichés les plus courants au sujet du féminisme.

Il y a quelques jours, j’ai été invitée par Biaise sur twitter à co-écrire une FAQ du sexisme avec tout plein de beau monde tout partout. Beaucoup ont participé, tous n’ont pas signé à la fin (parce qu’ils n’avaient pas envie ou parce qu’ils ne se sont pas manifestés), mais en tout cas, je suis fière de vous présenter cette FAQ à présent terminée. J’espère de tout cœur que cet article commun permettra de chasser un peu les idées reçues liées au féminisme !

À noter que ce texte est donc, totalement libre de droit. Vous pouvez le copier, le diffuser partout, mais en laissant les signatures, par contre. Et en ne modifiant pas le contenu, ça va de soi (manquerait plus que vous nous fassiez dire n’importe quoi). Vous pouvez aussi proposer des liens supplémentaires pour les passages qui n’ont pas de références (parce qu’on en a pas trouvé). Si vous souhaitez avoir l’article avec les liens directement écrits dedans (pour pas vous fatiguer à les replacer un par un), n’hésitez pas à m’envoyer un mail. Merci, et bonne lecture à tous. :)

** »LE féminisme »**
Pour des raisons évidentes de simplicité, il est courant d’employer le terme féminisme au singulier (nous l’employons d’ailleurs parfois dans cette FAQ). Mais il faut savoir qu’il n’existe pas un féminisme c’est-à-dire un ensemble de points de vue et de luttes qui serait partagé par tou-te-s les féministes mais des féminismes. De multiples mouvements féministes existent et peuvent diverger sur les causes de l’oppression des femmes et sur les moyens à mettre en œuvre pour les combattre. Dire « je n’aime pas le féminisme » ou « le féminisme considère que » n’a donc pas réellement de sens si on ne précise pas à quel courant/idée/lutte spécifique on se réfère.
D’ailleurs certaines personnes disent ne se reconnaître dans aucun groupe féministe. Mais pas besoin de se reconnaître dans un groupe féministe pour dire qu’on l’est. Des tas de féministes affirment l’être sans adhérer à aucun groupe. Certain-e-s vont et viennent dans plusieurs organismes, d’autres y sont pendant un temps puis s’en vont, etc. Pour être féministe, il ne faut qu’une seule chose : être pour l’égalité homme / femme.
Pour aller plus loin :
Encore Féministe ! [x]
Présentation du féminisme par Feminist Frequency : [x]

**Qu’est-ce que le sexisme ?**
D’après le dictionnaire, c’est une « attitude de discrimination basée sur le sexe (féminin la plupart du temps) ».
Pour être plus précis, le sexisme, c’est la théorie selon laquelle on serait plus apte à faire certaines activités selon son sexe et que hommes et femmes sont essentiellement inégaux parce qu’ayant des attributs génitaux différents.
C’est ainsi qu’on prétend que l’homme est naturellement plus fort, plus apte à gouverner, à être à la tête d’un groupe, plus responsable, plus intelligent et plus créatif, quand la femme, elle, serait plus futile, maternelle, soigneuse, discrète, coquette, vénale et sentimentale.
À partir de ces soi-disant pré-dispositions, on part donc du principe que les hommes doivent avoir un certain comportement et les femmes un autre. Ainsi, on apprend aux enfants à agir d’une manière normée. Ce qui donne effectivement l’impression que les comportements genrés sont naturels et génétiques alors qu’ils sont socialement acquis. Ce que les féministes essaient donc de démontrer, c’est que le comportement genré est quelque chose qu’on apprend et non pas quelque chose d’intrinsèque à notre sexe. Ainsi ils espèrent permettre à tout le monde de vivre librement sans se soucier de savoir si il/elle doit savoir s’occuper des nourrissons ou savoir bricoler.
Pour aller plus loin :
Définition du sexisme : [x]

**Quelques autres FAQ au sujet du féminisme.**
Madmoizelle : [x]
Les Chiennes de Garde (voir la FAQ) : [x]
Top 10 des clichés au sujet du féminisme : [x]
Féminisme, les idées reçues : [x]

« Oui, mais regarde, y’a plein de femmes que ça ne dérange pas. »
Tout comme beaucoup de femmes s’opposaient au droit de vote des femmes, les noir-e-s n’étaient pas tou-te-s opposé-e-s à la ségrégation. La domination passe aussi par là : convaincre le/la dominé-e qu’il/elle a le seul traitement possible, qu’il/elle est incapable de vivre autrement. Se conforter dans les clichés. Par exemple Marthe Borely a été très active contre le droit de vote de la femme (1). Elle a d’ailleurs été récompensée pour ça. Des gens qui luttent contre leur propres droits, ça existera toujours. C’est une question d’éducation.
Mais il faut savoir que le sexisme propose de piètres compensations aux femmes qui acceptent de rentrer dans le rang : si elles se conforment aux injonctions sexistes, elles peuvent espérer « trouver un mari » et être à peu près respectées. Se revendiquer féministe c’est prendre le risque d’être mise au ban de la société. Bref, lutter pour l’égalité, c’est risquer de perdre sa place dans une société sexiste, parce qu’on cherche à construire un monde plus égalitaire à long terme. Donc ça demande un certain courage.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Marthe Borely contre le droit de vote des femmes : [x]
Femmes misogynes ? [x]

« Ça ne dérange que les féministes. »

Évidemment puisque les féministes sont les personnes qui se renseignent sur le sexisme et qui comprennent ses rouages. À partir du moment où on ne sait pas comment fonctionne un système de domination, on ne risque pas de le trouver gênant (ou du moins on n’associera pas ce qui nous gêne à l’oppression qui créé cette dite gêne). Jusqu’à il y a peu, on trouvait, par exemple, tout à fait normal que le mariage ne soit autorisé qu’aux hétérosexuel-le-s. On a grandi dans un univers sexiste, on croit que c’est normal puisqu’on y est habitué-e-s. Il faut faire un gros effort sur soi-même pour ne plus être sexiste et voir les progrès qu’il y a encore à faire.
En fait, la question doit se poser à l’envers : qui ça arrange, une société sexiste ? Est-ce qu’on accepte une telle discrimination, si oui pourquoi ?

« On a déjà fait de gros progrès en France/en Europe. »
C’est justement parce qu’on n’a pas baissé les bras que les progrès ont été faits. Faire des progrès, ce n’est pas pour autant être arrivé au terme de l’égalité. Pour le moment, on a à peine ébranlé le patriarcat. En fait, les progrès qu’on a fait portent sur les droits théoriques des femmes : droit de vote, absence de discriminations dans la loi et les contrats… Ce combat est à peu près terminé. Mais, dans les faits, des discriminations et des violences sexistes subsistent toujours. Ce n’est pas parce que la loi est paritaire que le monde / la France l’est. Ce sont maintenant les mentalités qu’il faut changer. Et c’est beaucoup plus compliqué que de faire changer des lois, malheureusement.
Par exemple, en France, les femmes sont encore très fortement victimes de violence masculine (1). De la même manière, beaucoup d’hommes pensent que parce qu’ils participent aux tâches ménagères dans leur foyer, les choses ont changées et que l’égalité est là. Mais, d’abord, il faut voir les chiffres au delà de son cas personnel (2), ensuite on peut douter de la pertinence de l’auto-analyse de ces pratiques : un observateur extérieur pourrait voir des choses non perçues par l’individu. Et puis, il ne faut pas oublier que les chiffres cachent certaines pratiques (pour un temps équivalent sur une tâche donnée, une femme peut avoir une double activité : elle cuisine et surveille les enfants) (3).
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1)a Les cultures enclines au viol : [x]
(1)b Chiffres INED : [x]
(2) Observatoire des inégalités : [x]
(3) Voir « 1. au niveau de la conceptualisation » : [x]
Autres statistiques : [x]
Le machisme au cinéma : [x]

« D’autres pays/certaines religions sont beaucoup plus sexistes. »
On est mieux placé-e-s pour changer les choses chez nous, dans notre entourage, notre espace de travail, qu’à l’autre bout du monde. Il faut commencer par balayer devant sa porte avant de donner des leçons.
Les discriminations auxquelles on est habitué-e-s choquent beaucoup moins que celles provenant d’autres cultures. Qui plus est, on est très mal placés pour aller donner des leçons de liberté dans d’autres pays : ce n’est pas à nous de le faire. Sinon, on risque de tomber dans une logique « d’aide » colonialiste. Le féminisme est d’ailleurs parfois instrumentalité afin de cacher un discours raciste ou néo-colonial visant à stigmatiser des populations perçues comme « étrangères ».
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Comprendre l’instrumentalisation du féminisme : [x]
Contre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes : [x]

« Il n’y a pas des problèmes plus importants ? Pendant ce temps, des enfants meurent de faim en Afrique ! » / « Il y a pire ailleurs, soit content de ce que tu as. »
Hiérarchiser les problèmes est extrêmement dangereux : c’est essayer d’établir des degrés de souffrance et déterminer lesquels méritent le plus d’attention. Ça revient presque à faire de l’élitisme dans la souffrance. Beurk. Toute personne qui souffre à cause d’une injustice est un problème et on doit répondre à tous ces problèmes en même temps. Heureusement, on peut, d’une part, s’occuper de plusieurs causes humanitaires à la fois et d’autres part, il y a beaucoup de gens qui souhaitent agir et donc, les « tâches » se répartissent naturellement en fonction des affinités de chacun. Quelle que soit la cause pour laquelle une personne agit, il faut se dire que c’est déjà bien qu’elle agisse, en fait. Car beaucoup trop de gens ne font rien du tout, et se contentent simplement de pester contre le monde qui ne va pas quand ils ont un trop plein de ressentiments. Si tout le monde agissait, les choses iraient beaucoup plus vite. Malheureusement beaucoup trop de gens choisissent de se positionner en donneur de leçon en disant qui agit, selon elle/lui, correctement et qui ne fait pas bien les choses. Mais c’est facile de critiquer quand on ne fait rien. Si vraiment vous pensez savoir ce qu’il y a de mieux à faire, pourquoi ne le faites-vous pas vous-même au lieu de dire aux autres ce qu’ils devraient faire ?
Quant au « il y a pire ailleurs », ça ne justifie rien. Est-ce que parce qu’il y a des gens qui ont le cancer vous n’allez pas vous faire soigner de la grippe ? C’est absurde comme raisonnement. Dans ce cas, autant ne rien faire pour personne. Parce qu’on pourra toujours trouver pire ailleurs, justement.

« Les féministes veulent instaurer une matriarchie / Vous voulez prendre le pouvoir. »
Pfoulala, non ! Avec tout le mal qu’on a à acquérir simplement l’égalité, on ne va pas essayer d’inverser les rôles, en plus ! Ça demanderait beaucoup trop de travail. On a déjà assez à faire en revendiquant juste la parité. Plus sérieusement, jamais les femmes féministes n’ont demandé plus de pouvoir que les hommes. Mais le fait qu’elles osent demander les mêmes dérange déjà assez pour que certains hommes se sentent menacés, eux et leurs privilèges. Parce que oui, nous les féministes, nous demandons à ce que les femmes aient les mêmes possibilités que les hommes. Ça implique que ces derniers seront moins présents aux postes à responsabilités, notamment. Ce qui est inconcevable pour certains d’entre eux.


« Les féministes sont sexistes aussi / Et les hommes ? / Et le masculinisme ? »

On essaye de faire croire que les féministes sont sexistes. Ça va un peu de pair avec le délire du « les féministes veulent prendre le pouvoir ! » (il y aurait donc un pouvoir à prendre ? Ahem, ahem). Ce n’est pas le cas. Les féministes luttent contre le patriarcat, pas contre les hommes. D’ailleurs, beaucoup de leurs combats visent à rendre des droits aux hommes, comme par exemple le fameux congé paternité (qui doit permettre aux hommes de pouvoir s’occuper de leur enfant autant que sa conjointe) (1). Les féministes luttent aussi contre les injonctions stupides au virilisme qui poussent les hommes à adopter des comportements absurdes (comme se faire rallonger le pénis pour certains, par exemple) et qui encouragent la haine à l’égard des homosexuels hommes et des trans-genres qui ne sont pas « virils » d’après les standards sociétaux. Parler de misandrie (ce dont on taxe souvent les féministes donc) est aussi absurde que de parler de racisme anti-blanc ou d’hétéro-phobie : on mélange comportement individuels (dont les féministes ne nient pas la possible existence) et une structure sociale (le patriarcat).
Le masculinisme, par contre, est un mouvement qui vise à protéger le patriarcat. Autrement dit à préserver le pouvoir des hommes et la culture du genre (2). On pourrait placer, de part leur racine étymologique, masculinisme et féminisme sur un terrain égal (masculin et féminin au même niveau, n’est-ce pas ce que demandent les féministes ?), mais malheureusement, des mots égaux ne font pas des revendications égales : quand les féministes revendiquent l’égalité, les masculinistes ne sont rien d’autre qu’un groupe réactionnaire. Ils veulent faire croire qu’ils luttent contre le sexisme qui frappe les hommes (ce qui est assez habile, il faut le reconnaitre) comme si hommes et femmes étaient égaux devant le sexisme, mais ne souhaitent, en réalité que protéger les privilèges masculins. Par exemple, les masculinistes luttent contre le divorce et souhaitent voir passer un projet de loi qui autoriserait un couple à divorcer uniquement si les deux parties sont d’accord (3). Ce qui mettrait en danger énormément de femmes battues, par exemple (et les hommes battus aussi d’ailleurs, même s’ils sont moins nombreux -mais les masculinistes semblent s’en soucier tout aussi peu-).
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Pour le congé paternité : [x]
(2) La face cachée du masculinisme : [x]
(3) SOS Papa demande une loi sur le divorce : [x]

« Vous les féministes, vous n’aimez pas les hommes de toute façon ! / Vous êtes des lesbiennes mal-baisées. »

Bouh, le vilain cliché.
Bon, d’abord, il n’y a pas que des femmes chez les féministes, faut arrêter avec ce délire, il y a des tas d’hommes qui soutiennent le mouvement féministe. Ensuite, il y a de tout parmi les féministes : des hétéros en couple, des homosexuelles pas en couple, des bisexuelles en couple à plusieurs, des trans, etc. Et quelle que soit notre orientation et notre activité sexuelle, en fait, on s’en fout : ça n’a rien à voir avec nos revendications. Nous insulter sur notre sexualité, c’est juste un moyen débile et misogyne de nous discréditer.
Quand à prétendre que nous n’aimons pas les hommes, c’est parfaitement faux. Ce qui est vrai en revanche, c’est que nous n’aimons pas la misogynie (qu’elle vienne d’hommes ou de femmes, d’ailleurs), et que nous nous renfrognons facilement face à un comportement stupidement viriliste et macho. Mais comprenez-nous bien : ce ne sont pas les hommes que nous n’aimons pas, ce sont leurs attitudes potentielles à répondre aux injonctions à la virilité. Si un homme ne tente pas de nous faire de pathétique démonstration de force et n’essaye pas de renvoyer des femmes à leur prétendue place, nous sommes disposé-e-s à créer des liens avec lui. Des tas de féministes femmes ont des hommes dans leur vie. La célèbre Simone de Beauvoir était en couple avec Sartre et ça ne l’a pas empêchée d’écrire « Le Deuxième Sexe ».


« Moi de toute façon, je ne suis pas sexiste. »

Voilà une chose facile à affirmer. Mais comment en être sûr ? Les féministes sont les premiers à avouer qu’ils ne sont pas exempts de ce qu’on appelle le sexisme ordinaire (1). Et comment faire autrement ? Nous avons grandi dans une société sexiste ! Ses codes sont profondément ancrés dans nos mœurs. Tout le monde est sexiste : c’est normal. Il faut faire beaucoup d’efforts pour comprendre comment fonctionne le patriarcat et la culture du genre (2). Ce n’est pas une faute que d’être sexiste, ni même une tare. Tout le monde est parti avec ce bagage. Ce qu’il faut, c’est s’interroger, se renseigner, remettre en cause toute une éducation. Et ça prend du temps. C’est ce qu’essayent de faire les féministes : de pousser les gens à remettre en cause tout ça. Et c’est très compliqué, malheureusement.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Qu’est-ce que le sexisme ordinaire ? [x]
(2) Culture du Genre : [x]

« Y’a quand même des différences biologiques objectives. »
Et comme tu viens de le dire, elles sont biologiques. Pas comportementales ni culturelles. L’argument des différences biologiques a déjà motivé le racisme pour finalement réaliser qu’il y a parfois plus de différences génétiques entre deux blancs ou deux noirs qu’entre un noir et un blanc. Et bien c’est pareil pour les hommes et les femmes (1). En dehors de notre sexe, nous sommes les mêmes. C’est à notre société de voir quelle importance elle accorde aux différences.
Les différences biologiques ne sont pas suffisamment importantes dans la société pour que les gens n’aient pas les mêmes droits. Nous sommes différentes en tant qu’être vivant, nous avons tous-tes le droit aux mêmes chances, droits, à la même justice. Refusez ça, dire qu’on est tous inégaux et que donc, cela justifie une inégalité de traitement, c’est employer la Science pour justifier l’intolérance comme, avant, on utilisait la religion. Mais beaucoup trop de gens oublient que la science n’est pas infaillible. Qui plus est, beaucoup de choses soi-disant scientifiques, ne sont que des affirmations sans fondement énoncées par des gens trop peu renseignés sur le sujet. Christine Delphy (entre autres) à expliqué que ce n’est pas le sexe qui crée le genre, mais bien l’inverse; c’est à dire que le choix de poser la différence sexuelle comme pertinent est un choix culturel.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Voir les livres de Catherine Vidal : « Hommes, femmes avons-vous le même cerveau ? », « Le cerveau évolue-t-il au cours de la vie ? », « Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? » etc. [x]
Voir le livre de Thomas Laqueur : « La Fabrique du Sexe ».
Voir les livres d’Elsa Dorlin : « Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe », « Reproduire le Genre », « Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination », etc.

Référence pour « les femmes sont moins fortes que les hommes » : [x]
Et sur l’intersexualité : Livre de Julien Picquart : « Ni homme ni femme et cet article ».
Quelques mots sur l’inter-sexualisation : [x]
Sur l’intersexualité et la construction des catégories « homme / femme » : Anne Fausto-Sterling, Corps en tous genres. La dualité des sexes à l’épreuve de la science.

« Oui, mais les hommes ont un pénis et de la testostérone et les femmes des seins et des œstrogènes, et puis les femmes portent les enfants, c’est la nature. »
Données essentialistes (théorie selon laquelle l’essence précède l’existence) (1) qui ne justifient pas à nouveau une inégalité de traitement. J’ai des cheveux bouclés et mon voisin des cheveux raides, est-ce que ça justifierait que je sois moins bien traité que lui ? Certaines femmes n’agissent pas « comme des femmes » dans notre société (elles ne s’épilent pas, ne se maquillent pas, ne sont pas discrètes, maternelles etc), est-ce qu’on doit pour autant les stigmatiser ? Pourtant, elles ont bel et bien des nichons et un vagin. Si les œstrogènes impliquaient nécessairement qu’une femme doive, pour sa survie en tant que femme, s’épiler, se maquiller et s’arracher les poils, ça ferait longtemps que toutes les femmes le feraient. Or, elles ne le font pas toutes. On peut donc en conclure sans avoir besoin d’être une lumière que ces comportements sont appris. Les féministes ne luttent pas contre les lois de la nature. Simplement contre les clichés de genre. D’autant que ces clichés oublient systématiquement les intersexes, les trans-genres, les travestits, etc. Ces personnes n’ont pas le droit d’être traitées avec respect elles aussi ? Doit on les « oublier » et les prier de se cacher parce qu’il/elles n’entrent pas des les cases « homme » ou « femme » ?
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Voir page 4 du dossier de Osez le Féminisme ! : [x]
Voir le livre d’Anaïs Bohuon : « Les tests de féminité dans les compétitions sportives : une histoire classée X ».
Au sujet de ce livre (ci-dessus) : [x]


« Moi je crois que l’homme et la femme sont égaux mais complémentaires. »

En général on parle de « complémentarité » pour « expliquer » le rôle social des femmes et ainsi justifier que les rôles assignés aux hommes et aux femmes ne soient pas équivalents : aux hommes les domaines valorisés et glorieux – politique, art, etc -, aux femmes les tâches ingrates et insensibilisées. Qui plus est prétendre que l’homme et la femme sont complémentaires, c’est ouvrir la porte à l’homophobie : il manquerait nécessairement quelque chose à deux hommes en couple ou à deux femmes. Ce qui n’est pas vrai : ce qui créé la complémentarité dans un couple, c’est la différence de deux êtres et ce, indépendamment de leur sexe. De la même manière, croire à cette prétendue complémentarité, c’est véhiculer l’idée que quand on est célibataire on est forcément incomplet. C’est absurde. Des tas de personnes vivent célibataires et s’en accommodent très bien. Et que dire des trans-genres / intersexes ? Ils ne pourraient jamais trouver un être fait pour eux ? Ils s’auto-complémentent ?
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Le vrai mec, la vraie fille, deux abrutis bien trouvés : [x]

« Je préfère le terme Anti-Sexisme. »

Anti-sexisme et féminisme sont synonymes. Mais on continue d’utiliser le mot féminisme (malgré sa mauvaise connotation) pour trois raisons :
- D’abord, ce mouvement a déjà remporté de beaux combats (avortement, divorce, droit de vote des femmes etc), nous sommes donc fières/fiers de nous ranger sous cette bannière.
- Le sexisme même s’il enferme les deux sexes dans des clichés désagréables, est malgré tout un système oppressif qui défavorise d’abord les femmes.
- « Féministe » est un mot mal connoté à cause de la réputation que le patriarcat a encouragé au sujet de ce mouvement. Changer de nom ne servira à rien car tant que nos actions dérangeront, nous seront mal vus. Alors autant montrer que nous sommes fiers de ce que nous revendiquons en conservant notre bannière.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
- « Avocate irrespectueuse » & « Avortement, une loi en procès » de Gisèle Halimi.

« Moi je suis pas féministe, je suis égalitariste/humaniste. »
Impossible d’être égalitariste ou humaniste sans être féministe. Ces deux concepts réunissent toutes les idéologies égalitaires. Donc forcément, dedans il y a le féminisme. Beaucoup de féministes sont humanistes et luttent également pour l’égalité homo/hétéro, noirs/blancs etc. Les gens rechignent à se dire féministes à cause de l’étiquette peu reluisante qui lui a été accolée. Pourtant, il suffit de se renseigner un peu pour comprendre leur combat et pour se rendre compte que les féministes ne sont pas d’horribles castratrices revanchardes mais des hommes et des femmes qui luttent pour l’égalité des sexes.

« Moi j’aime pas les mots en « -isme »".
Aha, mauvaise excuse. Ou alors est-ce que ça veut dire que tu n’aimes pas l’altruisme ? L’alpinisme ? Le cubisme ?
En fait, les mots en -isme désignent des courants de pensée philosophiques ou politiques, mais pas que. En tout cas, il semblerait que c’est cet aspect des choses qui pose problème à ceux qui veulent être perçus comme étant neutres (ne possédant aucun engagement politique). Ce que ces gens ont sans doute du mal à percevoir, c’est qu’il est impossible de n’avoir aucune opinion politique. Même en étant rattaché à aucun mouvement, on agit politiquement parlant. Par exemple, le fait de ne rien faire, de ne pas voter ou de ne pas manifester, c’est montrer (même à son insu) par sa non-action qu’on considère que tout va pour le mieux et qu’il n’y a rien à changer (et là même il existe un « mot » en -isme pour désigner cette non-activité : le je-m’en-foutisme). Souvenez vous de l’adage qui dit « Si tu es neutre dans une situation d’injustice, tu as choisi le camp de l’oppresseur ».
En bref, tout ce qui est en -isme n’est pas forcément péjoratif. Ça permet de désigner une simple qualité ou une fonction. Il faut essayer de voir au-delà du mot et s’intéresser au concept en lui-même : l’égalité.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
La mauvaise image des féministes encouragés par les médias : [x]

« Il y a aussi des hommes battus et des hommes violés, vous ne faites rien pour eux ! »
Et bien il se trouve que si, en fait. Les féministes agissent aussi contre le viol et les violences faites aux hommes. Ne serait-ce qu’en luttant contre la culture sexiste qui empêche les hommes de signaler ces violences et s’en plaindre (au risque de passer pour des mauviettes). Le féminisme lutte aussi contre l’image de « brutes insensibles » associée à la masculinité, et par là aide les hommes victimes de violences à demander justice et potentiellement à l’obtenir.
Ceci dit, il y a bien plus de femmes victimes de violences, que d’hommes (1). Cette différence est à mettre sur le compte du sexisme. Enfin, les auteurs de violences (sur des hommes ou des femmes) sont très très majoritairement des hommes. Là encore, c’est la définition de la masculinité en tant que « propension à la violence » qui pose problème. Le féminisme n’est pas la lutte contre les hommes mais la lutte contre le patriarcat. Le patriarcat créé des clichés qui gênent les femmes mais des qui gênent aussi les hommes : il faut être viril, il faut pas pleurer, un homme ne se fait pas violer (car il est toujours content d’ajouter un « trophée » à son tableau de chasse), un homme doit ramener l’argent pour toute la famille, etc.
Pour finir, il faut noter que les hommes violés ou battus ne sont jamais posés en coupable alors qu’ils sont des victimes. On ne dira jamais au sujet d’un hommes qu’il a mérité un viol parce qu’il se baladait torse nu, par exemple. Pas plus qu’on ne soupçonnera un homme d’avoir maltraité « mentalement » sa femme pour expliqué qu’il ai été battu. Bref, les féministes agissent aussi pour les hommes victimes de violence, mais comme ils sont minoritaires, ils/elles en parlent moins. C’est normal. Ça ne veut pas dire qu’ils/elles ne s’en soucient pas, bien au contraire.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1) Violences conjugales : [x]
Les joies du masculinisme : [x]
«Je me demande, c’est horrible à dire, si c’est pas ce qui lui est arrivé de mieux» : [x]
«Je ne porte pas plainte, voilà pourquoi» : [x]
Le viol masculin : [x]

« Vous êtes vachement agressives quand même, ça ne sert pas votre cause. »
« Vous êtes vachement agressives et agressifs » tu veux dire ? Chez les féministes, il y a aussi des hommes. L’agressivité ressentie est beaucoup plus importante que l’agressivité réelle, en fait, les gens se sentent agressés parce qu’ils vivent notre dénonciation du sexisme comme une insulte. Alors que ce n’en est pas une : tout le monde est sexiste. Comme ça a été dit plus haut, c’est normal, nous avons tou-te-s grandi dans une société sexiste. Les féministes invitent à réfléchir sur le sexisme et à lutter contre lui. Ils/elles n’accusent personne, sinon ceux/celles qui refusent de remettre en question l’éducation patriarcale. D’ailleurs, l’emploi de tels qualificatifs est une façon de délégitimer le combat en le dépolitisant : c’est très clairement ce à quoi on assiste avec l’emploi du terme d’hystérique par exemple. Dans tous les cas il s’agit d’attribuer un trait psychologique au/à la militant·e, ce qui invaliderait d’office son propos. Et c’est partir du principe que tous les militants sont les mêmes. Ce qui n’est pas le cas.
Quant à dire que nous desservons notre cause, c’est un peu facile. De toute façon, de part nos revendications, nous sommes mal perçu-e-s. Certain-e-s féministes sont qualifié-e-s d’hystériques, juste parce qu’ils dénoncent les abus sexistes des médias (comme les Chiennes de Garde, par exemple). Ce n’est pas notre façon de servir notre cause qui pose problème : c’est la manière dont c’est ressenti. Et toute la difficulté est là : il nous faut trouver un juste milieu, mais c’est très compliqué. On ne peut pas se contenter de demander l’égalité gentiment quand en face des patriarches nous répondent avec paternalisme. Parfois, la colère permet de faire bouger les choses. Si on s’était contenté-e-s de demander gentiment le droit à l’avortement, par exemple, pas sûr qu’on l’aurait aujourd’hui.
Bref, plutôt que de nous dire que nous sommes trop agressif-ve-s, pourquoi ne pas essayer de voir au-delà de notre colère ? Ce qui est important, au fond, c’est le message. Peu importe comment il est véhiculé. Ou alors vous tombez en accord avec le premier politicard qui s’exprime bien ? Est-ce que sous prétexte que vous vous êtes sentis agressé par des féministes, vous allez continuer d’être sexiste -punissant ainsi injustement toutes les autres femmes- ?
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Les Chiennes de Garde et l’agressivité : [x]

« Les féministes sont paranoïaques. »
Tout d’abord, comme pour l’agressivité, tenter de faire passer les féministes pour des parano est une autre tentative de délégitimer leur combat. Mais en fait, les féministes ont l’air paranoïaques parce qu’elles-ils dénoncent simplement des choses qui ont l’air normales tant on y est habitué. Le meilleur exemple c’est la langue française : elle est extrêmement machiste. Par exemple, tout le monde trouve normal que le masculin l’emporte toujours sur le féminin dans les questions d’accord. Mais d’où vient cette règle ? C’est Scipion Dupleix qui l’a établie en écrivant que « parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif ». Pourtant, aujourd’hui, tout le monde trouve cette règle normale. Les féministes s’interrogent sur l’histoire des choses, comment elles en sont arrivées là. Ils-elles cherchent des réponses dans la sociologie, la philosophie, la science et l’histoire, remettant en cause tout ce qu’ils croient savoir. C’est grâce à toutes ces remises en questions qu’elles-ils comprennent les rouages du système oppressif qu’est le patriarcat et c’est comme ça qu’elles-ils en viennent à dénoncer des choses qui peuvent sembler futiles, dérisoires ou pire, nécessaires. Plutôt que de taxer un-e féministe de paranoïaque quand elle-il dénonce quelque chose, pourquoi ne pas lui demander exactement pourquoi est-ce qu’elle-il dénonce cette chose ?


« Les féministes veulent neutraliser toutes différences entres les individus, rendre la société homogène sans respecter les particularités de chacun. »

C’est exactement l’inverse : détruire les stéréotypes sexistes c’est permettre à chaque personne de vivre comme elle le souhaite sans se voir imposer un modèle. Les féministes ne souhaitent pas interdire aux femmes d’être « féminines » ou aux hommes d’être « virils », mais permettre à chacun-e de se construire en choisissant son comportement et ses valeurs parmi tous les modèles possibles sans que certaines attitudes soient valorisées par rapport à d’autres.

« Vous les féministes, vous n’avez pas d’humour. »
Oh, les féministes ont beaucoup plus d’humour que ce que les gens pensent. Simplement, ils sont contre l’humour oppressif. Notamment parce qu’ils savent que même sous forme d’humour, le sexisme reste du sexisme (que le racisme reste du racisme, l’homophobie reste de l’homophobie etc). En fait, entre eux, les féministes rient beaucoup, surtout du machisme. Parce qu’ils/elles savent que l’humour est une arme puissante qui pointe du doigt les absurdités sociétales. En fait, les féministes réfléchissent l’humour. Et ça, il y a beaucoup de gens à qui ça ne plaît pas.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Les féministes aussi rigolent : [x]
Meme Disney féministe sur l’humour : [x]
Meme Disney féministes : [x]
L’humour est une chose trop sérieuse… [x]
…Pour être laissée à des rigolos. [x]
L’impolitesse du désespoir : [x]
Oh, ça va… C’est pour rire ! [x]
Le second degré : [x]
Qu’est-ce qu’une injure sexiste ? [x]
L’humour est une arme : [x]

« Les femmes ne sont pas obligées de se maquiller, s’épiler, etc., elles le font uniquement par plaisir. »
Si elles le font uniquement par plaisir, pourquoi est-ce que la plupart des femmes n’osent même pas sortir de chez elles sans se passer un coup de rasoir sous les bras ? Ce n’est pas parce que c’est pas dit dans la loi « femme tu t’épileras » que ce n’est pas une contrainte. Comme pour les hommes qui s’efforcent tous de ne pas pleurer à cause de l’éducation boys-don’t-cry, les femmes tentent d’être lisses et parfaites parce qu’on leur a appris que c’est ce qu’on attend d’elles. La société a des codes. Quand on les respecte pas, on s’y intègre moins bien. Et c’est désagréable de se sentir moins bien intégré-e dans la société. Le but des féministes c’est de permettre aux femmes et aux hommes de choisir leur look indépendamment de ces injonctions sociétales. Si des femmes ou des hommes se préfèrent glabres, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas que ça ne devienne la norme en faisant passer ceux qui ne s’y collent pas pour des marginaux.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Souffrir pour être belle : [x]
« Je le fais pour moi-même : [x]
Injonctions à la beauté : [x]
Concernant l’injonction à s’épiler : [x]

« Vous parlez au nom de toutes les femmes sans leur demander leur avis ! »
Non, en fait, c’est le patriarcat qui parle au nom des femmes sans leur demander leur avis. Les féministes, eux, luttent justement pour que toute femme puisse vivre comme elle l’entend sans se voir obligée de respecter toutes sortes de normes pour être acceptée. Les féministes partent du principe qu’une femmes est libre quoiqu’elle fasse, du moment qu’elle l’a choisi. En bref, les féministes luttent pour avoir des droits. Or, avoir un droit ne veut pas dire que toutes les femmes seront obligées d’y avoir recours. Le droit à l’avortement n’a pas obligé toutes les femmes à avorter. Simplement celles qui ne veulent pas avoir d’enfants ne sont pas obligées d’en avoir même si elles tombent enceintes. Les féministes acceptent toutes les situations que peut choisir une femme, qu’elle choisisse de devenir femme d’affaire ou mère au foyer. D’une manière générale, en bref, ils luttent contre les contraintes abusives imposées par le patriarcat. Pour plus de liberté, somme toute. À noter en plus que le principe du « parle seulement en ton nom » empêche toute action. Si on va au bout de l’idée, on ne peut jamais rien décider qui dépasse son individualité. C’est là-dessus que se basent les dirigeants « diviser pour mieux régner ». Il faut lutter contre ça.

« Le féminisme défend les droits de la femme… bourgeoise ! »
C’est de l’insulte gratuite ça. C’est facile de traiter les gens de bobo. Ça revient très souvent dans les débats de manière intempestive. C’est encore une tentative d’invalider les propos des féministes. Mais bon, d’une part, en admettant qu’on soit tous des bourgeois, je vois pas en quoi ça invalide nos revendications. Et d’autre part, les féministes luttent quand-même contre la précarité de la femme dans le travail (1) (puisque les femmes sont davantage victimes du chômage que les hommes et qu’elles sont beaucoup plus souvent à temps partiel et autres joyeuseté), contre le harcèlement sexuel etc (2). Ce ne sont pas des revendications bourgeoises. Ou alors, toute lutte contre la précarité est bourgeoise. Bref, « insulte » qui sous-entend que nous pouvons nous occuper des droits de la femme parce que nous sommes « bien lotis », comme si le droit des femmes était secondaire. Cette insulte en elle-même démontre le machisme de la personne qui la profère.
De toute façon, que les féministes luttent pour les droits des femmes ne veut pas dire qu’elles-ils ne luttent pas contre les inégalités sociales (notamment de classe) également. Les systèmes oppressifs fonctionnent souvent ensemble, alors pour lutter contre eux, les causes se recoupent aussi. On appelle ça l’intersectionnalité (3). C’est ce qui fait que les féministes luttent aussi pour les droits des LGBT (Lesbiennes Gay Bi & Trans) ou pour les droits des immigrés.
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
(1)a Collectif droit des femmes : [x]
(1)b Précarité chez les femmes : [x]
(2)a Harcèlement sexuel, plainte des féministes : [x]
(2)b Lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur : [x]
(2)c Documentaire « Sexe, Mensonge et Harcèlement » : [x]
(3) La question de l’intersectionnalité : [x]

« Le féminisme s’attache à des luttes peu importantes, comme la suppression du terme « mademoiselle » »
Alors, premièrement, il ne faut pas confondre des luttes qui occupent de l’espace médiatique à l’ensemble des luttes féministes réellement menées. Lutter contre la distinction entre les termes « madame » et « mademoiselle » n’empêche pas par ailleurs d’établir la critique de problèmes a priori plus fondamentaux (telles les violences conjugales, les inégalités de salaire, etc.) et de réaliser un travail de terrain, par exemple en venant en aide aux femmes violées. Deuxièmement, les luttes qualifiées par certain·e·s d’inutiles s’intègrent en fait dans l’idée que la symbolique, dans laquelle on peut placer le langage, construisent notre monde social autant que les faits. Ainsi, lutter contre la distinction « madame / mademoiselle » sur des formulaires administratifs est une démarche visant à modifier les catégories à travers lesquelles nous voyons le monde social, afin d’en proposer une vision plus égalitaire. Troisièmement, et enfin, on ne peut que s’étonner de la véhémence avec laquelle certain·e·s critiquent de telles luttes : si la distinction entre « madame » et « mademoiselle » est un problème à ce point anecdotique, pourquoi tant d’effort et de violence à pointer du doigt celles et ceux qui mènent cette lutte ?
Sources, articles et documents pour aller plus loin :
Féminisme, la case en trop : [x]
Madame ou madame ? [x]

**Ils ont participé à la rédaction de cette FAQ sur le féminisme.**
FAQ co-écrite le 23/02/13 par…
- Biaise [x] 22 ans, technicienne informatique, libriste, libertine, libertaire.
- Myroie [x] Féministe végétarienne de 23 ans, surnommée Dame Moustache sur twitter. Illustratrice.
- Marie-Lou [x] Doctorant en sociologie (ne bosse pas directement sur les questions de genre, mais intéressé), 30 ans.
- Omniia 23 ans, féministe végétarienne, étudiante en Psychologie Sociale.
- Pierrecastor 26 ans.
- AntiSexisme [x]
- Elzen [x]
- Grünt

C’est dégueulasse de dire aux omnivores qu’ils tuent pour manger.

Il y a des choses qu’il ne faut pas dire à un omnivore si on ne veut pas passer pour un extrémiste sectaire. Par exemple le fait qu’il mange des animaux qui ont été tués pour lui. C’est pourtant tout ce qu’il y a de plus vrai. Mais les omnivores n’aiment pas se l’entendre dire. Ils vont soit chercher une bonne excuse au fait qu’on DOIT manger de la viande (auquel cas je me demande bien comment nous faisons, nous autres végé, pour vivre), soit nous servir l’argument suprême de la modération et du relativisme (je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux), soit un mélange des deux.

Comme je pense qu’il y a un problème avec tout ce type d’argumentation omnivore, je vais tenter de déconstruire un peu tout ça. Amis omnivores si souhaitez vous poser des questions, cet article est fait pour vous. Pour les autres, je vous invite à passer votre chemin sans quoi vous risquez juste de vous énerver et je m’en voudrais que vous vous fassiez du mauvais sang par ma faute à des fins inutiles.

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Pourquoi les omnivores mangent de la viande ?
Si on pose la question à omnivore, « pourquoi manges-tu de la viande ? », la réponse sera souvent la même « parce que c’est bon ». Les goûts étant une question d’habitude, force est de reconnaître que si l’omnivore trouve la viande savoureuse, c’est parce qu’il a été habitué à ça. Rares sont les omnivores qui ont réellement choisi de manger de la viande : en règle générale, ils ont juste grandi avec un entourage qui leur en a fait manger tôt. Je pense donc que les omnivores mangent de la viande par habitude. Mais comment peuvent-il maintenir cette habitude même quand il ont fait le lien animal-viande ?
Je pense que tous les omnivores fonctionnent de la même manière à ce niveau : quand ils mangent de la viande, ils pensent justement « je mange de la viande » comme on leur a appris à faire. Un steak est bien assez différent de l’animal qui a servit à le produire pour qu’on oublie qu’il y a un être vivant derrière. Au fond, les omnivores ne sont pas stupides, ils savent qu’ils mangent des animaux. Mais à l’heure du repas, ils ne pensent pas à eux. Ils ne peuvent pas le faire : comment le pourraient-ils ? Avoir réellement conscience qu’on mange le produit d’un meurtre et le manger avec plaisir, c’est impossible. Ou alors faut avoir appris à sérieusement biaiser son empathie. C’est d’ailleurs pour ça (je pense) que de nombreux omnivores auront du mal à manger un animal qu’ils ont connu et aimé un jour et qu’ils frémissent devant les rares viandes sur lesquelles on voit encore la tête de l’animal (comme les lapins ou les poissons).

« Je suis quelqu’un de bien. »
L’omnivore, comme n’importe quel autre être humain, veut croire qu’il est quelqu’un de bien. Et non seulement il veut le croire, mais il veut aussi le prouver à son entourage. C’est normal. L’omnivore est un être humain comme les autres. Aussi, lui dire qu’il encourage des tueries par son alimentation c’est le mettre face à un problème, car dans notre société, tuer, ce n’est pas être quelqu’un de bien. C’est pourquoi une phrase aussi simple que « tu manges un animal mort » dérange. Et c’est aussi pour ça que les omnivores répondent « tu m’agresses, tu ne respectes pas mon choix de vie » (alors qu’eux-même ne respecte pas la vie des animaux) ou « je mange de la viande parce que j’ai pas le choix » (puis évoquent problème de santé, d’argent, la Sacro-Sainte Nature Mère de ta Conscience Omnivore etc).
En gros, soit ils refusent de t’écouter et te font passer pour un extrémiste violent qui ne sait pas s’exprimer sans être insultant (alors que parler de meurtre d’animaux n’est malheureusement pas une insulte mais une simple et triste vérité) et invalident ainsi tout ce que tu pourras dire par la suite. Soit ils se dédouanent de leur responsabilité un invoquant X ou Y excuse et entrent dans une phase de justification.
La première réaction se base sur la modération tant appréciée dans notre société. Il ne faut pas affirmer de choses trop noires ou trop blanches sans quoi on passe pour un extrémiste, en dehors des choses communément admises. Ainsi, dire « tuer c’est mal » ce n’est pas être extrémiste puisque c’est dit partout (dans la Bible, dans la Loi, etc). Par contre, dire « tuer des animaux c’est mal » c’est être extrémiste parce que c’est dit nulle part et que ça va à l’encontre des habitudes de la plupart des gens.
La deuxième réaction est, en gros, « mais c’est pas ma faute ». Un peu une forme de résignation sacrificielle : j’aimerais bien faire comme toi tu sais, mais alala, moi je peux pas. T’as bien de la chance de pouvoir être végétarienne : toi tu n’as pas de problème de santé / d’argent, etc, etc. A la fin du discours, je crois qu’il faudrait presque plaindre un omnivore qui mange de la viande et le considérer comme une pauvre victime qui se force chaque jour à bouffer du cadavre pour sa santé ou son portefeuille.

« J’aime les animaux, d’ailleurs, j’ai trois chats et un poisson rouge. »
L’omnivore tente souvent de prouver qu’il aime les animaux. Ce que je trouve assez amusant car moi (et beaucoup de végé), je suis incapable de prétendre une telle chose. Il y a des tas d’animaux qui m’énervent (le chien de mes voisins pour commencer), d’autres qui m’indiffèrent franchement (honnêtement, les moules, j’en ai un peu rien à carrer), et beaucoup beaucoup que je ne connais juste pas. En fait, je me sens aussi incapable de dire « mais j’aime la animaux, moi madame, la preuve j’ai un chat » que de dire « mais j’aime les homosexuels d’abord, la preuve j’ai un ami pédey ». Bien sûr, il y a des animaux que j’aime. Mon chat, pour commencer. Mais dans l’ensemble, je ne peux pas prétendre aimer tous les animaux. Par contre, une chose que je peux affirmer c’est que je les respecte et les considère comme mes égaux et que je fais de mon mieux pour agir dans le sens de cette considération.
Le truc, c’est que les omnivores vont tenter de prouver qu’ils aiment les animaux pour montrer qu’ils sont bons. « Regarde je ne suis pas un tortionnaire ». Comme si en disant « tu manges des cadavres d’animaux » je sous-entendais « tu maltraites tous les animaux ». Bien sûr que non. Je ne doute pas un seul instant que des tas d’omnivores aiment sincèrement leurs animaux domestiques. Et c’est ce qui me donne de l’espoir, d’ailleurs. Mais n’est-ce pas parce qu’ils les ont sous les yeux ? Qu’il peuvent créer un lien avec ? La vache qu’ils mangent, ils ne l’ont pas vu vivre, elle n’a pas d’importance. Mais s’ils l’avaient connue ? S’ils avaient dû la tuer ? Que penseraient-ils de leur steak ?

« Et toi alors ? »
Oui et moi ? Est-ce que je fais tout bien moi ? Non. Je fais pas tout bien. Mais à la rigueur, est-ce qu’on en a quelque chose à faire ? Est-ce que vous en avez quelque chose à faire ? Je fais de mon mieux, et je somme tout un chacun de faire de même. On peut pas consommer de manière complètement responsable aujourd’hui, c’est pas possible. Mais on peut essayer de faire au mieux. Pointer du doigt ce que je fais mal (parce que oui, hein, il y en a des choses que je fais mal) ne vous soulagera que temporairement.
Quand un omnivore retourne le débat contre moi en essayant de me prouver que je suis pas parfaite, il essaye juste de se rassurer. Il s’imagine qu’en me prouvant que je fais pas tout bien, ce que je fais ne sert à rien. Comme s’il fallait soit faire tout bien, soit ne rien faire (mais après c’est moi qui voit les choses en tout blanc / tout noir). Alors que si tout le monde essayait de faire au mieux, on avancerait déjà énormément. C’est dommage non ? Je peux pas bien faire à 100%, donc je ne fais rien. Vous imaginez si on pensait comme ça pour tout ? Ah non, je peux pas manger mon assiette entière, alors je ne mange rien. Ah non, je ne peux pas soigner votre arthrose alors je vous donne aucun médicament. Ah non, je dessine pas comme Léonard de Vinci alors je dessinerai jamais. Et si on commençait par essayer, déjà ?

Pourquoi je ne laisserai pas les omnivores en paix ?
Ce délire du « je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux » est assez rigolo. En soi, je n’empêche pas un omnivore de manger de la viande. Si je voulais vraiment l’en empêcher il faudrait que je le suive tous les jours et que je lui ôte son assiette à chaque fois que j’y trouve un animal dedans. Or, j’ai autre chose à faire. Pourtant, il me dit quand-même « laisse moi manger de la viande comme je l’entends ». Pourquoi ? Parce que je le dérange. Comme une mouche qui vient lui voleter autour pendant son repas. Et effectivement, je me refuse à laisser les omnivores manger des animaux tranquillement et en toute sérénité. Autrement dit, je leur dis texto ce qu’ils mangent. Je dis la vérité. Rien d’autre. J’ai bien conscience qu’elle n’est pas agréable à entendre.
Mais dire la vérité aux omnivores n’est pas un manque de respect comme beaucoup essayent de le faire croire. C’est simplement un acte militant. Renseigner les gens, leur rappeler ce que leur consommation implique n’est pas du mépris ou de la condescendance, ni même présumer de la personnalité de ceux qui mangent de la viande. Je n’émets pas de jugement sur les omnivores, mais sur ce qu’ils mangent.

Ces végé qui ne respectent pas les omnivores.
Quand les végé tentent de rappeler aux omnivores que ce qu’ils mangent n’est pas exempt de souffrance et qu’ils encouragent un lobby barbare, donc, ces derniers s’offusquent, se sentent insultés et réagissent souvent vivement. En clair, ce qu’ils entendent c’est « tu es un salaud parce que tu manges de la viande ». Soyons honnêtes, si je pensais vraiment ainsi (en tant que végétarienne), je considèrerais toute ma famille (mes parents compris) et l’homme que j’aime comme des salauds en plus de la moitié de mes amis. Or, toutes ces personnes sus-citées, je les aime, les respecte et je ne pense pas du tout que ce sont des enfoirés égoïstes. Je pense, en revanche, qu’en continuant de manger de la viande, ils sont dans l’erreur. Mais qu’ils ne changent pas d’habitude parce qu’ils ne sont pas renseignés et qu’ils n’en ont pas vraiment envie (se renseigner pour de bon, ça impliquerait qu’ils devraient réellement changer leur alimentation : quand on sait, on ne peut pas se voiler la face davantage).
On me trouve sectaire parce que je pense que devenir végétarien est un but à atteindre pour toutes et tous. C’est vrai : je ne laisse pas de place à la demi-mesure. Pour moi, on ne peut pas être un peu esclavagiste. Tout comme on ne peut pas être un peu pour la peine de mort ou un peu pour la pédophilie. Comme les hommes qui se sont battus contre l’esclavage des noirs, je me bats contre l’esclavage des animaux. Parce que je pense que les animaux ont le droit de vivre leur vie sans nous, sans avoir à nous servir et à mourir pour nous. Quand on me dit « oh mais on peut manger un peu de viande de temps en temps quand même » je ne peux pas répondre oui. Pour moi, ça reviendrait à répondre « oui, tu peux tuer et réduire en esclavage un peu de temps en temps ».
Je comprends parfaitement que ça énerve les omnivores, et leur système de défense est prévisible et compréhensible. Se remettre en question est douloureux, long et fastidieux et ne peut pas être fait de l’extérieur. C’est un travail que chacun fait à son rythme. Je comprends que les omnivores se sentent agressés par mon discours, même si ce n’est pas mon but. Je sais que j’ai l’air prétentieuse et condescendante quand je dis tout ça. Parce que je sais comment vous fonctionnez, amis omnivores, je sais exactement par quoi vous passez quand vous vous heurtez à mon discours, puisque je suis passée par là moi-même. Et je vous demande de me croire sur parole : je ne vous juge pas, je ne vous déteste pas, je ne vous méprise pas. En revanche, je pense que vous êtes ignorants sur le sujet de la viande. Et c’est pourquoi je continuerai, même si vous n’aimez pas ça, à vous dire d’où elle vient, comment elle est faite et toutes les horreurs qu’elle implique.

En conclusion.
C’est dégueulasse de dire à un omnivore qu’il mange du cadavre ? Non. Bien moins que de tuer pour le plaisir de ses papilles gustatives en tout cas. Par contre, un discours végé, pour un omni, c’est dérangeant oui. Quand je prends le sujet à bras le corps et que je déconstruis peu à peu les argumentations que me présente un omnivore, je ne m’attends pas à passer un bon moment. Je sais qu’il/elle risquera de me traiter de tous les noms, dénigrer mon combat, tenter de me ridiculiser, essaiera de se justifier, de me servir des argumentations alambiquées, de se réfugier dans la mauvaise foi ou les excuses métaphysiques (mais au fond, qu’est-ce que la souffrance ? Qu’est-ce que la mort ?). Je sais qu’en étant végétarienne anti-spéciste qui lutte pour le droit des animaux je vais au devant de beaucoup de complications dans mes relations humaines.
Ce que j’aimerais que les omnivores retiennent dans tout ça, c’est que je ne mène pas ce combat pour moi. J’ai rien à y gagner : j’ai pas d’entreprise de tofu et je ne suis pas personnellement menacée par l’industrie de la viande. À dire vrai, et sans vouloir verser dans le pathos, j’ai même beaucoup plus à y perdre. Du coup, lecteurs qui mangez de la viande, j’aimerais que vous vous posiez cette question : pourquoi est-ce que je prends le risque de me faire insulter, mépriser, ridiculiser, pourquoi est-ce que je me prive volontairement de viande moi qui ai toujours aimé ça (oui oui, parfaitement) ? Pourquoi est-ce que j’ai décidé de devenir végétarienne et d’endurer les reproches et les sarcasmes des gens avec qui je vais manger et qui ne sont pas eux-même végétariens ? Est-ce que pour accepter d’endurer tout ça, je ne dois pas avoir de très bonnes raisons ?

Myroie.

Les lasagnes de Findus, le débat inutile.

Un scandale récent a éclaté ces derniers temps : Findus aurait honteusement remplacé de la viande de bœuf par de la viande de cheval dans ses surgelés. Le vilain. Tout un chacun s’est considéré floué pour une raison qui m’échappe, étant donné qu’il me semble que les français sont au courant depuis longtemps que l’alimentaire a un problème de traçabilité.

Scandale, donc, des gens ont mangé du cheval sans le savoir. Cette honteuse révélation n’est pas sans rappeler le long débat auquel nous avons eu droit au sujet du Hallal, autrement dit, un autre faux débat. Une pseudo-information qui donne la sensation que les médias font bien leur boulot quand tant de choses au jour le jour sont éclipsées, cachées, pour le bien de l’Économie. Alors ? Pourquoi cette information n’en est pas une ?

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Les français, ces défenseurs de la bonne bouffe.
S’il y a bien une chose sur laquelle il ne faut pas trop chatouiller les français, c’est l’alimentation. Les français sont fiers de leur patrimoine gastronomique (ce qui ne les empêche pas de manger du surgelé). Par exemple, la France est un des rares pays à -encore- interdire les OGM (pour combien de temps, ça…), et chaque français un minimum patriote vantera un jour dans sa vie la grande et bonne cuisine française. Du coup, si un média avec un minimum de succès commence à dire « olala, on vous a menti, vous mangez pas c’que vous croyez », sûr que ça va être relayé. C’est un excellent moyen de faire du buzz. Résultat, ces dernières décennies, on nous a beaucoup parlé de la grippe aviaire et autres poulets vengeurs, des terribles concombres dotés d’E.Coli -frôlant ainsi l’incident diplomatique avec l’Espagne-, de la viande Hallal qu’on fait croire qu’elle est pas Hallal (scandalisant ainsi le bon consommateur qui veut tuer gentiment les animaux pour en faire des steaks) et aujourd’hui le bœuf remplacé par le cheval amenant le grand débat « pourquoi ne pas manger du cheval mais quand-même manger du bœuf ? » mais toujours, toujours sans informer du fond du problème, du pourquoi est-ce que l’industrie alimentaire a autant de soucis. D’où vient l’E.Coli ? Pourquoi tant d’animaux tombent malades, nous transmettant des maladies aux bactéries mutantes dangereuses ?

Ce qui est assez amusant, c’est que les consommateurs s’offusquent de ce genre de chose au sujet du boeuf-pas-vraiment-boeuf en chantant en chœur le fait que les industries agro-alimentaires doivent absolument être transparentes sur ce qu’ils mettent dans leurs produits et à côté de ça se foutent de la gueule de leurs contemporains qui « perdent du temps à lire la composition des aliments quand ils vont faire les courses » (j’en sais quelque chose). Bon.

Du coup, ma première question est la suivante : s’il avait été marqué noir sur blanc au dos de l’emballage de Findus que les lasagnes criminelles étaient faites à base de viande de cheval, combien l’auraient lu ? Entendons-nous bien : je pense effectivement que les sociétés alimentaires doivent faire preuve de transparence et que toute la composition doit être montrée sur les emballages de leurs produits. Je pense aussi que cette substitution est un problème, mais pour ces raisons. Ce qui me dérange c’est que les gens sont offusqués pour une raison « éthique » que je ne trouve pas recevable parce que spéciste (manger du cheval c’est pas bien, mais manger du bœuf, pas de problème = hiérarchisation des espèces). Et puis, est-ce si nouveau que ça, qu’on nous prend pour des buses au niveau de l’alimentation ? Bref. Donc Findus a pas été honnête, on est d’accord. Mais attendez, ne serait-ce que sur ces fameuses lasagnes, est-ce que c’est vraiment le fait que ce soit du cheval et pas du bœuf qui soit scandaleux ? N’y a-t-il pas d’autres problèmes qui ont été occultés et qui pourtant méritaient d’être regardés de plus près parce que aussi aberrant pour notre alimentation ?

Un scandale qui en cache si bien d’autres.
Du coup, j’ai farfouillé un peu sur internet afin de trouver la composition de lasagnes industrielles (je ne saurais certifier que ce soit celles de Findus et encore moins les criminelles lasagnes à la viande de cheval, mais bon, ça reste tout aussi représentatif de la bouffe à la va-vite). Que trouve-t-on de pire que du bœuf remplacé par du cheval ?

En lisant la composition de ce « plat », je vois au moins trois éléments qui me posent problème et qui ont été écartés au profit de cette histoire boeuf/cheval.
- Œufs d’élevage au sol.
- Lait écrémé.
- Huile végétale.

Parlons un peu de ces trois aliments qui, à la lecture, ont l’air parfaitement inoffensifs. D’abord, les œufs. Les œufs pondu par des poules élevées « au sol » signifie que ces œufs ont été pondu par des poules enfermées dans des parcs dans lesquels elles ne voient jamais la lumière, où leur bec sont coupés sans anesthésie pour éviter qu’elles se blessent les unes les autres, et où elles n’ont que très peu d’espace vital.

Le lait écrémé, lui, contient une quantité impressionnante de pus pasteurisé (à la vôtre) et de la morphine. Cherchez pas, tous les laits sont comme ça. Même les bios. La morphine est naturellement présente dans le lait puisqu’il est normalement destiné au veau. C’est fait pour éviter que le petit s’éloigne trop de sa mère (et oui, la nature est bien faite, notre alimentation un peu moins). Quant au pus, c’est à cause des infections liées aux machines qui pompent le lait des vaches pendant trop de temps et qui créent des infections impossibles (c’est aussi la raison pour laquelle les vaches laitières vivent quatre ans au lieu de douze). Ce pus n’est pas enlevé, il est pasteurisé. Ce qui signifie que les bactéries s’y trouvent toujours, mais mortes (en plus des cellules mourantes et autres). Cependant, les industries préfèrent parler de calcul de cellules somatiques pour éviter de heurter des délicates oreilles du consommateur (ben oui, avouez que « pus » c’est moins vendeur) ; et de caséomorphine. Pratique : les mots sont inconnus du grand public, les consommateurs ont la flemme de se renseigner au sujet de mots qu’ils ne comprennent pas, la boucle est bouclée, les achats peuvent continuer.

L’huile végétale, petit nom mignon donné à l’huile de palme (depuis que les écolos ont dénoncés la déforestation qui résulte de la culture de cette huile) est non seulement dangereuse pour l’environnement (détruisant l’habitat de beaucoup d’animaux et nous privant peu à peu de forêt dont l’écosystème terrestre tout entier à besoin), mais mauvaise pour la santé et hydrogénée (mais bon, à quoi bon le préciser ?).

Tout ceci sans compter le fait que tous les animaux élevés en batterie sont bourrés d’antibiotiques pour éviter que leurs blessures s’infectent trop ou qu’il tombent malades trop gravement ; antibiotiques que vous retrouvez, bien sûr, dans leurs chairs, leurs œufs et leur lait, que vous ingérez et qui habituent votre corps à leur présence (ce qui posera problème le jour où vous devrez prendre des antibiotiques pour lutter contre une maladie particulièrement sévère).

Voilà. Tout ça, ce sont de vrais scandales alimentaires. Problème écologiques, sanitaires, traitement des animaux déplorable, risque de problèmes de santé comme le diabète, l’obésité, cancers, accidents vasculaire cérébraux ou crises cardiaques (à cause du mauvais cholestérol emmagasiné) pour les êtres humains. Mais tout ça, on en parle pas, ou peu. Et ce n’est pas étonnant. Parler des problèmes de l’huile de palme, de la viande et du lait, c’est se mettre -en tant que journal grand public- la population à dos (qui n’a pas envie de s’entendre dire qu’il va falloir changer du tout au tout ses habitudes alimentaires pour respecter sa propre personne, les animaux et l’environnement) et les lobbys alimentaires (représentés par des grandes puissances capitalistes comme Nestlé, Ferrero, McDonalds, et j’en passe, bref, de grandes puissances économiques).

Du coup, c’est bien plus simple de lancer un scandalounet de temps en temps sans réellement viser les principaux responsables et surtout, surtout, sans accuser le sacro-saint consommateur (manquerait plus qu’il commence à se remettre en question, hé : un bon consommateur est un consommateur qui ne réfléchit pas). Et en ce moment, c’est Findus qui prend, pas de chance. Mais bon, je m’en fais pas pour eux, c’est pas ça qui va couler la boîte. Bref, ainsi, on fait semblant de donner de l’information tout en continuant de protéger les grands lobby alimentaires de la viande et du lait. Parce que ne vous y trompez pas, la viande, le lait, ce sont des business, rien de plus. Surtout en France. Demandez vous pourquoi il est si difficile de trouver des plats sans viande et sans fromage dans notre beau pays, n°1 de la gastronomie.

En conclusion, un faux débat, un faux scandale, celui de Findus ? Bien sûr que oui. Pendant quelques jours, on va avoir des gens qui vont dire « mais si, manger des chevaux, c’est bien aussi », d’autres qui diront « ah non, le cheval c’est pas pareil que le boeuf quand-même », et pendant ce temps là, les végétariens/végan rigoleront bêtement de l’infortune de ceux qui mangent de la viande en savourant leur tofu bien issu du soja. Et puis, comme tout le reste, on oubliera et chacun retournera à ses petites préoccupations éthiques, qu’elle soient -ou non- pourvues de viande.

Quelques références supplémentaires :
L’œuf et ses poussins broyés vivants.
Lait vache info
Pourquoi manger végétal par AntigoneXXI
Documentaire « Earthlings ».
Conférence de Gary Yourofsky

Myroie.