C’est dégueulasse de dire aux omnivores qu’ils tuent pour manger.

Il y a des choses qu’il ne faut pas dire à un omnivore si on ne veut pas passer pour un extrémiste sectaire. Par exemple le fait qu’il mange des animaux qui ont été tués pour lui. C’est pourtant tout ce qu’il y a de plus vrai. Mais les omnivores n’aiment pas se l’entendre dire. Ils vont soit chercher une bonne excuse au fait qu’on DOIT manger de la viande (auquel cas je me demande bien comment nous faisons, nous autres végé, pour vivre), soit nous servir l’argument suprême de la modération et du relativisme (je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux), soit un mélange des deux.

Comme je pense qu’il y a un problème avec tout ce type d’argumentation omnivore, je vais tenter de déconstruire un peu tout ça. Amis omnivores si souhaitez vous poser des questions, cet article est fait pour vous. Pour les autres, je vous invite à passer votre chemin sans quoi vous risquez juste de vous énerver et je m’en voudrais que vous vous fassiez du mauvais sang par ma faute à des fins inutiles.

hebergeur d'image

Pourquoi les omnivores mangent de la viande ?
Si on pose la question à omnivore, « pourquoi manges-tu de la viande ? », la réponse sera souvent la même « parce que c’est bon ». Les goûts étant une question d’habitude, force est de reconnaître que si l’omnivore trouve la viande savoureuse, c’est parce qu’il a été habitué à ça. Rares sont les omnivores qui ont réellement choisi de manger de la viande : en règle générale, ils ont juste grandi avec un entourage qui leur en a fait manger tôt. Je pense donc que les omnivores mangent de la viande par habitude. Mais comment peuvent-il maintenir cette habitude même quand il ont fait le lien animal-viande ?
Je pense que tous les omnivores fonctionnent de la même manière à ce niveau : quand ils mangent de la viande, ils pensent justement « je mange de la viande » comme on leur a appris à faire. Un steak est bien assez différent de l’animal qui a servit à le produire pour qu’on oublie qu’il y a un être vivant derrière. Au fond, les omnivores ne sont pas stupides, ils savent qu’ils mangent des animaux. Mais à l’heure du repas, ils ne pensent pas à eux. Ils ne peuvent pas le faire : comment le pourraient-ils ? Avoir réellement conscience qu’on mange le produit d’un meurtre et le manger avec plaisir, c’est impossible. Ou alors faut avoir appris à sérieusement biaiser son empathie. C’est d’ailleurs pour ça (je pense) que de nombreux omnivores auront du mal à manger un animal qu’ils ont connu et aimé un jour et qu’ils frémissent devant les rares viandes sur lesquelles on voit encore la tête de l’animal (comme les lapins ou les poissons).

« Je suis quelqu’un de bien. »
L’omnivore, comme n’importe quel autre être humain, veut croire qu’il est quelqu’un de bien. Et non seulement il veut le croire, mais il veut aussi le prouver à son entourage. C’est normal. L’omnivore est un être humain comme les autres. Aussi, lui dire qu’il encourage des tueries par son alimentation c’est le mettre face à un problème, car dans notre société, tuer, ce n’est pas être quelqu’un de bien. C’est pourquoi une phrase aussi simple que « tu manges un animal mort » dérange. Et c’est aussi pour ça que les omnivores répondent « tu m’agresses, tu ne respectes pas mon choix de vie » (alors qu’eux-même ne respecte pas la vie des animaux) ou « je mange de la viande parce que j’ai pas le choix » (puis évoquent problème de santé, d’argent, la Sacro-Sainte Nature Mère de ta Conscience Omnivore etc).
En gros, soit ils refusent de t’écouter et te font passer pour un extrémiste violent qui ne sait pas s’exprimer sans être insultant (alors que parler de meurtre d’animaux n’est malheureusement pas une insulte mais une simple et triste vérité) et invalident ainsi tout ce que tu pourras dire par la suite. Soit ils se dédouanent de leur responsabilité un invoquant X ou Y excuse et entrent dans une phase de justification.
La première réaction se base sur la modération tant appréciée dans notre société. Il ne faut pas affirmer de choses trop noires ou trop blanches sans quoi on passe pour un extrémiste, en dehors des choses communément admises. Ainsi, dire « tuer c’est mal » ce n’est pas être extrémiste puisque c’est dit partout (dans la Bible, dans la Loi, etc). Par contre, dire « tuer des animaux c’est mal » c’est être extrémiste parce que c’est dit nulle part et que ça va à l’encontre des habitudes de la plupart des gens.
La deuxième réaction est, en gros, « mais c’est pas ma faute ». Un peu une forme de résignation sacrificielle : j’aimerais bien faire comme toi tu sais, mais alala, moi je peux pas. T’as bien de la chance de pouvoir être végétarienne : toi tu n’as pas de problème de santé / d’argent, etc, etc. A la fin du discours, je crois qu’il faudrait presque plaindre un omnivore qui mange de la viande et le considérer comme une pauvre victime qui se force chaque jour à bouffer du cadavre pour sa santé ou son portefeuille.

« J’aime les animaux, d’ailleurs, j’ai trois chats et un poisson rouge. »
L’omnivore tente souvent de prouver qu’il aime les animaux. Ce que je trouve assez amusant car moi (et beaucoup de végé), je suis incapable de prétendre une telle chose. Il y a des tas d’animaux qui m’énervent (le chien de mes voisins pour commencer), d’autres qui m’indiffèrent franchement (honnêtement, les moules, j’en ai un peu rien à carrer), et beaucoup beaucoup que je ne connais juste pas. En fait, je me sens aussi incapable de dire « mais j’aime la animaux, moi madame, la preuve j’ai un chat » que de dire « mais j’aime les homosexuels d’abord, la preuve j’ai un ami pédey ». Bien sûr, il y a des animaux que j’aime. Mon chat, pour commencer. Mais dans l’ensemble, je ne peux pas prétendre aimer tous les animaux. Par contre, une chose que je peux affirmer c’est que je les respecte et les considère comme mes égaux et que je fais de mon mieux pour agir dans le sens de cette considération.
Le truc, c’est que les omnivores vont tenter de prouver qu’ils aiment les animaux pour montrer qu’ils sont bons. « Regarde je ne suis pas un tortionnaire ». Comme si en disant « tu manges des cadavres d’animaux » je sous-entendais « tu maltraites tous les animaux ». Bien sûr que non. Je ne doute pas un seul instant que des tas d’omnivores aiment sincèrement leurs animaux domestiques. Et c’est ce qui me donne de l’espoir, d’ailleurs. Mais n’est-ce pas parce qu’ils les ont sous les yeux ? Qu’il peuvent créer un lien avec ? La vache qu’ils mangent, ils ne l’ont pas vu vivre, elle n’a pas d’importance. Mais s’ils l’avaient connue ? S’ils avaient dû la tuer ? Que penseraient-ils de leur steak ?

« Et toi alors ? »
Oui et moi ? Est-ce que je fais tout bien moi ? Non. Je fais pas tout bien. Mais à la rigueur, est-ce qu’on en a quelque chose à faire ? Est-ce que vous en avez quelque chose à faire ? Je fais de mon mieux, et je somme tout un chacun de faire de même. On peut pas consommer de manière complètement responsable aujourd’hui, c’est pas possible. Mais on peut essayer de faire au mieux. Pointer du doigt ce que je fais mal (parce que oui, hein, il y en a des choses que je fais mal) ne vous soulagera que temporairement.
Quand un omnivore retourne le débat contre moi en essayant de me prouver que je suis pas parfaite, il essaye juste de se rassurer. Il s’imagine qu’en me prouvant que je fais pas tout bien, ce que je fais ne sert à rien. Comme s’il fallait soit faire tout bien, soit ne rien faire (mais après c’est moi qui voit les choses en tout blanc / tout noir). Alors que si tout le monde essayait de faire au mieux, on avancerait déjà énormément. C’est dommage non ? Je peux pas bien faire à 100%, donc je ne fais rien. Vous imaginez si on pensait comme ça pour tout ? Ah non, je peux pas manger mon assiette entière, alors je ne mange rien. Ah non, je ne peux pas soigner votre arthrose alors je vous donne aucun médicament. Ah non, je dessine pas comme Léonard de Vinci alors je dessinerai jamais. Et si on commençait par essayer, déjà ?

Pourquoi je ne laisserai pas les omnivores en paix ?
Ce délire du « je te laisse faire ce que tu veux, laisse moi faire ce que je veux » est assez rigolo. En soi, je n’empêche pas un omnivore de manger de la viande. Si je voulais vraiment l’en empêcher il faudrait que je le suive tous les jours et que je lui ôte son assiette à chaque fois que j’y trouve un animal dedans. Or, j’ai autre chose à faire. Pourtant, il me dit quand-même « laisse moi manger de la viande comme je l’entends ». Pourquoi ? Parce que je le dérange. Comme une mouche qui vient lui voleter autour pendant son repas. Et effectivement, je me refuse à laisser les omnivores manger des animaux tranquillement et en toute sérénité. Autrement dit, je leur dis texto ce qu’ils mangent. Je dis la vérité. Rien d’autre. J’ai bien conscience qu’elle n’est pas agréable à entendre.
Mais dire la vérité aux omnivores n’est pas un manque de respect comme beaucoup essayent de le faire croire. C’est simplement un acte militant. Renseigner les gens, leur rappeler ce que leur consommation implique n’est pas du mépris ou de la condescendance, ni même présumer de la personnalité de ceux qui mangent de la viande. Je n’émets pas de jugement sur les omnivores, mais sur ce qu’ils mangent.

Ces végé qui ne respectent pas les omnivores.
Quand les végé tentent de rappeler aux omnivores que ce qu’ils mangent n’est pas exempt de souffrance et qu’ils encouragent un lobby barbare, donc, ces derniers s’offusquent, se sentent insultés et réagissent souvent vivement. En clair, ce qu’ils entendent c’est « tu es un salaud parce que tu manges de la viande ». Soyons honnêtes, si je pensais vraiment ainsi (en tant que végétarienne), je considèrerais toute ma famille (mes parents compris) et l’homme que j’aime comme des salauds en plus de la moitié de mes amis. Or, toutes ces personnes sus-citées, je les aime, les respecte et je ne pense pas du tout que ce sont des enfoirés égoïstes. Je pense, en revanche, qu’en continuant de manger de la viande, ils sont dans l’erreur. Mais qu’ils ne changent pas d’habitude parce qu’ils ne sont pas renseignés et qu’ils n’en ont pas vraiment envie (se renseigner pour de bon, ça impliquerait qu’ils devraient réellement changer leur alimentation : quand on sait, on ne peut pas se voiler la face davantage).
On me trouve sectaire parce que je pense que devenir végétarien est un but à atteindre pour toutes et tous. C’est vrai : je ne laisse pas de place à la demi-mesure. Pour moi, on ne peut pas être un peu esclavagiste. Tout comme on ne peut pas être un peu pour la peine de mort ou un peu pour la pédophilie. Comme les hommes qui se sont battus contre l’esclavage des noirs, je me bats contre l’esclavage des animaux. Parce que je pense que les animaux ont le droit de vivre leur vie sans nous, sans avoir à nous servir et à mourir pour nous. Quand on me dit « oh mais on peut manger un peu de viande de temps en temps quand même » je ne peux pas répondre oui. Pour moi, ça reviendrait à répondre « oui, tu peux tuer et réduire en esclavage un peu de temps en temps ».
Je comprends parfaitement que ça énerve les omnivores, et leur système de défense est prévisible et compréhensible. Se remettre en question est douloureux, long et fastidieux et ne peut pas être fait de l’extérieur. C’est un travail que chacun fait à son rythme. Je comprends que les omnivores se sentent agressés par mon discours, même si ce n’est pas mon but. Je sais que j’ai l’air prétentieuse et condescendante quand je dis tout ça. Parce que je sais comment vous fonctionnez, amis omnivores, je sais exactement par quoi vous passez quand vous vous heurtez à mon discours, puisque je suis passée par là moi-même. Et je vous demande de me croire sur parole : je ne vous juge pas, je ne vous déteste pas, je ne vous méprise pas. En revanche, je pense que vous êtes ignorants sur le sujet de la viande. Et c’est pourquoi je continuerai, même si vous n’aimez pas ça, à vous dire d’où elle vient, comment elle est faite et toutes les horreurs qu’elle implique.

En conclusion.
C’est dégueulasse de dire à un omnivore qu’il mange du cadavre ? Non. Bien moins que de tuer pour le plaisir de ses papilles gustatives en tout cas. Par contre, un discours végé, pour un omni, c’est dérangeant oui. Quand je prends le sujet à bras le corps et que je déconstruis peu à peu les argumentations que me présente un omnivore, je ne m’attends pas à passer un bon moment. Je sais qu’il/elle risquera de me traiter de tous les noms, dénigrer mon combat, tenter de me ridiculiser, essaiera de se justifier, de me servir des argumentations alambiquées, de se réfugier dans la mauvaise foi ou les excuses métaphysiques (mais au fond, qu’est-ce que la souffrance ? Qu’est-ce que la mort ?). Je sais qu’en étant végétarienne anti-spéciste qui lutte pour le droit des animaux je vais au devant de beaucoup de complications dans mes relations humaines.
Ce que j’aimerais que les omnivores retiennent dans tout ça, c’est que je ne mène pas ce combat pour moi. J’ai rien à y gagner : j’ai pas d’entreprise de tofu et je ne suis pas personnellement menacée par l’industrie de la viande. À dire vrai, et sans vouloir verser dans le pathos, j’ai même beaucoup plus à y perdre. Du coup, lecteurs qui mangez de la viande, j’aimerais que vous vous posiez cette question : pourquoi est-ce que je prends le risque de me faire insulter, mépriser, ridiculiser, pourquoi est-ce que je me prive volontairement de viande moi qui ai toujours aimé ça (oui oui, parfaitement) ? Pourquoi est-ce que j’ai décidé de devenir végétarienne et d’endurer les reproches et les sarcasmes des gens avec qui je vais manger et qui ne sont pas eux-même végétariens ? Est-ce que pour accepter d’endurer tout ça, je ne dois pas avoir de très bonnes raisons ?

Myroie.