L’humour pour les nuls

Depuis quelque temps, à force de l’ouvrir au sujet de l’humour, mes amis militants et moi, on a fini par atteindre certaines oreilles. Et, comme on pouvait s’y attendre, nos propos et nos revendications n’ont pas été du goût de tout le monde. Il faut dire que le sujet est délicat dans une société où il est de bon ton de dire « qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » et ce sans même se demander pourquoi et dans quel contexte Desproges a bien pu dire ça.

Bref, captain obvious to the rescue, les gens veulent rire de tout. Ou plutôt, ils veulent rire de ce qu’ils veulent sans se prendre la tête et surtout, sans réfléchir. Il est souvent amusant de constater que les grands défenseurs du droit au rire de tout sont les premiers à se moquer des femmes (ou autre groupe de personnes opprimées) en les renvoyant à la cuisine (ou autre cliché puant) pour ensuite crier à la misandrie (ou autre intolérance inversée qui n’est que de l’égo de privilégié bafoué) quand on ose se foutre de la gueule des machos (ou autres intolérants notoires) alors que s’ils n’étaient pas machos, ils ne se sentiraient pas visés, mais passons. Je ne suis pas ici pour enfoncer publiquement ces personnes au second degré opportuniste. Encore que. D’une manière plus générale, les gens ne veulent pas réfléchir à ce que leur comportement implique. Et c’est la raison pour laquelle le Cynico-fataliste est si à la mode : ça permet de se donner un genre, un charisme alors qu’il s’agit purement et simplement de paresse, pour ne pas dire de lâcheté.

Les gens veulent rire de tout donc, et craignent pour leur droit à continuer de dire « oogah boogah » devant un noir quand on dénonce leur humour intolérant. Alors pour commencer, j’aimerais rappeler un détail simple (puisqu’on nous a souvent traité de fachos désireux de brider la liberté d’expression, aha) : on ne cherche pas à vous empêcher d’être intolérant, légalement parlant. Je vous en prie, soyez-le. Vous êtes libres de l’être. C’est la loi qui le dit. Cette loi qui a été façonnée par une majorité d’hommes blancs cis et hétéros aisés, soit dit en passant. Vous êtes libres d’être des imbéciles irrespectueux qui perpétuent l’oppression. Tout comme nous, nous sommes libres de dire que vous êtes intolérants, que votre humour est un outil qui vous permet de perpétuer une oppression qui favorise la perpétuation de vos privilèges et que ce n’est pas normal. Parce que, désolée de vous l’apprendre, mais la liberté d’expression, ça marche dans les deux sens. Et je suis au regret de vous annoncer que si ce qu’on dit vous dérange, c’est exactement le but recherché.

Mais qu’à cela ne tienne, si j’ai créé ce blog, c’est parce que je ne crois pas qu’il existe de causes perdues. Ou plus simplement, je crois que tout changement est possible, pourvu qu’on s’en donne les moyens. Je ne suis donc pas avare d’engagement et d’efforts et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de répondre à la grande question que le Cynico-fataliste se pose quand il nous entend, nous autres défenseurs des droits des opprimés, mugir dans ses campagnes :

« Mais si on ne se moque plus des opprimés, de quoi allons-nous rire ? »

 Je passerai sur le fait que cette « question » démontre à quel point le Cynico-fataliste de base n’est rien d’autre qu’un citoyen sans imagination embourbé dans une culture du je-parle-avant-de-réfléchir et je vais me contenter de donner aussi bien des outils que des idées pour démontrer à ce pauvre hère que si, même sans rire des opprimés, on peut encore s’amuser, rire et exprimer sa joie de vivre.

L’humour facile
Pour commencer, il faut noter que l’humour est un art qui n’est pas facile à maîtriser. Comme a pu le dire Desproges (encore lui !) : « Mais elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ! » Car oui, faire rire n’est pas facile, surtout si on se pique de le faire en professionnel. Amuser quelques copains est bien plus aisé que de faire rire un parterre d’inconnus prêts à vous mettre au tapis pour peu que votre humour ne les touche pas. Toutes les personnes qui ont un jour essayé de s’attirer les faveurs du public par l’humour le savent. Et c’est pourquoi, certaines personnes, cédant à la peur et à la facilité, vont décider de rester le cul au chaud dans des valeurs sûres, sans avoir à se mouiller.

Selon moi, il existe trois valeurs sûres en terme d’humour : le caca (et tout ce qui est très très sale d’un point de vue social ; ne niez pas, rien qu’en lisant le mot « caca » vous souriez), le sexe (et tous les tabous qui tournent autour) et ce qui n’est pas la « norme » (ou ces connards d’extrémistes qui veulent changer le monde et/ou sont trop différents de l’homme cishet blanc). Bref, comme je l’ai dit dans mon précédent article sur l’humour, on rit de ce qui dérange, de ce qui est différent et de ce qui est tabou. En règle générale, les mauvais humoristes en manque d’inspiration vont donc faire un gloubi-boulga de ces trois « valeurs sûres » de la manière la plus plate et la plus convenue possible. Combien d’humoristes masculins se sont déguisés en femmes pour faire rire, par exemple ? Parce que oui, convenons-en la féminité c’est tellement ridicule qu’il n’y a que les femmes (ces êtres soumis) pour bien la porter. Parmi ces trois valeurs sûres, certains humoristes ont su malgré tout tirer leur épingle du jeu en faisant passer un message plus profond à travers un écran de vulgarité volontairement outrancière. Je pense par exemple à Reiser et ses dessins humoristiques sur la sexualité au travers desquels il caricaturait une société pudibonde et hypocrite. (Cependant, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, Reiser aussi a eu son lot d’humour oppressif et n’était pas parfait à tous les niveaux.) Ici, la valeur sûre qui m’intéresse est la troisième. Ce qui n’est pas la norme. Il est extrêmement facile de faire rire un public avec quelques blagues sexistes, racistes, validistes ou transphobes (liste non exhaustive). On fait appel aux bas instincts de son public et on se pique de faire de l’humour anticonformiste, et paf, le tour est joué : sans s’assurer le panthéon, on se créé un noyau de fans.

J’insiste sur le fait que c’est à la portée de n’importe qui. Un peu d’aisance en matière de comédie, une blague sur les homos qui sont vraiment des pédales, et un peu de mauvaise foi (« je suis subversif moâ, madame ») et hop, c’est parti. C’est tellement courant que c’en est navrant : la majorité des web-humoristes, des nouveaux artistes de stand-up ou des chroniqueurs de radio le font. Et tous se targuent d’être anticonformistes. Si bien que leur prétendue subversivité en devient étrangement conforme. Parce que soyons honnêtes : ces « artistes » qui auront sombré dans l’oubli dans une dizaine d’années ont deux problèmes. Le premier (et le moins grave) c’est qu’ils ne renouvellent absolument pas leur art (l’humour) et que donc, ils ne lui apportent rien. Et le second c’est que dans l’espoir de gagner le plus rapidement possible la notoriété ils empruntent sans se poser de questions les sentiers battus les plus célèbres – y compris ceux qui sont problématiques – et passent là où leurs aînés sont déjà passés mille fois. Alors subversive leur intolérance ? Que nenni. On ne saurait faire plus conforme et plus facile, en réalité.


Rire de tout

Tous ces artistes qui s’insurgent quand on dénonce leur humour intolérant usent donc du prétexte « je veux rire de tout ». Me concernant, je trouve quand-même étrange que ces personnes souhaitant rire de tout se cantonnent uniquement à des sujets qui ont déjà été utilisés mille fois au lieu d’expérimenter et de créer du neuf. C’est pourtant simple, quand on y pense : pourquoi rire des trans quand vous pouvez rire des transphobes ? Pourquoi rire des Noirs quand vous pouvez rire des racistes ? Ces grands rigolos auraient-ils peur de se mettre la masse dominante à dos ? Pour des gens subversifs, ils font preuve de bien peu de courage.

Parce que soyons clairs, il est facile de rire des plus faibles, des plus moqués, des plus démunis. C’est enfantin : il n’y aura que peu de monde pour les défendre et beaucoup pour en rire. En revanche, rire de la majorité haineuse, celle qui a du pouvoir, celle qui peut vous faire taire si elle le souhaite pour pouvoir continuer d’utiliser le mot « pédé » comme insulte, de renvoyer les femmes à la cuisine et de traiter Taubira de singe, ça demande un peu plus de gonades. Rire en dénonçant les travers de la société plutôt que de les renforcer est tout un art complexe et qui n’est pas à la portée du premier venu (surtout si ce dit premier venu a la flemme de réfléchir). Parce que ça demande du talent, mais également de la réflexion, de l’introspection et de la culture. Pour faire de l’humour de haute volée, il faudra apprendre à faire autre chose que pointer du doigt des minorités en faisant la grimace d’un air entendu en se faisant lécher les bottes par un parterre de fans lobotomisés.

Selon moi, au même titre que tous les autres Arts, l’humour est un moyen de façonner le monde dans lequel on vit. Là encore, je l’avais dit dans mon précédent article sur le sujet, on rit de ce qui n’est pas la norme, donc on la définit. En riant de l’intolérance, en la présentant comme quelque chose d’anormal, vous redéfinissez la norme et ce, pour un monde de tolérance et de respect. D’ailleurs, notons que les artistes qui ont connu une postérité sont ceux qui se sont montrés avant-gardistes et qui ont contribué à révolutionner notre société, que ce soit d’un point de vu artistique, moral ou les deux. Les génies sont ceux qui ont su modifier les goûts du public et non pas ceux qui ont modifié leur art en fonction du public. Autrement dit, en encourageant une intolérance qui existe déjà, les artistes comiques n’encouragent aucune réflexion et donc aucun changement. C’est ce qui me fait dire qu’ils sont voués à l’oubli malgré le fait qu’en attendant, ils ralentissent les progrès sociaux en matière d’égalité.

Tous ces humours non-intolérants possibles
Nous en venons donc au nerf de la guerre : mais de quoi rire alors ? Quels types d’humour sont possibles si on doit arrêter de taper sur les femmes, les pédés et les Noirs ? Comment les manier sans tomber dans les bras menteurs de la facilité ? La liste des différents types d’humour est longue : humour par l’absurde, l’auto-dérision, le comique de situation, la création de personnages humoristiques, les jeux de mots, l’humour noir (le vrai), la satire (ou cynisme), le méta humour (l’humour sur l’humour), le comique d’observation, l’humour de référence, l’anti-joke etc. Analysons-en quelques uns pour que vous ne tombiez pas en panne sèche de blague, des fois que vous décidiez (ça va, on peut rêver) d’arrêter d’être des humoristes qui encouragent l’exclusion sociale des minorités.

Commençons par l’humour par l’absurde. Ce type d’humour fonctionne sur la base du décalage entre les attentes et les habitudes du public et la logique qui sera présentée lors du sketch ou de la blague. En règle générale, c’est amené à l’aide de syllogismes, c’est à dire une logique qui, mal utilisée, peut amener à des paradoxes ; paradoxes cependant non démontables si on a habilement amené le public à accepter la logique du syllogisme au préalable. Plus exactement, on entraîne le spectateur vers un raisonnement illogique en lui faisant admettre des choses qui lui paraîtront logiques. En le piégeant ainsi, on crée le décalage, la gêne et donc le rire.
Exemple d’humour absurde : Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare. Donc un cheval bon marché est cher.

Concernant l’auto-dérision, c’est une forme d’humour qu’il est facile d’utiliser de travers. En effet, le principe de l’auto-dérision est de se moquer de soi-même. L’exercice peut sembler cool et démontrer que la personne le pratiquant est parfaitement décomplexée, mais il faut mesurer à quel moment on rigole réellement de soi (uniquement) et à quel moment on implique d’autres personnes dans la moquerie. Par exemple, il y a une différence entre dire « aha, j’ai encore embouti la voiture, je sais vraiment pas conduire ! » et « aha j’ai encore embouti la voiture, les femmes savent vraiment pas conduire ! » Dans le premier cas, je me moque de moi. Dans le deuxième je me moque des femmes : ce n’est plus de l’auto-dérision, mais bien de l’humour intolérant qui vise à discréditer les femmes et leurs capacités à utiliser une voiture et ce de manière parfaitement arbitraire et injuste. Le fait que je sois une femme ne justifie en rien cette blague : ce n’est pas parce que je suis maladroite au volant que toutes les femmes le sont. L’auto-dérision, la vraie, est celle qui permet au spectateur de rire sans se sentir jugé même s’il se retrouve dans le ridicule de celui qui fait la blague. On s’accorde sur le fait que c’est ridicule mais que ce n’est finalement pas bien grave. Ici, le rire permet de dédramatiser et de prendre du recul sur la culpabilité que beaucoup de gens vont avoir face à l’échec. Si je rigole en disant que tous ceux qui ont le même genre / couleur de peau / orientation sexuelle sont ridicules, je suis dans le jugement et dans la moquerie intolérante. Ce n’est donc plus de l’auto-dérision et j’empêche une partie de mes spectateurs de dédramatiser une situation anodine parce que je les catalogue dans un stéréotype qui ne leur conviendra peut-être pas.
Exemple d’auto-dérision : Boulet et son blog BD dans lequel il se met souvent en scène, comme par exemple dans cette note.

Le comique de situation, c’est un peu l’une des plus vieilles formes d’humour. L’arroseur arrosé, tout ça, tout ça. En gros c’est l’effet comique produit par la situation d’un personnage dans l’histoire ou l’anecdote qui est racontée (surprises, rebondissements, coïncidences, retournements, quiproquos, etc). Le principe est donc de rire d’un personnage parce qu’il fait quelque chose de travers. Quel meilleur exemple à citer dans ce genre de cas que celui de Charlot ? Les Charlots sont remplis de comique de situation. Chaplin a créé un personnage dont on peut rire tout en passant des messages positifs. Les Lumières de la ville, film dans lequel Charlot vient en aide à une aveugle alors qu’il n’a pas un sou en poche, est sans doute l’un des meilleurs exemples. On rit, mais Chaplin passe également un message d’espoir et d’empathie. Malheureusement, tout comme l’auto-dérision, il est facile de se planter et de faire un comique de situation où, au lieu de rire d’un événement absurde, on va rire du personnage parce qu’il représente un cliché intolérant (sexiste, raciste etc). Il est donc important de garder à l’esprit que le comique de situation, comme son nom l’indique, doit amener à rire d’une situation, et non pas d’un stéréotype incarné par un personnage.
Exemple de comique de situation : Le dîner de con, film dans lequel on rit de quiproquos et de la cruauté d’un personnage qui se retourne contre lui.

La création de personnages humoristiques est un procédé très utilisé par les artistes de scène. C’est un moyen de créer un discours, un échange tout en étant seul durant la représentation. Le Blond de Gad Elmaleh est un bon exemple sans intolérance : c’est un personnage caricatural dans sa perfection qui réussit tout, même les choses les plus anodines (comme manger un sandwich sans que les tomates ne se fassent la malle) et qui sert à mettre en relief le côté humain de Gad Elmaleh dans un humour auto-dérisoire. Le Blond n’est pas un cliché puisqu’il ne fait référence à aucun type d’homme qui suscite le mépris, mais qui renvoie davantage à cette tendance que chacun possède à voir chez son voisin une personne qui réussit toujours mieux que soi. Avec ce personnage Gad Elmaleh dédramatise le manque de confiance en soi que beaucoup de spectateurs peuvent avoir en riant du fait que les petits échecs de la vie quotidienne ne sont pas dramatiques et même plutôt rigolos. À travers ce personnage, il arrive à faire rire de la jalousie qu’on peut ressentir et à la rendre moins difficile à vivre. Malheureusement, comme d’autres types d’humour, la création de personnages humoristiques peut vite tomber dans les clichés à partir du moment où on crée un personnage stéréotypé qui renvoie à une vérité biaisée. Ça peut être le personnage féminin égocentrique et coquet, le noir qui parle avec un accent très prononcé et ne comprend rien à la technologie, l’homosexuel efféminé, etc, etc. Toutes ces caricatures excluent parce qu’elles encouragent des clichés qui ne représentent que très peu de personnes concernées.
Exemple de création de personnages humoristiques : les persos de Salut les Geeks ! Le mafieux-pervers, le gamin pas sûr de lui, le panda, et le junkie.

Bien sûr, dans les différents types d’humour, il y a les jeux de mots. Avec celui-là, il est difficile de faire de l’humour intolérant, à moins de vraiment le vouloir (malheureusement, parfois certains le veulent vraiment). Faire des jeux de mots consiste à détourner le sens premier d’un terme, créant ainsi ce fameux décalage qui surprend et amène le rire. En règle générale, le jeu de mot à lui seul ne suffit pas, il faut également le placer au bon moment et avec la bonne tonalité. C’est ce qui fait qu’un tel verra sa blague qualifiée « d’humour de merde » quand un autre – usant du même calembour – fera rire l’assemblée du premier coup. Dans le genre maître des jeux de mots on ne peut pas ne pas citer Desproges (« car nos avis divergent, et dix verges c’est énorme pour un seul homme »). Il était capable de placer ses jeux de mots au milieu de ses discours avec un tel naturel que le décalage créé était toujours suffisamment important pour déclencher le rire. Parce que Desproges maniait la rhétorique avec brio et possédait suffisamment de vocabulaire pour se renouveler sans cesse, il lui était possible, en plus de faire d’autres types d’humour pendant ses sketchs, de placer des jeux de mots au moment où on s’y attend le moins. Bref, avec ce type d’humour, tout est question de dosage, de feeling et de timing.
Exemple de jeu de mots : « Rraquette avec deux r ? – Ouais ! – Ya qu’un r sur raquette. – Ya plusieurs nerfs sur une raquette, vous connaissez pas l’tennis ! » – François Pérusse

Dans le cas de l’humour noir, il s’agit de dire des choses volontairement horribles. Tellement horribles qu’elles vont mettre les spectateurs mal à l’aise et les faire rire (on rit de ce qui gêne, de ce qui n’est pas la norme, toussa). C’est ce qu’a fait Desproges avec son fameux « on me dit que des Juifs… ». Avec ce sketch, il est allé à l’encontre de ce qui était communément admis, à savoir que les juifs ont été victimes des nazis. En agissant ainsi, à l’inverse de Dieudonné qui se moque simplement des juifs, lui ne riait non pas des juifs mais des nazis et des néo-nazis (encore présents à l’époque et même aujourd’hui) et ce, en démontrant l’absurde du raisonnement qui est le leur (en le poussant éventuellement à l’extrême). Wikipédia parle d’ailleurs de ce type d’humour en ces termes : « L’humour noir est une forme d’humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l’absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelquefois une forme de défense. » Bref, il s’agit de s’amuser de l’horreur. Mais pour s’en amuser, encore faut-il qu’il soit communément admis par le public de ce qu’est l’horreur. Si je tente de faire de l’humour noir sur la transphobie alors que peu de gens y sont sensibilisés, j’ai toutes les chances du monde de simplement tomber dans l’humour transphobe. L’humour noir demande de prendre en compte les qualités morales du public, et c’est en ça qu’il est extrêmement difficile à maîtriser.
Exemple d’humour noir : « Tu aimes bien ta mère ? Alors reprends un bout. » – Pierre Doris
(Ici, le tabou et l’horreur utilisés sont le cannibalisme.)

La satire est une forme de (vrai) cynisme qui consiste à parodier une personne, un groupe ou un gouvernement afin de démontrer à quel point leur comportement est absurde, dans le but de provoquer un changement. En règle générale, ceux qui sont parodiés sont des personnalités puissantes et au pouvoir important qu’il soit politique, social ou économique. Le journal HaraKiri était, par exemple, un journal satirique qui dénonçait les inégalités sociales avec des phrases mordantes du type « si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le ». À l’instar de l’humour noir, c’est une forme d’humour complexe à maîtriser car elle demande une culture de la politique et du social certaine qui empêcherait de tomber dans les rumeurs infondées et les stéréotypes nauséabonds. En effet, tout comme le cynisme – tel que Diogène le concevait – était censé apprendre « l’humilité aux puissants », la satire est censée dénoncer les injustices et encourager le peuple à réclamer ce qui lui revient de droit. La satire peut employer divers procédés : la diminution de quelque chose en vue de le faire paraître ridicule, l’exagération afin de démontrer à quel point un comportement est grotesque (caricature), la juxtaposition de choses d’importance inégales (ce qui met l’ensemble à un niveau de moindre importance) et la parodie qui consiste à imiter un comportement dans le but de montrer à quel point il est ridicule.
Exemple de satire : Candide de Voltaire, qui parodie la société de l’époque et tous les conseils qui étaient donnés par l’autorité en place pour être quelqu’un de bon et de bien.

Le méta-humour, qu’on pourrait aussi appeler « humourception » est de l’humour… sur l’humour. Très rarement utilisé au quotidien parce que difficile à mettre en place, il consiste à faire une blague avec une blague à l’intérieur et se retrouve, en revanche, très fréquemment dans au cinéma ou dans les émissions de télé contemporaines comme The Daily Show. Il existe différentes façons de faire du méta-humour : soit on va rire des procédés humoristiques en les nommant exactement, soit on va faire une blague à partir d’une blague déjà rendue célèbre (comme celle de Paf le chien), soit faire une blague dans une blague, etc. Pas toujours du goût de tout le monde, ce type d’humour crée un décalage parce qu’on s’attend à rire et qu’en réalité, c’est davantage analytique que drôle.
Exemple de méta-humour : « Un Anglais, un Irlandais et un Écossais entrent dans un bar. Le patron du bar les regarde et dit : « Quoi ? C’est une blague ? » »

Le comique d’observation, lui, consiste à révéler le ridicule ou l’absurdité d’un élément anecdotique qui aurait échappé à la plupart des spectateurs s’il n’avait pas été mis en lumière. Le plus souvent utilisé par les artistes de scène, il permet de prendre du recul sur des événements auxquels on est habitués et de se rendre compte du point auquel ils sont étranges quand on les regarde d’un œil neuf. Commençant souvent par « vous avez remarqué que » il peut être très utile pour dénoncer les intolérances ordinaires et démontrer leur ridicule.
Exemple de comique d’observation : le sketch de Florence Foresti « cheffe d’entreprise ».

L’humour de référence est un type d’humour qu’on retrouve très souvent dans les webséries ou les films humoristiques familiaux. Comme son nom l’indique, il consiste à mettre une référence qui, bien souvent, n’a rien à voir avec le film, mais colle avec le sujet du moment. Ce type d’humour marche donc sur deux principes : le premier est de créer un décalage entre l’univers dans lequel le spectateur est plongé et celui qui « s’invite » un peu par surprise, et le second est de flatter le spectateur qui se sentira fier d’avoir reconnu la référence (surtout si cette dernière est un clin d’œil à des gens particulièrement initiés). Un film qui joue très souvent sur cette ficelle est « Astérix et Obélix mission Cléopâtre » dans lequel on retrouve aussi bien des références à Star Wars qu’à des publicités des années 90.
Exemple d’humour de référence : les films Disney et Pixar qui font des clins d’œil à des productions antérieures du studio ou encore les films Hitchcock dans lesquels il apparaît systématiquement l’espace de quelques secondes en figurant (dans Les Oiseaux, l’homme qui sort de l’animalerie avec un lévrier en laisse).

Enfin, l’anti-joke consiste à faire de l’humour qui n’en est pas. Un peu dans la même veine que le méta humour, l’anti-joke table sur le fait qu’on s’attende à quelque chose de drôle pour créer le décalage et faire rire. Il s’agit de reprendre des formats d’humour ou de blague classique et de les terminer par une chute logique et descriptive à la place d’une fin absurde.
Exemple d’anti-joke : Qu’est-ce qui est petit et vert ? Au vu de la diversité dans l’univers, beaucoup de choses.

Voilà donc une longue liste pleine de formes d’humour possibles et non-intolérantes. Tu vois, cher lecteur qui veux rire de tout, que ce n’était pas si compliqué. Et encore, je suis certaine que si tu cherches davantage, tu peux en trouver bien d’autres. Qui sait, tu pourrais peut-être même en inventer un jour, si ça se trouve ? J’ai confiance en toi.

En conclusion
Ai-je besoin de préciser que, finalement, ces gens qui chouinent qu’on ne peut plus rire de rien quand on leur fait remarquer que leur humour est oppressif sont soit des personnes à l’imagination très limitée, soit des paresseux égoïstes qui n’ont pas envie de faire d’efforts pour faciliter la vie de leur prochain ? L’humour est riche. L’humour est vaste. Pourquoi se cantonner à quelques blagues intolérantes quand il est possible d’explorer et de révolutionner toujours un peu plus le genre ? Alors, soyez gentils, faites preuve d’imagination. Et arrêtez de vous faire passer pour plus bêtes que vous ne l’êtes, je sais que vous êtes capable de reconnaître les blagues intolérantes.

Ils ont écrit sur l’humour
Une Heure de Peine – L’humour est une chose trop sérieuse… [x]
Une Heure de Peine – …pour être laissée à des rigolos. [x]
Une Heure de Peine – L’impolitesse du désespoir [x]
Une Heure de Peine – Critique de la culture du troll [x] [x]
Une Heure de Peine – Apologie de l’humour [x]
Une Heure de Peine – Assumer son humour à la con [x]
As Clemmie Wonder – Peut-on faire des blagues […] sans être un gros con ? [x]
Je suis féministe – Oh ça va… C’est pour rire ! [x]
Mauve Veillance – L’humour à propos des minorités sexuelles sans insulter [x]
Les notes de Florent Verschelde – Ceci n’est pas du second degré [x]
Les notes de Florent Verschelde – Pure provocation [x]
A Contrario – Desproges et Coluche : Stop à l’instrumentalisation […] [x]
Une sourde – Cher connard cynique [x]
Commando Culotte – Pourquoi dire […] fait de vous une/e idiot/e ? [x]
Le rire. Essai sur la signification du comique, par Henri Bergson : [x]
Les sentiers d’Isatis – Sortir de sa boîte [x]

C’est pas de l’humour intolérant !
(À noter que certaines des personnes citées ont eu des comportements problématiques dans leur humour (ou ailleurs) mais que les liens donnés avec leur travail sont, eux, dépourvus d’humour intolérant, preuve que c’est possible, même si ce n’est malheureusement pas un systématisme pour chacun.)
Tina FeyGeorges CarlinBouletAamer RahmanChaFlorence ForestiLes InconnusLouis CKSinfestOglafLes céréales du dimanche matinPlated JeansSalut les GeeksUsulDesprogesColucheInsolente VeggieGad ElmalehHari KondobaluAlexandre AstierSuricateWanda SykesChescaleighGo get a roomieFrançois Pérusse [etc].

Merci à tous mes followers pour les liens, les idées, les références et tout et tout. Merci à Ali B. Cannard pour ses conseils sur les différents types d’humour. Et merci à Aries et Stéphanie pour la relecture et les critiques.

Égalitariste

L’injonction à lutter contre l’oppression

Dans mon article précédent « le couteau sous la gorge » j’expliquais que croire que nous sommes libres concernant certains de nos « choix » et nos « goûts » était une erreur à partir du moment où ils répondaient à une norme sociale. Je pense effectivement que certains de nos agissements répondent à une notion fermée de ce qu’est la normalité et à une forme de crainte d’en sortir (cette crainte pouvant être tournée vers nous-même et/ou vers autrui). Par là, je voulais démontrer qu’on pouvait intérioriser des « ordres » mauvais pour nous et/ou pour notre entourage et croire qu’il s’agit d’un choix personnel alors qu’on ne fait qu’agir en réponse à une injonction qu’on nous serine depuis notre naissance.

Mais voilà, suite à cet article, j’ai remarqué un nouveau genre d’injonction qui est tout aussi pénible et qui en plus est malheureusement présent dans le milieu militant également : celui à lutter contre les injonctions. Plus exactement, celui à « assumer » ses différences. De devoir arrêter de s’épiler, de se maquiller, de porter des talons quand on est une femme. De devoir se donner la main en couple homo et montrer ostensiblement sans rougir qu’on n’est pas hétérosexuel et/ou cis (1). De devoir arrêter de porter le voile, de se lisser les cheveux quand on est noire et/ou musulmane. De devoir assumer ses bourrelets et son poids, et surtout, surtout, de ne pas passer sous le bistouri du chirurgien esthétique. Jamais. (Sous peine de passer pour une cruche superficielle).

Ai-je réellement besoin d’expliquer en quoi ces injonctions ne sont justement que des injonctions supplémentaires visant à culpabiliser les catégories opprimées ? Alors non seulement on pousse les femmes, les homosexuels, les non-blancs à avoir honte de ce qu’ils sont, mais en plus, on leur reproche de vouloir changer ? Les personnes faisant ces reproches ont-elles conscience qu’elles ne font qu’ajouter de la honte et de la culpabilité ?

Injonctions paradoxales
Cette tendance à vouloir pousser les gens à s’accepter eux-même tel qu’ils sont dans un milieu social où ils sont rejetés peut partir d’une bonne intention, mais dans les faits, ça ne fait qu’ajouter de la souffrance. On pousse ces personnes qui ne rentrent pas dans le moule à avoir honte du fait qu’ils tentent d’y rentrer. À avoir honte de leur honte, en bref. Le résultat, c’est que si on n’est pas conforme à l’humain standard que la société impose, qu’on tente de s’y conformer ou non, on est perdant parce que critiquable : tu es grosse et tu tentes de maigrir ? Oh la la, mais t’es une victime de la mode. T’es grosse, ben assume quoi, c’est pas grave. Tu es grosse et tu t’acceptes telle que tu es ? Tu pourrais faire un effort quand-même, c’est pas sain de pas prendre soin de soi.

L’elfe, dans ces articles « Je le fais pour moi-même », « Injonction poil au… » et « Mépris et misogynie ordinaires » (que je vous invite à lire très fort) concernant les injonctions à la beauté faites aux femmes, exprime ça très bien : d’un côté elle analyse ces injonctions et la tendance qu’on a à prétendre, en tant que femme, qu’on fait ça par plaisir et non pas pour correspondre aux normes ; et dans le dernier elle explique en quoi jeter l’opprobre sur ces femmes qui répondent à ces injonctions fait aussi partie de l’oppression. Les femmes doivent être belles et naturelles à la fois. On les enjoint à correspondre à un idéal inatteignable mais en leur faisant comprendre qu’elles ne doivent faire aucun effort pour l’atteindre. Avec de telles injonctions complètement paradoxales, impossible de pas avoir un mode de pensée contradictoire qui gêne le développement personnel.

Et au final, c’est pareil pour toutes les injonctions. Tu es noir et tu vis dans une société qui te rejette, mais tu ne dois surtout pas culpabiliser d’être noir et vouloir changer. Il suffit de voir toutes ces personnes qui méprisent Michael Jackson pour avoir eu recours à la chirurgie plastique afin de ressembler à un blanc et qui « regrettent » qu’il ait tant altéré son physique. Mais dans une société raciste, en quoi est-ce étonnant ? Toutes ces personnes qui trouvent dommage qu’un noir se blanchisse la peau, que font-elles pour permettre aux non-blancs d’être en paix avec eux-mêmes ? Que font-elles pour lutter contre l’injonction à la blancheur ? Alors quoi, il faut accepter d’être noir dans un monde qui nous le reproche ? Dans un monde où au jour le jour on te fait sentir que ta couleur de peau est un problème ? Je ne dis pas qu’un noir qui se blanchit la peau a raison d’agir ainsi. Je dis que c’est compréhensible dans l’état de notre société actuelle. Et que si réellement on trouve ça anormal, il est temps de se bouger le cul pour permettre aux non-blancs de s’accepter en tant que non-blancs ; plutôt que de pointer du doigt celui ou celle qui tente d’altérer sa nature pour le regard des autres.

Bref, on te rejette, mais tu ne dois pas changer. J’ai parfois l’impression que cette double injonction est un moyen de déculpabiliser les privilégiés. Tu es rejeté ? N’écoute pas les cons et assume ce que tu es. Ce n’est pas à nous de faire l’effort de t’intégrer, c’est à toi de t’efforcer de t’accepter, même si on te méprise. On n’y peut rien, c’est comme ça, tu n’as qu’à assumer tes différences qu’on pointe sans cesse du doigt et tout ira bien. Alors, oui, mais non, ça ne marche pas comme ça. Ce n’est pas aux opprimés d’apprendre à s’accepter. C’est aux oppresseurs de se remettre en question et d’arrêter de standardiser l’Humain au détriment de ceux qui ne se conforment pas à ce dit standard. C’est aux oppresseurs de déconstruire leurs idées reçues, leur intolérance et leur(s) privilège(s). Pas aux opprimés de plier docilement l’échine devant ceux qui les méprisent tout en s’efforçant d’avoir une haute estime d’eux-même.

Résister aux injonctions tout en acceptant ses limites
Il va de soi, malgré tout, que j’encouragerai n’importe quelle personne qui tente d’accepter ses différences en dépit des moqueries, du mépris et de l’invisibilité qui la frappe. Si des gens y arrivent, tant mieux. Ça ne peut leur être que bénéfique d’un point de vue personnel et tout le mérite leur revient. Mais à l’inverse, je n’enjoindrai jamais une personne à s’assumer si elle n’y arrive pas. Ne pas réussir à s’aimer dans un univers où on est haït, il n’y a malheureusement rien de plus normal. C’est humain. Il n’y a pas à avoir honte de ses complexes, car on n’y est pour rien. Les complexes, ça ne vient pas de nous. C’est le résultat d’une construction sociale. D’un standard empirique parfaitement intolérant que nous n’avons pas choisi.

Alors oui, effectivement, d’un point de vu militant, résister aux injonctions, aux standards, c’est politique. Une femme qui refuse de s’épiler est, effectivement, une femme qui refuse de courber l’échine face au dictât de la Fâme glabre. Une noire qui refuse de se lisser les cheveux résiste au dictât de la beauté occidentale. La liste est longue. Agir contre les normes abusives, c’est résister, lever la tête et éventuellement pousser les gens à s’interroger. Je ne peux pas nier qu’il y a là un certain courage et une forte volonté de faire changer les choses.

Mais il serait malheureux de nier également les risques que ce genre d’action comporte. Car
en refusant ostensiblement de rentrer dans les rangs, au mieux on va déclencher une curiosité qui sera lourde à porter, au pire on suscitera le mépris, la haine voire la violence.

Raison pour laquelle, selon moi, il est important d’aborder les injonctions et les actions en rapport avec elles avec prudence. Ce qui me semble nécessaire en premier lieu est, évidemment, d’interroger les injonctions et de comprendre leur fonctionnement. On ne peut pas combattre un écran de fumée. Si on veut mettre à bas les injonctions, il faut commencer par les reconnaître, les nommer et dénoncer le problème. Après, selon moi, on peut dénoncer le dit problème tout en reconnaissant qu’on a plié l’échine. Ce n’est pas très flatteur pour l’égo, c’est vrai, de se dire qu’on répond à une norme abusive et non à un choix personnel, mais le reconnaître fait parti du processus de déconstruction.

Combattre les injonctions sans (se) culpabiliser
Alors comment, exactement, résister aux injonctions ? Dans mon précédent article, j’avais proposé une première solution : reconnaître les injonctions Et je pense que là est le point de départ : avant même de commencer à combattre des normes abusives, il faut savoir les reconnaître et comprendre leur existence. Qu’on y réponde ou pas, on peut les dénoncer -les imbéciles qui considèrent que si tu ne montres pas l’exemple tu n’as pas à l’ouvrir peuvent aller se faire voir, si vous voulez mon avis- et expliquer en quoi elles sont un problème.

Alors oui, évidemment qu’il serait préférable de ne pas répondre soi-même aux injonctions. Mais c’est quelque chose qu’on doit faire si on s’en sent capable. Ce qui implique d’accepter l’idée qu’on sera moqué, regardé de travers, méprisé, etc. Et d’être blindé contre ce genre de mauvais sentiments. Sans compter toutes les raisons personnelles qui peuvent pousser une personne à répondre à une injonction même si elle sait que c’en est une. Bref, tout le monde n’a pas la force morale d’affronter les regards et les quolibets (et je dis ça sans jugement aucun : savoir affronter le regard des autres et s’en foutre, c’est quelque chose qui est donné à peu de monde) et tout le monde n’a pas toutes les cartes en main pour se défaire des injonctions. Vivre en société implique parfois des concessions, aussi abusives soient-elles. Une vendeuse en magasin, par exemple, peut risquer son travail si elle ne s’épile pas. Doit-elle abandonner sa seule source de revenu pour « montrer l’exemple » ? Je ne crois pas.

En conclusion
S’il va de soi que j’emmerde les personnes qui ont envie de me faire plier pour rentrer dans le moule, il est clair que j’emmerde tout aussi fort celles et ceux qui voudraient que je montre l’exemple sans même se soucier de savoir si ça génère pour moi une souffrance trop insupportable. Militer et tenter de changer le monde, ça demande de l’énergie et un don de soi qui parfois peut être éreintant. À chacun.e de se préserver comme il/elle l’entend et personne n’a le droit de juger l’autre quant à savoir s’il milite bien correctement dans sa manière d’être. On peut vouloir changer le monde en talon haut, en ranger, avec des implants mammaires, en cachant ou en exhibant son homosexualité et après être passé sous le bistouri d’un chirurgien ou pas. On peut lutter contre les injonctions, qu’on y réponde ou non, l’important, c’est avant tout qu’elles soient reconnues, analysées et jamais silenciées.

Égalitariste