L’humour pour les nuls

Depuis quelque temps, à force de l’ouvrir au sujet de l’humour, mes amis militants et moi, on a fini par atteindre certaines oreilles. Et, comme on pouvait s’y attendre, nos propos et nos revendications n’ont pas été du goût de tout le monde. Il faut dire que le sujet est délicat dans une société où il est de bon ton de dire « qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » et ce sans même se demander pourquoi et dans quel contexte Desproges a bien pu dire ça.

Bref, captain obvious to the rescue, les gens veulent rire de tout. Ou plutôt, ils veulent rire de ce qu’ils veulent sans se prendre la tête et surtout, sans réfléchir. Il est souvent amusant de constater que les grands défenseurs du droit au rire de tout sont les premiers à se moquer des femmes (ou autre groupe de personnes opprimées) en les renvoyant à la cuisine (ou autre cliché puant) pour ensuite crier à la misandrie (ou autre intolérance inversée qui n’est que de l’égo de privilégié bafoué) quand on ose se foutre de la gueule des machos (ou autres intolérants notoires) alors que s’ils n’étaient pas machos, ils ne se sentiraient pas visés, mais passons. Je ne suis pas ici pour enfoncer publiquement ces personnes au second degré opportuniste. Encore que. D’une manière plus générale, les gens ne veulent pas réfléchir à ce que leur comportement implique. Et c’est la raison pour laquelle le Cynico-fataliste est si à la mode : ça permet de se donner un genre, un charisme alors qu’il s’agit purement et simplement de paresse, pour ne pas dire de lâcheté.

Les gens veulent rire de tout donc, et craignent pour leur droit à continuer de dire « oogah boogah » devant un noir quand on dénonce leur humour intolérant. Alors pour commencer, j’aimerais rappeler un détail simple (puisqu’on nous a souvent traité de fachos désireux de brider la liberté d’expression, aha) : on ne cherche pas à vous empêcher d’être intolérant, légalement parlant. Je vous en prie, soyez-le. Vous êtes libres de l’être. C’est la loi qui le dit. Cette loi qui a été façonnée par une majorité d’hommes blancs cis et hétéros aisés, soit dit en passant. Vous êtes libres d’être des imbéciles irrespectueux qui perpétuent l’oppression. Tout comme nous, nous sommes libres de dire que vous êtes intolérants, que votre humour est un outil qui vous permet de perpétuer une oppression qui favorise la perpétuation de vos privilèges et que ce n’est pas normal. Parce que, désolée de vous l’apprendre, mais la liberté d’expression, ça marche dans les deux sens. Et je suis au regret de vous annoncer que si ce qu’on dit vous dérange, c’est exactement le but recherché.

Mais qu’à cela ne tienne, si j’ai créé ce blog, c’est parce que je ne crois pas qu’il existe de causes perdues. Ou plus simplement, je crois que tout changement est possible, pourvu qu’on s’en donne les moyens. Je ne suis donc pas avare d’engagement et d’efforts et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de répondre à la grande question que le Cynico-fataliste se pose quand il nous entend, nous autres défenseurs des droits des opprimés, mugir dans ses campagnes :

« Mais si on ne se moque plus des opprimés, de quoi allons-nous rire ? »

 Je passerai sur le fait que cette « question » démontre à quel point le Cynico-fataliste de base n’est rien d’autre qu’un citoyen sans imagination embourbé dans une culture du je-parle-avant-de-réfléchir et je vais me contenter de donner aussi bien des outils que des idées pour démontrer à ce pauvre hère que si, même sans rire des opprimés, on peut encore s’amuser, rire et exprimer sa joie de vivre.

L’humour facile
Pour commencer, il faut noter que l’humour est un art qui n’est pas facile à maîtriser. Comme a pu le dire Desproges (encore lui !) : « Mais elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ! » Car oui, faire rire n’est pas facile, surtout si on se pique de le faire en professionnel. Amuser quelques copains est bien plus aisé que de faire rire un parterre d’inconnus prêts à vous mettre au tapis pour peu que votre humour ne les touche pas. Toutes les personnes qui ont un jour essayé de s’attirer les faveurs du public par l’humour le savent. Et c’est pourquoi, certaines personnes, cédant à la peur et à la facilité, vont décider de rester le cul au chaud dans des valeurs sûres, sans avoir à se mouiller.

Selon moi, il existe trois valeurs sûres en terme d’humour : le caca (et tout ce qui est très très sale d’un point de vue social ; ne niez pas, rien qu’en lisant le mot « caca » vous souriez), le sexe (et tous les tabous qui tournent autour) et ce qui n’est pas la « norme » (ou ces connards d’extrémistes qui veulent changer le monde et/ou sont trop différents de l’homme cishet blanc). Bref, comme je l’ai dit dans mon précédent article sur l’humour, on rit de ce qui dérange, de ce qui est différent et de ce qui est tabou. En règle générale, les mauvais humoristes en manque d’inspiration vont donc faire un gloubi-boulga de ces trois « valeurs sûres » de la manière la plus plate et la plus convenue possible. Combien d’humoristes masculins se sont déguisés en femmes pour faire rire, par exemple ? Parce que oui, convenons-en la féminité c’est tellement ridicule qu’il n’y a que les femmes (ces êtres soumis) pour bien la porter. Parmi ces trois valeurs sûres, certains humoristes ont su malgré tout tirer leur épingle du jeu en faisant passer un message plus profond à travers un écran de vulgarité volontairement outrancière. Je pense par exemple à Reiser et ses dessins humoristiques sur la sexualité au travers desquels il caricaturait une société pudibonde et hypocrite. (Cependant, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, Reiser aussi a eu son lot d’humour oppressif et n’était pas parfait à tous les niveaux.) Ici, la valeur sûre qui m’intéresse est la troisième. Ce qui n’est pas la norme. Il est extrêmement facile de faire rire un public avec quelques blagues sexistes, racistes, validistes ou transphobes (liste non exhaustive). On fait appel aux bas instincts de son public et on se pique de faire de l’humour anticonformiste, et paf, le tour est joué : sans s’assurer le panthéon, on se créé un noyau de fans.

J’insiste sur le fait que c’est à la portée de n’importe qui. Un peu d’aisance en matière de comédie, une blague sur les homos qui sont vraiment des pédales, et un peu de mauvaise foi (« je suis subversif moâ, madame ») et hop, c’est parti. C’est tellement courant que c’en est navrant : la majorité des web-humoristes, des nouveaux artistes de stand-up ou des chroniqueurs de radio le font. Et tous se targuent d’être anticonformistes. Si bien que leur prétendue subversivité en devient étrangement conforme. Parce que soyons honnêtes : ces « artistes » qui auront sombré dans l’oubli dans une dizaine d’années ont deux problèmes. Le premier (et le moins grave) c’est qu’ils ne renouvellent absolument pas leur art (l’humour) et que donc, ils ne lui apportent rien. Et le second c’est que dans l’espoir de gagner le plus rapidement possible la notoriété ils empruntent sans se poser de questions les sentiers battus les plus célèbres – y compris ceux qui sont problématiques – et passent là où leurs aînés sont déjà passés mille fois. Alors subversive leur intolérance ? Que nenni. On ne saurait faire plus conforme et plus facile, en réalité.


Rire de tout

Tous ces artistes qui s’insurgent quand on dénonce leur humour intolérant usent donc du prétexte « je veux rire de tout ». Me concernant, je trouve quand-même étrange que ces personnes souhaitant rire de tout se cantonnent uniquement à des sujets qui ont déjà été utilisés mille fois au lieu d’expérimenter et de créer du neuf. C’est pourtant simple, quand on y pense : pourquoi rire des trans quand vous pouvez rire des transphobes ? Pourquoi rire des Noirs quand vous pouvez rire des racistes ? Ces grands rigolos auraient-ils peur de se mettre la masse dominante à dos ? Pour des gens subversifs, ils font preuve de bien peu de courage.

Parce que soyons clairs, il est facile de rire des plus faibles, des plus moqués, des plus démunis. C’est enfantin : il n’y aura que peu de monde pour les défendre et beaucoup pour en rire. En revanche, rire de la majorité haineuse, celle qui a du pouvoir, celle qui peut vous faire taire si elle le souhaite pour pouvoir continuer d’utiliser le mot « pédé » comme insulte, de renvoyer les femmes à la cuisine et de traiter Taubira de singe, ça demande un peu plus de gonades. Rire en dénonçant les travers de la société plutôt que de les renforcer est tout un art complexe et qui n’est pas à la portée du premier venu (surtout si ce dit premier venu a la flemme de réfléchir). Parce que ça demande du talent, mais également de la réflexion, de l’introspection et de la culture. Pour faire de l’humour de haute volée, il faudra apprendre à faire autre chose que pointer du doigt des minorités en faisant la grimace d’un air entendu en se faisant lécher les bottes par un parterre de fans lobotomisés.

Selon moi, au même titre que tous les autres Arts, l’humour est un moyen de façonner le monde dans lequel on vit. Là encore, je l’avais dit dans mon précédent article sur le sujet, on rit de ce qui n’est pas la norme, donc on la définit. En riant de l’intolérance, en la présentant comme quelque chose d’anormal, vous redéfinissez la norme et ce, pour un monde de tolérance et de respect. D’ailleurs, notons que les artistes qui ont connu une postérité sont ceux qui se sont montrés avant-gardistes et qui ont contribué à révolutionner notre société, que ce soit d’un point de vu artistique, moral ou les deux. Les génies sont ceux qui ont su modifier les goûts du public et non pas ceux qui ont modifié leur art en fonction du public. Autrement dit, en encourageant une intolérance qui existe déjà, les artistes comiques n’encouragent aucune réflexion et donc aucun changement. C’est ce qui me fait dire qu’ils sont voués à l’oubli malgré le fait qu’en attendant, ils ralentissent les progrès sociaux en matière d’égalité.

Tous ces humours non-intolérants possibles
Nous en venons donc au nerf de la guerre : mais de quoi rire alors ? Quels types d’humour sont possibles si on doit arrêter de taper sur les femmes, les pédés et les Noirs ? Comment les manier sans tomber dans les bras menteurs de la facilité ? La liste des différents types d’humour est longue : humour par l’absurde, l’auto-dérision, le comique de situation, la création de personnages humoristiques, les jeux de mots, l’humour noir (le vrai), la satire (ou cynisme), le méta humour (l’humour sur l’humour), le comique d’observation, l’humour de référence, l’anti-joke etc. Analysons-en quelques uns pour que vous ne tombiez pas en panne sèche de blague, des fois que vous décidiez (ça va, on peut rêver) d’arrêter d’être des humoristes qui encouragent l’exclusion sociale des minorités.

Commençons par l’humour par l’absurde. Ce type d’humour fonctionne sur la base du décalage entre les attentes et les habitudes du public et la logique qui sera présentée lors du sketch ou de la blague. En règle générale, c’est amené à l’aide de syllogismes, c’est à dire une logique qui, mal utilisée, peut amener à des paradoxes ; paradoxes cependant non démontables si on a habilement amené le public à accepter la logique du syllogisme au préalable. Plus exactement, on entraîne le spectateur vers un raisonnement illogique en lui faisant admettre des choses qui lui paraîtront logiques. En le piégeant ainsi, on crée le décalage, la gêne et donc le rire.
Exemple d’humour absurde : Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare. Donc un cheval bon marché est cher.

Concernant l’auto-dérision, c’est une forme d’humour qu’il est facile d’utiliser de travers. En effet, le principe de l’auto-dérision est de se moquer de soi-même. L’exercice peut sembler cool et démontrer que la personne le pratiquant est parfaitement décomplexée, mais il faut mesurer à quel moment on rigole réellement de soi (uniquement) et à quel moment on implique d’autres personnes dans la moquerie. Par exemple, il y a une différence entre dire « aha, j’ai encore embouti la voiture, je sais vraiment pas conduire ! » et « aha j’ai encore embouti la voiture, les femmes savent vraiment pas conduire ! » Dans le premier cas, je me moque de moi. Dans le deuxième je me moque des femmes : ce n’est plus de l’auto-dérision, mais bien de l’humour intolérant qui vise à discréditer les femmes et leurs capacités à utiliser une voiture et ce de manière parfaitement arbitraire et injuste. Le fait que je sois une femme ne justifie en rien cette blague : ce n’est pas parce que je suis maladroite au volant que toutes les femmes le sont. L’auto-dérision, la vraie, est celle qui permet au spectateur de rire sans se sentir jugé même s’il se retrouve dans le ridicule de celui qui fait la blague. On s’accorde sur le fait que c’est ridicule mais que ce n’est finalement pas bien grave. Ici, le rire permet de dédramatiser et de prendre du recul sur la culpabilité que beaucoup de gens vont avoir face à l’échec. Si je rigole en disant que tous ceux qui ont le même genre / couleur de peau / orientation sexuelle sont ridicules, je suis dans le jugement et dans la moquerie intolérante. Ce n’est donc plus de l’auto-dérision et j’empêche une partie de mes spectateurs de dédramatiser une situation anodine parce que je les catalogue dans un stéréotype qui ne leur conviendra peut-être pas.
Exemple d’auto-dérision : Boulet et son blog BD dans lequel il se met souvent en scène, comme par exemple dans cette note.

Le comique de situation, c’est un peu l’une des plus vieilles formes d’humour. L’arroseur arrosé, tout ça, tout ça. En gros c’est l’effet comique produit par la situation d’un personnage dans l’histoire ou l’anecdote qui est racontée (surprises, rebondissements, coïncidences, retournements, quiproquos, etc). Le principe est donc de rire d’un personnage parce qu’il fait quelque chose de travers. Quel meilleur exemple à citer dans ce genre de cas que celui de Charlot ? Les Charlots sont remplis de comique de situation. Chaplin a créé un personnage dont on peut rire tout en passant des messages positifs. Les Lumières de la ville, film dans lequel Charlot vient en aide à une aveugle alors qu’il n’a pas un sou en poche, est sans doute l’un des meilleurs exemples. On rit, mais Chaplin passe également un message d’espoir et d’empathie. Malheureusement, tout comme l’auto-dérision, il est facile de se planter et de faire un comique de situation où, au lieu de rire d’un événement absurde, on va rire du personnage parce qu’il représente un cliché intolérant (sexiste, raciste etc). Il est donc important de garder à l’esprit que le comique de situation, comme son nom l’indique, doit amener à rire d’une situation, et non pas d’un stéréotype incarné par un personnage.
Exemple de comique de situation : Le dîner de con, film dans lequel on rit de quiproquos et de la cruauté d’un personnage qui se retourne contre lui.

La création de personnages humoristiques est un procédé très utilisé par les artistes de scène. C’est un moyen de créer un discours, un échange tout en étant seul durant la représentation. Le Blond de Gad Elmaleh est un bon exemple sans intolérance : c’est un personnage caricatural dans sa perfection qui réussit tout, même les choses les plus anodines (comme manger un sandwich sans que les tomates ne se fassent la malle) et qui sert à mettre en relief le côté humain de Gad Elmaleh dans un humour auto-dérisoire. Le Blond n’est pas un cliché puisqu’il ne fait référence à aucun type d’homme qui suscite le mépris, mais qui renvoie davantage à cette tendance que chacun possède à voir chez son voisin une personne qui réussit toujours mieux que soi. Avec ce personnage Gad Elmaleh dédramatise le manque de confiance en soi que beaucoup de spectateurs peuvent avoir en riant du fait que les petits échecs de la vie quotidienne ne sont pas dramatiques et même plutôt rigolos. À travers ce personnage, il arrive à faire rire de la jalousie qu’on peut ressentir et à la rendre moins difficile à vivre. Malheureusement, comme d’autres types d’humour, la création de personnages humoristiques peut vite tomber dans les clichés à partir du moment où on crée un personnage stéréotypé qui renvoie à une vérité biaisée. Ça peut être le personnage féminin égocentrique et coquet, le noir qui parle avec un accent très prononcé et ne comprend rien à la technologie, l’homosexuel efféminé, etc, etc. Toutes ces caricatures excluent parce qu’elles encouragent des clichés qui ne représentent que très peu de personnes concernées.
Exemple de création de personnages humoristiques : les persos de Salut les Geeks ! Le mafieux-pervers, le gamin pas sûr de lui, le panda, et le junkie.

Bien sûr, dans les différents types d’humour, il y a les jeux de mots. Avec celui-là, il est difficile de faire de l’humour intolérant, à moins de vraiment le vouloir (malheureusement, parfois certains le veulent vraiment). Faire des jeux de mots consiste à détourner le sens premier d’un terme, créant ainsi ce fameux décalage qui surprend et amène le rire. En règle générale, le jeu de mot à lui seul ne suffit pas, il faut également le placer au bon moment et avec la bonne tonalité. C’est ce qui fait qu’un tel verra sa blague qualifiée « d’humour de merde » quand un autre – usant du même calembour – fera rire l’assemblée du premier coup. Dans le genre maître des jeux de mots on ne peut pas ne pas citer Desproges (« car nos avis divergent, et dix verges c’est énorme pour un seul homme »). Il était capable de placer ses jeux de mots au milieu de ses discours avec un tel naturel que le décalage créé était toujours suffisamment important pour déclencher le rire. Parce que Desproges maniait la rhétorique avec brio et possédait suffisamment de vocabulaire pour se renouveler sans cesse, il lui était possible, en plus de faire d’autres types d’humour pendant ses sketchs, de placer des jeux de mots au moment où on s’y attend le moins. Bref, avec ce type d’humour, tout est question de dosage, de feeling et de timing.
Exemple de jeu de mots : « Rraquette avec deux r ? – Ouais ! – Ya qu’un r sur raquette. – Ya plusieurs nerfs sur une raquette, vous connaissez pas l’tennis ! » – François Pérusse

Dans le cas de l’humour noir, il s’agit de dire des choses volontairement horribles. Tellement horribles qu’elles vont mettre les spectateurs mal à l’aise et les faire rire (on rit de ce qui gêne, de ce qui n’est pas la norme, toussa). C’est ce qu’a fait Desproges avec son fameux « on me dit que des Juifs… ». Avec ce sketch, il est allé à l’encontre de ce qui était communément admis, à savoir que les juifs ont été victimes des nazis. En agissant ainsi, à l’inverse de Dieudonné qui se moque simplement des juifs, lui ne riait non pas des juifs mais des nazis et des néo-nazis (encore présents à l’époque et même aujourd’hui) et ce, en démontrant l’absurde du raisonnement qui est le leur (en le poussant éventuellement à l’extrême). Wikipédia parle d’ailleurs de ce type d’humour en ces termes : « L’humour noir est une forme d’humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l’absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelquefois une forme de défense. » Bref, il s’agit de s’amuser de l’horreur. Mais pour s’en amuser, encore faut-il qu’il soit communément admis par le public de ce qu’est l’horreur. Si je tente de faire de l’humour noir sur la transphobie alors que peu de gens y sont sensibilisés, j’ai toutes les chances du monde de simplement tomber dans l’humour transphobe. L’humour noir demande de prendre en compte les qualités morales du public, et c’est en ça qu’il est extrêmement difficile à maîtriser.
Exemple d’humour noir : « Tu aimes bien ta mère ? Alors reprends un bout. » – Pierre Doris
(Ici, le tabou et l’horreur utilisés sont le cannibalisme.)

La satire est une forme de (vrai) cynisme qui consiste à parodier une personne, un groupe ou un gouvernement afin de démontrer à quel point leur comportement est absurde, dans le but de provoquer un changement. En règle générale, ceux qui sont parodiés sont des personnalités puissantes et au pouvoir important qu’il soit politique, social ou économique. Le journal HaraKiri était, par exemple, un journal satirique qui dénonçait les inégalités sociales avec des phrases mordantes du type « si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le ». À l’instar de l’humour noir, c’est une forme d’humour complexe à maîtriser car elle demande une culture de la politique et du social certaine qui empêcherait de tomber dans les rumeurs infondées et les stéréotypes nauséabonds. En effet, tout comme le cynisme – tel que Diogène le concevait – était censé apprendre « l’humilité aux puissants », la satire est censée dénoncer les injustices et encourager le peuple à réclamer ce qui lui revient de droit. La satire peut employer divers procédés : la diminution de quelque chose en vue de le faire paraître ridicule, l’exagération afin de démontrer à quel point un comportement est grotesque (caricature), la juxtaposition de choses d’importance inégales (ce qui met l’ensemble à un niveau de moindre importance) et la parodie qui consiste à imiter un comportement dans le but de montrer à quel point il est ridicule.
Exemple de satire : Candide de Voltaire, qui parodie la société de l’époque et tous les conseils qui étaient donnés par l’autorité en place pour être quelqu’un de bon et de bien.

Le méta-humour, qu’on pourrait aussi appeler « humourception » est de l’humour… sur l’humour. Très rarement utilisé au quotidien parce que difficile à mettre en place, il consiste à faire une blague avec une blague à l’intérieur et se retrouve, en revanche, très fréquemment dans au cinéma ou dans les émissions de télé contemporaines comme The Daily Show. Il existe différentes façons de faire du méta-humour : soit on va rire des procédés humoristiques en les nommant exactement, soit on va faire une blague à partir d’une blague déjà rendue célèbre (comme celle de Paf le chien), soit faire une blague dans une blague, etc. Pas toujours du goût de tout le monde, ce type d’humour crée un décalage parce qu’on s’attend à rire et qu’en réalité, c’est davantage analytique que drôle.
Exemple de méta-humour : « Un Anglais, un Irlandais et un Écossais entrent dans un bar. Le patron du bar les regarde et dit : « Quoi ? C’est une blague ? » »

Le comique d’observation, lui, consiste à révéler le ridicule ou l’absurdité d’un élément anecdotique qui aurait échappé à la plupart des spectateurs s’il n’avait pas été mis en lumière. Le plus souvent utilisé par les artistes de scène, il permet de prendre du recul sur des événements auxquels on est habitués et de se rendre compte du point auquel ils sont étranges quand on les regarde d’un œil neuf. Commençant souvent par « vous avez remarqué que » il peut être très utile pour dénoncer les intolérances ordinaires et démontrer leur ridicule.
Exemple de comique d’observation : le sketch de Florence Foresti « cheffe d’entreprise ».

L’humour de référence est un type d’humour qu’on retrouve très souvent dans les webséries ou les films humoristiques familiaux. Comme son nom l’indique, il consiste à mettre une référence qui, bien souvent, n’a rien à voir avec le film, mais colle avec le sujet du moment. Ce type d’humour marche donc sur deux principes : le premier est de créer un décalage entre l’univers dans lequel le spectateur est plongé et celui qui « s’invite » un peu par surprise, et le second est de flatter le spectateur qui se sentira fier d’avoir reconnu la référence (surtout si cette dernière est un clin d’œil à des gens particulièrement initiés). Un film qui joue très souvent sur cette ficelle est « Astérix et Obélix mission Cléopâtre » dans lequel on retrouve aussi bien des références à Star Wars qu’à des publicités des années 90.
Exemple d’humour de référence : les films Disney et Pixar qui font des clins d’œil à des productions antérieures du studio ou encore les films Hitchcock dans lesquels il apparaît systématiquement l’espace de quelques secondes en figurant (dans Les Oiseaux, l’homme qui sort de l’animalerie avec un lévrier en laisse).

Enfin, l’anti-joke consiste à faire de l’humour qui n’en est pas. Un peu dans la même veine que le méta humour, l’anti-joke table sur le fait qu’on s’attende à quelque chose de drôle pour créer le décalage et faire rire. Il s’agit de reprendre des formats d’humour ou de blague classique et de les terminer par une chute logique et descriptive à la place d’une fin absurde.
Exemple d’anti-joke : Qu’est-ce qui est petit et vert ? Au vu de la diversité dans l’univers, beaucoup de choses.

Voilà donc une longue liste pleine de formes d’humour possibles et non-intolérantes. Tu vois, cher lecteur qui veux rire de tout, que ce n’était pas si compliqué. Et encore, je suis certaine que si tu cherches davantage, tu peux en trouver bien d’autres. Qui sait, tu pourrais peut-être même en inventer un jour, si ça se trouve ? J’ai confiance en toi.

En conclusion
Ai-je besoin de préciser que, finalement, ces gens qui chouinent qu’on ne peut plus rire de rien quand on leur fait remarquer que leur humour est oppressif sont soit des personnes à l’imagination très limitée, soit des paresseux égoïstes qui n’ont pas envie de faire d’efforts pour faciliter la vie de leur prochain ? L’humour est riche. L’humour est vaste. Pourquoi se cantonner à quelques blagues intolérantes quand il est possible d’explorer et de révolutionner toujours un peu plus le genre ? Alors, soyez gentils, faites preuve d’imagination. Et arrêtez de vous faire passer pour plus bêtes que vous ne l’êtes, je sais que vous êtes capable de reconnaître les blagues intolérantes.

Ils ont écrit sur l’humour
Une Heure de Peine – L’humour est une chose trop sérieuse… [x]
Une Heure de Peine – …pour être laissée à des rigolos. [x]
Une Heure de Peine – L’impolitesse du désespoir [x]
Une Heure de Peine – Critique de la culture du troll [x] [x]
Une Heure de Peine – Apologie de l’humour [x]
Une Heure de Peine – Assumer son humour à la con [x]
As Clemmie Wonder – Peut-on faire des blagues […] sans être un gros con ? [x]
Je suis féministe – Oh ça va… C’est pour rire ! [x]
Mauve Veillance – L’humour à propos des minorités sexuelles sans insulter [x]
Les notes de Florent Verschelde – Ceci n’est pas du second degré [x]
Les notes de Florent Verschelde – Pure provocation [x]
A Contrario – Desproges et Coluche : Stop à l’instrumentalisation […] [x]
Une sourde – Cher connard cynique [x]
Commando Culotte – Pourquoi dire […] fait de vous une/e idiot/e ? [x]
Le rire. Essai sur la signification du comique, par Henri Bergson : [x]
Les sentiers d’Isatis – Sortir de sa boîte [x]

C’est pas de l’humour intolérant !
(À noter que certaines des personnes citées ont eu des comportements problématiques dans leur humour (ou ailleurs) mais que les liens donnés avec leur travail sont, eux, dépourvus d’humour intolérant, preuve que c’est possible, même si ce n’est malheureusement pas un systématisme pour chacun.)
Tina FeyGeorges CarlinBouletAamer RahmanChaFlorence ForestiLes InconnusLouis CKSinfestOglafLes céréales du dimanche matinPlated JeansSalut les GeeksUsulDesprogesColucheInsolente VeggieGad ElmalehHari KondobaluAlexandre AstierSuricateWanda SykesChescaleighGo get a roomieFrançois Pérusse [etc].

Merci à tous mes followers pour les liens, les idées, les références et tout et tout. Merci à Ali B. Cannard pour ses conseils sur les différents types d’humour. Et merci à Aries et Stéphanie pour la relecture et les critiques.

Égalitariste

Cher Nice Guy

Dans le féminisme, on parle beaucoup de toi, ami Nice Guy. Et on s’impatiente vite, face aux raccourcis que tu peux faire au sujet des femmes. On a peur de la haine que tu développes à notre égard, et on dénonce sans cesse tes agissements et les stéréotypes que tu entretiens au sujet de la gente féminine. Aujourd’hui, jour faste, je suis paix et amour, même pour toi, et j’ai donc décidé non seulement d’essayer de te comprendre, mais en plus de te donner des conseils, car je sais que ta manière de vivre et de répondre à la souffrance n’est pas la meilleure.

J’appelle ici Nice Guy, cet homme en constante insécurité qui rêve d’une relation, souvent avec une femme, et qui ne la trouve pas. Cet homme qui se montre gentil, attentionné, à l’écoute, et qui malgré tous ses bons et loyaux services à la gente féminine, ne trouve pas chaussure à son pied. J’appelle Nice Guy tous ces hommes qui se sont tournés vers les PUA (1), persuadés qu’ils étaient que finalement, la gentillesse envers les femmes n’était que stupidité (puisqu’elles préfèrent les connards, ces salopes) et qu’il fallait les manipuler pour recevoir de l’attention, de l’amour et du sexe. J’appelle Nice Guy ces hommes qui finalement, en sont venus à haïr les femmes parce qu’ils sont malheureux et ont décidé qu’elles en étaient la cause, sombrant ainsi dans une misogynie crasse qui non-seulement les empêche d’atteindre toute forme de bonheur, mais en plus les pousse à se montrer irrespectueux et haineux d’un genre dans tout son ensemble et toute sa pluralité.

À ces hommes, j’aimerais parler des choses que j’ai apprises au sujet des relations humaines. Parce que je sais qu’ils sont malheureux et que leur malheur engendre un autre type de souffrance : celui des femmes victimes de la misogynie et de tout ce qui en découle.

Bien entendu, ce que je vais écrire peut aussi servir aux femmes à bien des égards, mais ce coup-ci, j’ai décidé de m’intéresser à la raison qui pousse les hommes dans les bras menteurs de la haine du féminin.

L’amour de l’Autre comme bonheur
Tout commence avec une croyance populaire très répandue, jamais nommée et pourtant on ne peut plus erronée : l’idée selon laquelle pour atteindre le Bonheur avec un grand «B », il faut être Aimé avec un grand « A ». D’abord par ce que les gens appellent communément votre Moitié (que nous devons impérativement trouver sous peine de mourir seul/es mangé/es par nos chats) et ensuite par un maximum de gens possible. Notre valeur se mesurerait en nombre de personnes qui nous apprécient, voire nous admirent et nous envient. C’est, entre autres, la raison pour laquelle la vie de star fait rêver : quoi de plus génial qu’une vie de célébrité ayant d’innombrables fans, quand on a grandit dans une société qui nous laisse entendre que pour être « quelqu’un » il faut être admiré et envié ? Pourtant, un schisme perdure, rarement soulevé : si la vie de célébrité est réellement la panacée comme on essaye de nous le faire croire, pourquoi lesdites célébrités qui peuplent nos écrans et nos journaux n’ont pas l’air heureux ? Pourquoi tant de drogué/e/s, d’alcooliques, d’anorexiques et de suicides parmi des gens aimés par des milliers de personnes ?

La réponse est simple : c’est parce que le bonheur ne vient pas des autres. Il vient de soi. Et pour être heureux, il suffit d’apprendre à s’aimer. J’y reviendrai.

Toujours est-il que la société, les médias, les histoires, tout est peuplé de ce cliché qui voudrait « qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il n’y a pas de « il/elle vécut seul/e et heureux/se », jamais : ça n’existe pas. Dans les fictions, tout solitaire cache une blessure qu’il attend de voir soignée par sa possible future moitié. On y croit tellement à ce mensonge, et ça nous fait tellement rêver, que même pour vendre des produits qui n’ont peu ou rien à voir avec la séduction, les pubs mettent en avant des couples sulfureux et sensuels. Pour appâter le client, les commerciaux associent réussite en amour avec tout et n’importe quoi : voitures, café, glaces, chaussures et j’en passe.

Le problème dans tout ça vient donc de deux choses. Comme je viens de l’expliquer, ça vient d’abord du fait qu’on fasse croire à tout un chacun que le Bonheur viendra d’autrui. Mais pour que ce mensonge fonctionne, il faut qu’une autre condition soit remplie : que les gens se détestent. Et c’est ce que toute notre éducation nous apprend au jour le jour : dès notre plus tendre enfance, on est mis en concurrence avec les autres, en nous inculquant qu’il faut être le ou la meilleur/e sous peine d’être une merde. Et comme on trouve toujours meilleur que soi, on peut toujours se comparer à quelqu’un et donc se reprocher de ne pas être assez bien. Parce que la perfection vendue par la société est inatteignable (celle dans laquelle vous avez un super emploi avec une super maison, un conjoint du sexe opposé (oui parce que les homos cey le mal), trois enfants, un chien, une belle voiture et un jardin, une santé d’enfer malgré le fait que vous travailliez énormément et une vie relationnelle épanouie alors que vous avez tout juste le temps de vous occuper de vos gosses).

Ainsi, les gens se méprisent et se haïssent parce qu’ils n’arrivent pas à atteindre cette perfection vendue, parce que le voisin a l’air de tout faire tellement mieux, parce qu’on leur fait croire qu’ils doivent tout savoir faire, alors que bien évidemment, c’est impossible. Comme ils se méprisent, ils sont malheureux, on leur fait donc croire qu’autrui apportera le bonheur manquant. Mais pour avoir la compagnie d’autrui, il faut la mériter, et pour ça, il te faudra acheter ci, et ça. Etc. La boucle est bouclée, et la ronde de souffrance ne s’arrête plus.

L’amour de l’Autre comme une drogue
Donc, le problème, avec notre société, c’est qu’elle se borne à nous faire croire que sans être aimé par les Autres, on ne peut pas être heureux, mais qu’en plus, l’amour des autres se mérite. Si tu veux être aimé il faudra que tu sois plus ceci, moins cela. Il ne faudra surtout pas que tu sois toi-même (et puis quoi encore?) Tiens achète une voiture, une maison, des vêtements, fais des cadeaux coûteux, etc, etc. Notre monde consumériste veut que tu sois persuadé que tu n’es jamais assez bien pour tes pairs, car ainsi il peut te vendre des quantités de choses pour t’aider à parvenir à un idéal inatteignable. Le pire, c’est que ce n’est pas fait sciemment par les gens qui créent les médias et les publicités. Ils se contentent de reproduire un schéma qu’ils connaissent et qui fonctionne d’un point de vue commercial, sans même penser au fait que c’est un mensonge et au fait que ça engendre tant de souffrances.

En attendant, c’est comme ça que les relations inter-dépendantes sont possibles : comme on n’est plus capables de s’aimer soi-même, on attend des autres de recevoir de l’amour -parce que tout être humain en a besoin-, comme un mort de faim attendrait qu’on le nourrisse parce qu’il n’a plus la force de le faire lui-même. Et finalement on se transforme en drogués en manque de cam : les autres sont nos dealers, et si le manque se fait trop sentir, la souffrance pousse à la haine et à la violence (qu’elle soit physique, mentale ou verbale). Tout comme un/e héroïnomane en manque de sa dose sera prêt/e/s à faire beaucoup de choses pour l’avoir, ceux qui manquent d’amour parce qu’incapables de le trouver en eux-mêmes vont essayer de trouver une raison, un coupable qui expliquera leur mal-être.

Pour les hommes dont j’ai parlé plus haut, les Nice Guy, les coupables sont toutes trouvées : ce sont celles qui leur refusent leur « dose ». Couplé à une éducation sexiste qui prétend que les femmes seraient toutes pareilles, ça donne le fameux « toutes des salopes (sauf maman) ». En outre, depuis leur plus tendre enfance, on a appris aux hommes qu’action = récompense. Tu sauves la princesse, tu peux la baiser, tu payes le resto, tu peux la baiser etc etc. C’est ce que nous apprennent les médias. Il y aurait des « techniques » pour pécho, comme si toutes les femmes fonctionnaient de la même manière et qu’il suffisait d’avoir cette fameuse formule secrète et mystérieuse pour toutes se les faire. Finalement, les femmes sont vues comme des machines dans lesquelles on mettrait des jetons « Gentillesse » jusqu’à ce que du sexe finisse par tomber. Sauf que cette technique qui est vendue comme LA solution pour avoir des relations sexuelles ne marche pas toujours (et c’est même problématique si une femme couche avec vous juste parce qu’elle vous trouve gentil). Et des frustrations et incompréhensions se mettent en place.

Pour reprendre la métaphore du drogué, c’est un peu comme si je disais à un héroïnomane qu’il aurait sa cam s’il me donnait de la thune et qu’une fois les billets en poche je me barrais sans rien lui filer. Le truc, c’est que contrairement à l’Héroïne, l’amour et le sexe ne sont pas des choses qui se donnent et s’échangent comme des objets ou des services sous contrat, si la personne n’a pas explicitement précisé qu’elle était là pour ça (auquel cas, vous avez en face de vous un/e Travailleur/se du Sexe et c’est un tout autre sujet). Que ce soit contre de l’argent ou contre de la gentillesse, une femme ne donnera pas de l’affection ou du sexe parce que (outre situation explicite ou les deux parties se sont mises d’accord) ces choses ne se troquent ni ne s’échangent pour peu qu’on prenne en compte le désir et le consentement de la personne. C’est quelque chose qu’on donne et qu’on reçoit de manière inconditionnelle. Mais pour ça, encore faut-il ne pas en avoir besoin. D’où l’importance d’être capable de s’aimer soi-même avec bienveillance et respect.

La Femme comme Entité détestable
Les femmes sont donc mises dans le même panier, et c’est la raison pour laquelle un Nice Guy aura deux réactions possibles en face du manque d’amour. Soit il va tenter différentes techniques absurdes apprises sur des sites de PUA pour séduire, soit il va accuser les femmes d’être des allumeuses et des profiteuses. Soit un cocktail des deux. La colère, la frustration, l’impression d’être un perdant (parce qu’un homme qui ne sait pas séduire est un perdant au regard de la société) sont issus en fait de cette non-capacité à s’aimer et à se sentir bien que ce soit seul ou accompagné. J’aimerais donc, avant d’expliquer pourquoi il est important de s’aimer et comment y parvenir, revenir sur ces croyances misogynes au sujet des femmes.

Il est important de garder à l’esprit que toutes les femmes sont différentes. Notre féminité ne fait pas de nous des robots fonctionnant de la même manière. Je suis une femme et je ne me trouve aucun point commun avec Marine Le Pen ou Lady Gaga en dehors du fait que nous parlons de nous au féminin. Les femmes ont des goûts, des préférences et des attentes qui varient d’une personne à une autre, exactement comme les hommes. Si Nicolas plaît à ma super pote, ça ne veut pas dire qu’il me plaira à moi. Et s’il me plaît, il est possible que ce ne soit pas pour les mêmes raisons. Ou alors, en admettant que je ne sois pas attirée par Nicolas, ça ne fait pas de lui une sous-merde incompétente en matière de drague : ça veut simplement dire qu’il ne correspond pas aux critères que je recherche. Fin de l’histoire. Nicolas se trouvera quelqu’un d’autre s’il le souhaite et tout ira bien. C’est un peu comme les préférences en matière de nourriture : si je préfère les bananes aux poires, ça ne veut pas dire que les poires ne sont pas bonnes. Il s’agit simplement de mes préférences.

Il existe des femmes qui préfèrent les femmes (les lesbiennes), des femmes qui ne sont pas intéressées par le sexe (les asexuelles(2)), des femmes qui ne se contentent pas d’un seul partenaire, des femmes qui aiment les deux Genres, des femmes qui préfèrent les relations exclusives, des femmes qui se fichent des relations et rêvent plutôt de voyages, des femmes qui aiment les hommes introvertis, d’autres les hommes efféminés ou à l’inverse les très virils… Tout ça est une affaire de goûts, de feeling et de réciprocité. Tout comme il y a des gens que vous ne trouvez pas intéressants comme amis, les femmes peuvent ne pas vous trouver intéressant comme amant potentiel. Ça ne remet pas en cause votre valeur. Ça ne veut pas dire que vous n’êtes pas digne d’être aimé.

Apprendre à s’aimer
Parce qu’en fait, tout un chacun est digne d’être aimé. Et la première personne que vous devez en persuader, c’est vous-même. Vous pouvez être aimé par la planète entière, si vous vous détestez, ça ne sert à rien : vous ne serez jamais heureux. Alors oui, je sais, ça fait très leçon hippie de dire ça, et beaucoup aiment tourner ce type d’enseignement en dérision, mais les faits sont là : plus on s’aime, plus on se respecte, et plus on est heureux. Nombre de gens en attestent, il suffit d’écouter leur voix qui ne s’élève pas plus haut qu’il ne le faut. Si vous vous aimez, vous n’aurez pas besoin de l’amour des autres, ce ne sera plus une dépendance, simplement des expériences agréables à ajouter à votre parcours de vie. Il existe des tas d’expériences plaisantes à faire au cours de notre existence, et on ne peut pas toutes les faire. Pourquoi l’amour des autres serait obligatoire ? Pourquoi ne pas se contenter des relations qui viennent (car elles viennent forcément) et accepter d’autrui rien de plus que ce qu’il peut vous apporter ? Exiger de l’amour, dans une forme bien spécifique, quand la personne en face n’est pas capable de vous en apporter sous cette forme-là, c’est un peu comme demander à une personne qui ne sait pas dessiner de faire de vous un portrait réaliste : en essayant, la personne se sentira nulle parce qu’incapable de combler vos attentes, et vous, vous serez frustré parce que vous n’aurez pas ce que vous attendiez (alors que vous êtes capable de vous le fournir vous-même).

Alors la question, maintenant, c’est comment s’aimer ? C’est tellement simple que c’en est à pleurer : il n’y a nul besoin de gravir des montagnes, de décrocher un job après 20 ans d’études, de devenir riche, célèbre… Ça s’apprend, c’est tout. Il faut d’abord réussir à reconnaître le Juge qui se trouve en chacun de nous, et à se persuader que c’est un menteur. Pour le Juge, vous ne faites jamais assez bien, vous êtes détestable, pathétique, haïssable et un continuel perdant. C’est celui qui vous dit « oui mais… » quand vous êtes heureux ou satisfait de vous-même. C’est lui qui vous rappelle vos échecs à n’importe quel instant de la journée, parfois sans prévenir, vous donnant subitement envie de vous taper la tête contre les murs. Reconnaître ce Juge nécessite d’apprendre à surveiller ses pensées, à les reconnaître et à ne pas laisser un flot continu d’idées qui fusent en vous comme des flash. Intercepter ces flash, les reconnaître eux et leurs mécanismes, trouver à quelles peurs ils appartiennent permet de reconnaître votre Juge et de contrer sa malveillance.

En arrêtant le Juge, vous aurez la capacité de commencer à vous parler à vous-même avec bienveillance. Comme si vous parliez à un ami proche, à un jeune frère, bref à une personne que vous aimez fort. Apprendre à vous traiter avec bienveillance, à ne pas vous culpabiliser pour vos échecs, à vous encourager face à vos difficultés permettra d’aller doucement, mais sûrement vers un amour de soi qui n’a rien à voir avec l’orgueil ou la suffisance, mais qui est simplement le respect de soi.

Et pour apprendre à faire tout ça, il faut simplement du temps, de la compassion pour soi, un peu d’introspection et beaucoup de patience. Autant de choses qui ne s’achètent pas, ne s’échangent pas, ne se troquent pas et ne se volent pas. Ça s’apprend, tout simplement et n’importe qui peut le faire : ça ne demande pas de technique particulière ni de prédisposition. Il faut simplement accepter l’idée que nous sommes déjà complets et que l’amour qu’on peut recevoir, qu’il vienne d’amis, d’amants, de parents ou que sais-je encore, n’est jamais qu’un plus, un moyen agréable d’accompagner sa vie, comme le chocolat qu’on prend en fin de repas « juste par gourmandise ».

(1) PUA, ou Pick Up Artist désigne les « artistes de la drague » du genre Guillaume Pley. Ce sont des hommes dans la majorité des cas qui enseignent ou échangent des techniques de drague pour « choper » les femmes. Ces techniques sont parfois très limites et plus que de la séduction, proposent des moyens de déstabiliser les femmes pour mieux passer outre leur consentement. Bref, ça flirte pas mal avec la culture du viol.

(2) Pour en savoir plus sur l’asexualité : [x]

Cet article a été écrit après la lecture très édifiante de ce livre : The Mastery of Love (oui c’est en anglais, mais je vous assure, il est facile). Il n’est pas parfait, mais il reste intéressant à potasser. Sinon, un grand merci à RedAlert, Eliwyel, Prose et Mélange-Instable pour leurs conseils, leur relecture et leur opinion.

Pour aller plus loin
Les aventures de Poire : [x] [x] [x]
Les mythes sur le viol : [x]
De l’amour de soi et des autres : [x]


Égalitariste

Comment devenir végétarien ?

Ces derniers temps, je parle beaucoup de végétarisme, que ce soit sur mon tumblr ou sur twitter. Et du coup, je reçois pas mal de questions de personnes qui s’intéressent à ce régime alimentaire et, plus largement, à la cause anti-spéciste. Je trouve ça vraiment chouette de constater que les gens qui me suivent ne se contentent pas de prendre des morceaux de mes combats et d’ignorer ceux qui ne les intéressent pas. Aussi, j’ai décidé de vous faire un petit mode d’emploi pour ceux qui souhaitent passer le cap.

Comme cet article s’adresse aux néophytes, il va de soi que je parlerai ici uniquement de végétarisme. Tout simplement parce que si je suis personnellement convaincue que l’aboutissement de la logique anti-spéciste est le véganisme et que je fais de mon mieux pour tendre vers cette philosophie, je ne pense pas qu’on puisse aisément passer du régime carniste à celui du régime végane en un claquement de doigts. Tout ça demande des efforts et un investissement certain. Non pas financier, contrairement à ce que beaucoup peuvent croire, mais plutôt d’énergie et de temps.

Avant de commencer, comme je sais que beaucoup de gens ne sont pas au fait du vocabulaire en rapport avec la cause animale, quelques petites définitions pour que vous ne soyez pas perdus dans cet article.
Carnisme : Comme Wikipédia donne une parfaite définition, je me contente d’un copié collé : Le carnisme est un système de croyance, ou idéologie, selon laquelle il est considéré comme éthique de consommer certains animaux. Le carnisme s’oppose essentiellement au végétarisme ou au véganisme. Le terme carnisme a été défini en 2001 par la psychologue sociale Melanie Joy. Selon Dr Joy, c’est parce que le carnisme est une idéologie violente et dominante qu’il est resté anonyme et invisible, et de ce fait, manger de la viande est considéré comme une évidence plutôt que comme un choix. Or lorsque manger de la viande n’est pas une nécessité pour sa propre survie, cela devient un choix, et les choix proviennent toujours de convictions.
Flexitarien : Personne adoptant le régime alimentaire végétarien, mais seulement à la maison (n’achète donc ni viande ni poisson). Le principe, c’est qu’on s’autorise des écarts en société (restaurants, familles, amis) quand ça devient trop compliqué de manger sans viande à X ou Y endroit. Beaucoup voient là un passage étape pour devenir végétarien.
Pesco-végétarien : Personne qui ne mange pas de viande, mais accepte de manger du poisson. C’est un principe typiquement français qui est très controversé dans la communauté anti-spéciste. En gros : pourquoi arrêter de manger des animaux à part le poisson ? Qu’est-ce que cet animal à de moins que les autres ?
Végétarien : Personne qui ne mange pas d’animaux. Donc pas de viande, pas de poisson, pas de fruits de mer et pas d’insectes.
Végétalien : Personne qui ne mange pas de produits issus des animaux. Donc, en gros, ne mange pas leur chair, leurs œufs, leur lait ou leur miel.
Végane / Vegan : Végétalien qui étend son mode de consommation à tous les produits de la vie courante. N’achète donc pas de laine, de cuir, de fourrure, de produits testés sur les animaux, etc.
Spécisme : Tout comme selon le racisme tous les êtres humains ne se valent pas, le spécisme est une forme d’intolérance selon laquelle les différentes espèces animales n’ont pas la même valeur. Généralement, l’échelle de valeur dans les tête des spécistes  peut se résumer comme suit : humains > animaux de compagnie (chiens, chats, rongeurs, chevaux) > animaux comestibles et/ou « utiles » (cochons, vaches, moutons, poulets) > autres animaux > animaux dit nuisibles (insectes).

Maintenant que vous avez le vocabulaire en main, quelques précisions : je me base sur ma seule et unique expérience pour vous donner ces conseils. C’est-à-dire que je fais la synthèse de ce que j’ai pu vivre depuis que je suis végétarienne et de ce que j’ai pu entendre autour de moi, que ce soit venant de proches ou d’articles (pro ou pas). Je ne dis pas que ces « techniques » vont nécessairement fonctionner pour vous, ce ne sont jamais que des conseils. Si vous êtes intéressés par la cause anti-spéciste et par le régime végétarien, il faudra aussi que vous fassiez vos propres recherches et expériences.

Se convaincre du bienfondé de son régime alimentaire
La première chose à faire quand on veut passer le cap du régime végétarien, c’est d’être intimement convaincu que vous faites le bon choix. Peu importe ce que les autres pensent, disent ou font, c’est votre conviction à vous qui va vous aider à ne pas céder aux diverses tentations dans un premier temps. Je sais que ça paraît paradoxal, étant donné que le régime végétarien a normalement une vocation altruiste, mais pour commencer, il faut que ce changement vous le fassiez pour vous en priorité. Plus vous aurez de bonnes raisons d’abandonner la viande et le poisson, moins vous regretterez votre choix et moins vous aurez de chance de craquer, même dans les périodes difficiles. Pour vous aider à trouver de bonnes raisons au végétarisme, voici une liste de ses bienfaits, liens à l’appui.

– Un plus grand respect des animaux.
Si vous pensez aimer un tant soit peu les animaux, le végétarisme est un excellent moyen de montrer cet amour et de ne pas se sentir en contradiction avec soi-même. Disons plus exactement que votre volonté de protéger les animaux et de les respecter passe par cette chose toute simple : ne pas les tuer pour les manger. Être végétarien, c’est montrer et crier au monde que vous n’acceptez pas qu’on enferme, tue et torture des êtres sensibles pour le simple plaisir gustatif d’une minorité privilégiée. Pour rappel, la majeure partie des animaux destinés à la consommation humaine sont cruellement traités, battus, enfermés dans des cages minuscules. Beaucoup meurent de maladie, d’étouffement, ou autre avant même de voir l’abattoir tant les conditions de vie sont abominables. L’abattoir, lui, est une véritable horreur, que ce soit pour les animaux bio ou pas. L’abattage se faisant à la chaîne, beaucoup d’animaux ne sont pas assommés correctement avant d’être égorgés ; et parfois même, pas égorgés correctement avant d’être plumés, découpés, écorchés, etc. Autrement dit, on peut considérer qu’une part des animaux qu’on mange (bio ou pas, j’insiste : les animaux « bios » sont mis à mort de la même manière que les non-bios, c’est simplement au niveau de l’élevage que ça diffère et moins qu’on le croit, malheureusement), sont écorchés alors qu’ils sont encore vifs. Tous ces animaux sont dépourvus de membres « problématiques » comme leur bec, leurs cornes, leur queue ou leur testicules et quand on les leur coupe, c’est toujours sans anesthésie. Enfin, quand les animaux sont acheminés aux abattoirs, c’est également dans des conditions inhumaines, et beaucoup meurent pendant le trajet.
Pour plus d’informations à ce sujet :
One Voice – L’abattage conventionnel
[x]
Un Monde Vegan – élevage industriel, le cauchemar [x]
Un Monde Vegan – Les élevages bio et/ou en plein air
[x]

– Un plus grand respect de l’environnement.
Pour élever des animaux qui vont être transformés en viande, il faut les nourrir, les abreuver, les « loger » et les transporter. Et ça pose un certain nombre de problèmes. Le premier, c’est qu’avec la hausse constante de demande de viande, on a besoin d’avoir de plus en plus de bétail. Et donc, il prend de la place.  En fait, selon la FAO, les pâturages couvrent actuellement 3,38 milliards d’hectares (26 % des terres de la planète, sans compter les pôles) tandis que les cultures occupent 1,53 milliard d’hectares (12 %). (1) Autant d’espace qui sont occupés par des animaux dont la digestion émet beaucoup de méthane, un gaz à effet de serre (d’après un rapport de la FAO, l’élevage représente 18 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre). (2) Deuxième problème : l’élevage est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau à cause des déjections animales et des antibiotiques et hormones qu’elles contiennent. En outre, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides utilisés pour les cultures fouragères participent également énormément à la pollution des eaux. (3) Troisième problème, ces animaux, il faut les nourrir et les abreuver. Notons qu’un tiers des terres arables est consacré à l’alimentation du bétail.  (4) Les problèmes que ça pose ? Comme on les nourrit avec des céréales (souvent OGM), on a toujours besoin de plus d’espace pour le cultiver. Or la culture de céréales est l’une des causes majeures de la déforestation. (5) Pour finir, cette nourriture qu’on apporte aux animaux doit être transportée et elle vient souvent de loin. Ajouté à ça que les animaux eux-mêmes, vivants puis en morceaux doivent être acheminés de l’endroit où ils sont élevés à l’abattoir puis au supermarché. L’impact carbone est donc considérablement plus élevé pour la viande que pour les végétaux.
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(2) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage et émissions de gaz à effet de serre » : [x]
(3) Manger autant de viande est une aberration – « Les conséquences environnementales de l’élevage intensif » : [x]
(4) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(5) Un monde végane – déforestation
[x]

– Un plus grand respect de l’humanité.
Manger de la viande est un privilège. Un privilège de riche vivant dans un pays riche : dans les pays développés privilégiés, la consommation est supérieure à 200 g par jour (et par personne) alors que dans les pays en développement elle est de 47 g. (1) Toute la nourriture et l’eau qui a été donnée à l’animal qui a permis de faire la viande que vous mangez aurait pu servir à nourrir des populations entières qui sont aujourd’hui affamées et/ou assoiffées. En effet, 60 % des céréales produites dans le monde sont consommées par les animaux. (2) Pour vous donner une idée en chiffres, il faut 15500L d’eau pour produire 1kg de bœuf contre 1300L d’eau pour produire 1kg de céréales. (3) En somme, les pays privilégiés (ceux qu’on appelle les pays « développés », donc) pompent 56% des ressourcent alimentaires alors qu’ils ne représentent que 26% de la population mondiale. Et c’est en grande partie à cause de la consommation de viande.
Notons également que la production en masse de viande pousse les industriels à créer des fermes toujours plus insalubres et donc, porteuses d’énormément de maladies. En fait, les systèmes modernes d’élevage sont des incubateurs à virus (listeria monocytogènes, salmonelles, campylobacters, E. coli, et autres promoteurs de « grippes » en tout genre). Comme l’indique un rapport de la FAO : « il n’est pas surprenant que les trois-quarts des nouveaux pathogènes ayant affecté les humains dans les dix dernières années proviennent des animaux ou des produits animaux ». Moins d’élevages permettrait donc d’éviter beaucoup de maladies et, par extension, tous les problèmes que ça pose aux humains. (4) Pour finir, si vous vous souciez des humains, sachez que travailler dans un abattoir est quelque chose de très difficile psychologiquement à tel point qu’en France, une loi stipule que les « bourreau » doivent tourner régulièrement. (5)
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) Manger autant de viande est une aberration – Introduction :
[x]
(2) Comment nourrir 9 milliards d’humains sans détruire la planète ? – « Privilégier la consommation humaine dirècte » :
[x]
(3) Manger autant de viande est une aberration – « Les conséquences environnementales de l’élevage intensif » :
[x]
(4) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage, viande et santé humaine » :
[x]
(5) Cahiers anti-spécistes – « dans le crâne d’un tueur » :
[x]

– Un plus grand respect de soi.
Pour des tas de raisons, la viande est mauvaise pour la santé. Elle favorise des maladies comme certains cancers (du colon), l’ostéoporose, les AVC, le diabète, l’obésité, l’arthrose, etc etc. (1) Très difficile à évacuer pour le système digestif, elle demande beaucoup plus d’énergie à la digestion et donc, favorise la fatigue, le stress et l’anxiété. La plupart des viandes que vous mangez sont, en plus, issues d’animaux gavés d’antibiotiques, d’OGM et d’hormones que vous ingérez donc également en mangeant leur chair (mais aussi leur lait et leurs œufs). En fait, il est important de comprendre que l’idée selon laquelle on a besoin de viande pour être en bonne santé est une idée reçue très encouragée par le lobby de la viande. De nombreuses études (que j’ai mis en lien sous ce paragraphe) démontrent que non seulement nous n’avons pas besoin de manger des animaux pour vivre, mais qu’en plus elle cause davantage de dégâts pour la santé qu’autre chose. D’ailleurs, la position conjointe des diététiciens américains et canadiens, émise en 2003, a formulé un bon résumé de cette réalité. Ces deux organisations, qui regroupent 70 000 diététiciens, ont endossé le fait que « les régimes végétariens (y compris le végétalisme) menés de façon appropriée, sont bons pour la santé, adéquats sur le plan nutritionnel et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies ». Cette position de l’Association américaine de diététique a été réaffir
mée en 2009.
(2)
Pour plus d’informations à ce sujet :
(1) One Voice – Viande et santé, attention danger :
[x]
(2) Manger autant de viande est une aberration – « Élevage, viande et santé humaine » :
[x]
L’Humain, omnivore ou végétarien de nature ?
[x]
Rapport Campbell – les 8 principes issus de 40 ans d’étude : [x]

Procéder par étapes
Une fois que vous avez fait suffisamment de recherches sur les raisons qui font que vous vous intéressez au végétarisme et sur ce qui fait que selon vous c’est un choix éclairé et nécessaire, il va falloir apprendre à vous écouter. En premier lieu, si vous êtes le genre de personne à appréhender les légumes comme un simple accompagnement de la viande (c’était mon cas), vous allez devoir apprendre à redécouvrir les végétaux. Par exemple, en devenant végétarienne, personnellement, j’ai découvert que j’adorais le riz. J’en mange à presque tous les repas, dans toutes les alternatives possibles : riz complet, riz aux lentilles, riz pilaf, riz en salade, soupe de riz, riz gluant etc, etc. Redécouvrir les légumes, c’est aussi redécouvrir leur saveur. Pour ça, un bon moyen est de manger cru. Là encore, je me suis découverte une passion telle pour l’avocat que j’ai commencé à le manger sans même l’assaisonner. Bref, il va falloir que vous redécouvriez vos préférences, tester des recettes et, pourquoi pas, découvrir de nouveaux ingrédients. Le tofu n’est qu’un aliment parmi tant d’autres sur la liste des ingrédients que vous n’avez jamais utilisé. Et faire cette recherche est un début de plaisir et de découverte. Rien ne vous oblige à l’entamer pile au moment où vous arrêtez la viande et le poisson : vous pouvez très bien le faire pendant votre transition.

Ensuite, tout comme beaucoup considèrent que le végétarisme est un passage-étape pour atteindre le véganisme, il existe un autre passage étape entre le carnisme et le végétarisme. On appelle ça le flexitarisme. Ce régime alimentaire consiste à adopter le régime végétarien chez soi, mais à s’adapter quand on est invité à manger à des endroits où il sera compliqué de manger végétarien. Me concernant, je suis passée par cette étape qui a duré six mois. Elle m’a permise d’aller vers le végétarisme en douceur et de faire des découvertes tout en continuant de manger un peu de viande et de poisson.

Au bout d’un certain temps, si ça vous fait la même chose qu’à moi, manger de la viande (même juste un peu) ne vous satisfera plus. À chaque fois que vous regarderez votre morceau d’animal dans votre assiette, vous ne pourrez pas vous empêcher de penser à tout le chemin qu’il a parcouru et à tout ce que ça implique comme problèmes et ce, à tous les niveaux dont j’ai parlé plus haut. Vous allez donc avoir envie d’aller « plus loin » quitte à ne plus répondre à l’appel de vos papilles gustatives qui frétillent à l’idée d’entrer en contact avec des morceaux d’animaux cuisinés. Beaucoup voient ce stade comme le moment où on décide de se « priver ». C’est plus complexe que ça. Effectivement, on choisit de ne plus répondre à des désirs impulsifs de chair animale, mais on choisit aussi d’être en paix avec soi-même, de taire enfin cette culpabilité qui nous bouffe et finalement, on atteint une paix intérieure qui est bien plus enviable qu’un bref moment de plaisir gustatif. J’ajoute que se « priver » n’est, selon moi, pas un problème à partir du moment où il y a une justification intelligente derrière. La consommation aveugle en suivant nos désirs sans même se demander si c’est bon ou pas pour nous et/ou notre entourage n’est jamais que le résultat d’une société de consommation qui nous pousse à tout vouloir tout de suite sans jamais se poser de questions. Mais c’est un autre sujet.

Bien choisir le moment
Une fois que vous aurez atteint ce « stade », une chose que j’ai trouvé efficace à faire c’est de choisir une date symbolique à partir de laquelle vous ne mangerez plus d’animaux. Commencer à une date qui n’est pas anodine pour vous vous aidera à faire une barrière mentale entre la personne que vous étiez avant cette date et après cette date. Me concernant, j’ai choisi de devenir définitivement végétarienne le jour de ma remise de diplôme. C’était un jour où je faisais un grand pas dans le monde adulte, puisque je clôturais mes études et donc ma vie de « petit fille ». Je devenais une « adulte responsable », et je me suis demandée quel genre d’adulte je voulais être. Une adulte végétarienne a été une des réponses. Aujourd’hui, celle que j’étais avant mon diplôme n’est plus la même que celle que je suis aujourd’hui. Et l’idée de revenir en arrière, à cette « enfant » que j’étais me déplais tant, que je n’ai toujours pas cessé mon nouveau régime alimentaire.

Attention, néanmoins. Bien choisir sa « date symbolique » demande quelques conditions. Et celle qui me semble la plus importante est que vous devez choisir une date à laquelle va suivre une période pas trop difficile pour vous. Je m’explique : pour effectuer ce genre de changement assez radical et difficile, il faut que vous ne soyez pas dans une période où vous avez besoin de palier une quelconque difficulté, un quelconque malheur avec un palliatif alimentaire. Tout simplement parce que se faire plaisir en mangeant nous fait sécréter de l’endorphine (et/ou de la dopamine – ce sont deux hormones dites « du plaisir ») : une hormone qui apaise la douleur et atténue le stress. Nous avons donc besoin d’endorphine, d’autant plus quand on est stressé et/ou malheureux. Si vous associez le plaisir à la viande et que vous êtes dans une période où vous avez besoin de vous faire plaisir pour sécréter des endorphines, passer le cap sera d’autant plus dur pour vous et il y a beaucoup plus de chance pour que vous craquiez. Personnellement, juste avant ma remise de diplôme, je bossais énormément, j’étais très stressée, je dormais peu et mal et pour des raisons personnelles, en plus, j’étais assez malheureuse et en manque de confiance en moi. Pendant cette période qui a duré trois mois, j’ai mis entre parenthèse jusqu’à mon flexitarisme, me rassurant en me disant qu’ensuite, je serai une vraie végétarienne et que je ferai tout pour m’éduquer et apprendre à apprécier des plats sans chair animale.

Alors je sais que ce qui je dis là va faire hurler certains anti-spécistes / vegan / végétariens : après tout, que vaut un peu de malheur face à la mort et la torture d’autres êtres vivants ? Et je suis d’accord, dans la théorie. Mais dans la pratique, je pense qu’il est préférable qu’une personne prenne son temps pour devenir végétarien (puis vegan) et que ce soit durable, qu’une personne qui va essayer d’un seul coup, va se dégoûter du végétarisme parce qu’il se rend malheureux et va finalement ne pas y revenir voire carrément fustiger ce régime simplement parce qu’il a mal vécu son expérience. Plus on va vers ce régime en douceur et en s’écoutant, plus on a de chance de se sentir bien en le faisant et donc, de pousser d’autres personnes à faire de même. Et le but, c’est bien ça, au final : qu’un maximum de personnes cessent de manger des animaux.

Être végé au quotidien
Alors forcément, devenir végé au quotidien, ça va demander quelques galons dans certains domaines quand-même. J’ai tenté de glaner un maximum de (vraies) problématiques et de les répertorier ici pour y répondre. Non « mais où je vais trouver mes protéïneuuuuh ? » n’est pas une vraie problématique quand on sait que des protéïnes, yen a partout.

– Par quoi je remplace la viande ?
En fait, la viande ne se remplace pas vraiment. Il faut juste apprendre à organiser son assiette différemment. Par exemple, moi quand je cuisine je me fais toujours deux plats à base de féculents et un à base de légumes/légumineuses. Généralement ça donne souvent du riz, patates, épinards, par exemple. Le mieux, généralement, c’est de simplement suivre des recettes végétariennes. Je donnes des liens vers de sites qui en propose à la fin de cet article. Et si vraiment vous voulez un substitut à la viande, il existe des trucs du genre du faux poulet, du faux saucisson etc. Là par contre, il faut un budget, mais c’est vraiment pas nécessaire pour passer le cap.

– J’aime trop le poisson, je m’en passe comment ?
Ah, le poisson. Les sushis. Ces animaux qui ne crient ni ne pleurent, comment les plaindre, comment vouloir s’en passer ? Bon, ya mille bonnes raisons d’arrêter le poisson et les fruits de mer. Presque autant que la viande. C’est mauvais pour la santé (les poissons ingurgitent toute notre pollution, vous vous faites donc des sushis au bisphénol A et au mercure, miam miam), c’est pas écologique, et c’est une terrible souffrance pour l’animal, même s’il ne peut pas l’exprimer avec nos moyens à nous. Comme pour la viande, ya pas de solution miracle. Il faut de la volonté et connaître toutes les bonnes raisons qui font qu’il est important d’arrêter d’en manger.
Allez zou, quelques petits articles pour vous persuader :
L’aquaculture : [x]
Petit poisson deviendra grand : [x]

– Comment manger équilibré ?
Pour manger équilibré, c’est simple, il faut respecter un certain nombre d’apport en nutriments. Vitamines, fer, calcium, zinc, Oméga3 et Oméga6, protéines etc, sont autant de choses dont on a besoin. Pas de panique vous trouverez tout ça dans les végétaux. Si ça vous inquiète vraiment, voici des sites qui donnent des conseils avec des référencements des différents apports alimentaires, mais sachez que personnellement, je me prends pas trop la tête et j’ai pas de tableau super rigide sur mon frigo. Je me contente de manger beaucoup de crudités, et de me composer des repas à base de légumineuses, de légumes, de fruits et de féculents. Un exemple type de repas que je prends, le petit dej : Jus d’orange + thé vert (à l’orange, miam) + fruits secs (noix, noisettes, amandes) + tartines (sans beurre) + deux fruits de saison.

– Mon médecin m’a dit que c’était dangereux.
En fait, les médecins ne sont pas des dieux. Oui, je sais c’est dingue. Mais il existe aussi des médecins (et même des nutritionnistes) qui sont victimes d’idées reçues. Ce sont des humains après tout, et pour avoir son diplôme de médecin on est pas obligé de remettre en cause des idées caduques. Des nombreuses recherches réalisées et validées par des professionnels ont affirmé et soutenu que les régimes végétariens ET végétaliens n’étaient pas mauvais pour la santé s’ils étaient fait correctement. À ce sujet, vous pouvez, par exemple, lire le rapport Campbell, donné en lien plus haut.

– Comment manger végétarien dehors ?
C’est vrai qu’en France, si tu vis pas à Paris, trouver des restaurants végétariens ou même qui proposent des plats végétariens, c’est un peu la galère. Mais en fait, un truc que j’ai découvert ya pas longtemps, c’est que les restaurateurs c’est des petits filous (non pas les yaourts, bande d’estomacs sur patte) : ils le disent pas sur la carte, mais tu peux demander à ce qu’ils modifient les plats spécialement pour ta trogne. Dingue, hein ? Ouais, je l’ai appris ya pas longtemps et ça a changé ma vie. Aussi, quand je suis allée, par exemple, dans un restau spécial burgers avec des amis, j’ai pu commander un burger bien gras en demandant à ce qu’ils remplacent le steak par une galette de pomme de terre. Et ainsi fut fait. Dites vous que j’ai même des amis vegans qui commandent des pizzas sans viande et sans fromage. Point bonus : la tête du pizzaiolo. Bref,  quand tu sais ça, manger dehors en tant que végé devient tout de suite beaucoup plus facile.
Pour ce qui est des cantines c’est plus compliqué -merci le gouvernement-, du coup, si votre self propose pas une alternative végétarienne soit vous allez essayer de faire changer les choses, soit vous vous faites votre encas chaque jour avant de partir. Il existe des recettes très simples d’encas à se préparer et qui sont très bonnes.

– Que répondre à ceux qui se moquent de moi et du végétarisme.
C’est une des plus grosses problématiques avec la question qui en dessous. Comme je l’ai dit plus haut, ce que je vis le plus mal en tant que végétarienne, c’est l’intolérance des gens, leur mauvaise foi voire leur mensonge à ce sujet. Du coup, j’ai développé des techniques pour éviter des débats désagréables. La question n°1 à éviter, c’est « et au fait, pourquoi t’es végétarien/ne ? » Généralement les gens ne veulent pas savoir. Ça les interpelle mais je crois que la seule réponse qu’ils peuvent tolérer c’est « pour ma santé ». Aussi, vous pouvez choisir, plusieurs options : ne pas dire toute la vérité et répondre seulement « pour ma santé » (ça me faisait des aigreurs d’estomac, j’ai du cholestérol, je suis allergique etc), choisir d’utiliser leur humour « c’est parce que je veux faire souffrir un maximum de légumes », ou carrément les prendre pour des cons (des fois ça soulage) en répondant que vous savez pas, que vous vous êtes réveillé un matin et que vous l’étiez et que vous savez pas comment vous en débarrasser.
Sinon, malheureusement, comme je le dis ici, ya pas vraiment de technique : faut attendre que ça passe en serrant les dents. Personnellement j’ai toujours à peu près réussi à tenir le coup, sauf une fois où j’ai dû mettre le holà parce que le repas se transformait en véritable procès. Mais dans l’ensemble, à part quelques petites blagues lourdes, on finit par s’y faire et on ignore.

– Comment annoncer mon végétarisme et le faire accepter par mes proches ?
Là, c’est le dilemme. Et s’il y a un sujet sur lequel je ne jugerai jamais personne c’est bien celui-là puisque je rencontre ce problème avec ma famille. L’idée que je puisse devenir végane leur est odieuse et ils ont déjà eu du mal à se faire à mon végétarisme. Et finalement, ce qui m’empêche le plus de devenir végane, c’est bien la résistance des membres de ma famille à ce nouveau régime. Je ne suis pas prête à sacrifier les relations que j’ai avec ceux que j’aime même pour une cause qui me tient vraiment à cœur. Du coup, je fais de mon mieux dans mon coin, et je m’adapte quand je suis avec eux (sauf pour la viande et le poisson, ça j’ai été intraitable). J’entends par
fois des véganes / végétariens dire que si vos proches ne respectent pas votre régime alimentaire, ben c’est qu’ils vous mérite pas, mais je suis pas d’accord. Comme je le dis dans cet article, c’est très difficile de suivre ses idées politiques si ça doit coûter des relations sociales auxquelles on tient. En tout cas, le flexitarisme dont j’ai parlé plus haut est un excellent outil pour tester le terrain.
Toujours est-il que là dessus, j’ai pas de solution miracle : la seule que je vois c’est le dialogue. Encore et encore et encore. Mais c’est dur. Pour les amis c’est un peu différent, je pense. En général, ça passe plutôt bien en dehors de quelques railleries (mais bon, on finit toujours par se blinder). Et puis quand on devient végétarien, on se fait facilement de nouveaux amis puisqu’on partage avec une nouvelle communauté, et ça c’est chouette. Après, à chacun de faire en fonction de la situation, de ses relations et de sa résistance aux confrontation d’idées.

– Est-ce que c’est pas dangereux de devenir végé si j’ai des TCA (Troubles de Conduite Alimentaire) ?
D’après plusieurs témoignages glanés par des amis végés/véganes qui avaient des TCA, non. En tout cas, eux n’ont pas eu de problèmes. Mais vous pouvez quand-même en parler avec des professionnels avant de passer le cap. Après, comme je l’ai dit plus haut, passer le cap du végétarisme quand on a des problèmes sérieux (et j’en pense que les TCA en sont), c’est plus difficile. À vous de voir si vous vous en sentez capables. Vous pouvez toujours essayer et voir ce que ça donne. À priori, si dommages il y a, je doute qu’ils soient irréversibles.

Quand on craque
Le végétarisme (et le véganisme) ce n’est pas une secte. Si un jour vous craquez, bon, et bien, craquez. C’est pas grave. Ya pas un grand gourou qui va venir vous enlever vos badges anti-spécistes et vous jeter en pâtures à des porcs d’élevage en furie. Craquer une fois de temps en temps, ça n’invalide pas tout ce que vous avez fait et tout ce que vous faites pour la cause animale. En fait, craquer ou pas craquer, c’est davantage un problème à voir avec vous-même. Si vous commencez à craquer trop régulièrement, il faudra peut-être envisager de revenir à une alimentation « classique » et éventuellement réessayer plus tard. Par contre, faire un écart de temps à autre, c’est normal. Vous êtes un humains, et vous êtes sans cesse bombardés de messages qui vous disent, « la viande c’est bien, c’est bon, ça rend fort, ça rend bon, ça fait de toi un lion trop graou graou », et même si vous savez que c’est pas vrai, inconsciemment vous allez avoir des désirs de viande. C’est le principe même de la publicité et des manipulations médiatiques, de susciter le désir même chez des personnes averties.

Personnellement, en un an, j’ai craqué quatre fois : trois fois pour de la viande et une fois pour du poisson. Ce qui est amusant, c’est qu’au moment de manger des animaux je me suis rendue compte qu’entre l’idée que je m’en faisais (« je vais me régaleeeer ») et ce que j’ai mangé réellement ben… J’ai été déçue. Dans le sens où dans ma tête c’était bien meilleur que ça. Finalement dans ma bouche, ça me faisait juste l’effet de caoutchouc et j’ai du me forcer pour finir (bon, j’avoue tout : sauf pour le poisson. Mais c’était des sushis, aussi). En fait, la viande dans ma tête, je me suis aperçue que je la surestimais. À cause des médias, d’une part, mais aussi à cause du souvenir que j’en ai et qui l’idéalise (quand j’étais petite, j’adorais la viande). Depuis j’ai découvert des aliments appelés « fausse viande » qui valent parfaitement l’original et qui me permettent de me préparer un repas sans me casser la tête quand je sèche pour trouver une idée de plat végé et que j’ai pas envie de chercher (oui des fois j’ai la flemme, comme tout le monde, je passe pas mes journées à concocter des plats dignes de master-chef).

En bref, vous permettre une certaine flexibilité en prenant en compte votre état psychologique et vos limites, c’est vous permettre de continuer d’agir efficacement sans vous faire du mal et donc, vous dégoûter de vos propos actes. Acceptez l’idée que vous êtes des humains avec des faiblesses et que répondre de temps à autres à ces faiblesses ne fait pas de vous une horrible personne perverse et mal intentionnée.

En conclusion
Voilà, maintenant que je vous ai donné tous mes conseils, un dernier détail : On ne devient pas végétarien puis vegan du jour au lendemain. Si une fois qu’on a commencé et qu’on s’est habitué c’est plutôt facile, le début est complexe et parfois, on se sent vraiment marginalisé. Ce qui fait que je ne sais jamais si je dois dire à une personne qui a le désir de passer le cap que c’est super facile, ou que c’est super dur. En fait, je crois que le plus juste c’est de dire que la difficulté ne réside pas du tout là où on le croit. D’autant que d’une personne à l’autre, les difficultés ne sont pas toujours les mêmes.  Moi par exemple, ce que je vis le plus mal, c’est l’intolérance des gens face à mon choix alimentaire. Surtout quand cette intolérance vient de gens que j’aime. Parce que cette intolérance est issue de l’ignorance et de la peur, et qu’à cause de ça, je vois des tas de personnes qui sont vraiment ouvertes et tolérantes devenir des véritables imbéciles quand il s’agit d’alimentation.

Du coup, voici mon tout dernier conseil : dans le fond, que vous deveniez végétariens, vegan, ou pas, ce n’est selon moi, pas le plus urgent. Je pense que c’est important de tendre vers ce régime, mais à mon avis, il faut que chacun aille à son rythme. Ça me fend le cœur quand j’y pense, mais je sais que de toute façon, le temps que les consciences s’éveillent, des milliards et des milliards d’animaux seront sacrifiés, même si j’arrive à convaincre les quelques lecteurs qui me suivent de tous se passer de viande. En revanche, voilà ce que je pense réellement nécessaire : même si vous n’adhérez pas à ce régime malgré mes conseils et mes arguments, j’espère vous avoir convaincu que l’anti-spécisme est une cause juste. C’est pourquoi selon moi, ce que vous devez faire si vous voulez réellement aider les animaux, c’est de cesser de vous cacher derrières de la mauvaise foi et des mensonges quand le viande vient sur le tapis. Admettez simplement que passer au régime végétarien est trop dur pour vous et ayez la décence de ne pas en être fier : n’essayez pas de nous faire croire que vous avez des problèmes de santé ou d’argent ou que votre volonté est de respecter l’ordre naturel des choses (si c’était vrai, faites moi le plaisir de vous balader à poil), ou je ne sais pas quoi d’autre. En agissant ainsi, chaque mensonge que vous prononcez est un renforcement des clichés spécistes et donc, un recul de la cause animale. Parce que ceux qui entendent ce genre d’idées reçues les ingèrent, les ressortent et s’en servent pour ne pas réfléchir à la question.

Vous n’êtes pas obligés de vous passer de viande si vous n’en êtes pas capables. Mais vous pouvez partager la vérité sur ce que la consommation de viande et de poisson implique. En cessant de mentir et d’être de mauvaise foi, d’abord, et en en parlant le plus possible, ensuite.
C’est le principe même de l’honnêteté intellectuelle. Et c’est ce qui sauvera le monde.

Quelques liens :
Guide du végétarien débutant : [x]
Forums végans : [x] [x] [x]
Site de recettes végétariennes / véganes : [x] [x] [x]
Des blogs géniaux qui parlent du sujet : Les Questions Composent // Antigone // Les Cahiers Anti-spécistes
Les sites : One Voice // Un Monde Vegan // Avi // Veg’Info
Des vidéos à voir  : Earthlings // Retirons les Animaux du Menu – Philip Wollen // Conférence de Gary // L’éthique animale pour les nuls
Et découvrez le Paris Vegan Day ! o/

Si vous connaissez des sites qui proposent des recettes végétariennes, des blogs qui parlent du sujet, des documentaires intéressant, etc, n’hésitez pas à m’en faire part, je complèterai les liens proposés dans cet article. En vous remerciant d’avance. ^^

Je rappelle que, comme d’habitude, sur ce blog, les commentaires qui viennent expliquer « pourquoi je mange de la viande » ne seront pas validés, car ça n’apporte rien au sujet, ni même au débat. Si vous avez l’intention de vous justifier de la raison qui vous pousse à manger de la viande, merci de bien vouloir vous abstenir, de toute façon, vous le ferez pour rien (ce sera modéré et je n’y répondrai pas). En revanche, si vous avez des questions, ou si vous êtes végétariens/vegan et que vous avez des conseils à donner, n’hésitez pas. Merci à tous. 🙂


Égalitariste