Témoignage – Le doigt froid

Trigger Warning : agression sexuelle

Texte écrit pour le blog Polyvalence mon Pote, qui récupère des témoignages de victimes de sexisme. D’ailleurs, n’hésitez pas à en écrire aussi et à lui envoyer ce que vous avez à dire !
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J’avais oublié.

C’est le genre de chose que la société te fait effacer de ta mémoire, parce que bon, ça va quoi, c’est pas si grave, ya pire ailleurs. Et puis, c’est pas comme s’il t’avait violée, si ? Et en plus, tu l’avais laissé t’embrasser, alors bon, il avait le droit, hein. Je l’avais effacé de ma mémoire parce que la peur, la honte, tout ça, c’était ma faute, c’était moi qui exagérait, c’était certainement pas lui qui était en tort. Il fallait passer à autre chose et oublier, vite. Et c’est ce que j’ai fait.

J’avais 16 ans.
C’est l’âge où tu te dis que le sexe c’est vachement cool. Je savais pas trop ce que c’était, mais ça avait l’air bien. Je connaissais déjà que trop bien les lois tacites attachées à mon sexe : « ne chauffe pas trop, ne sois pas trop pute, ne sois pas trop sexy, ne sois pas trop, trop, trop SINON »… Tu l’auras bien mérité. J’avais pas vraiment vécu le sexisme plus que mes contemporaines et j’étais pas trop renseignée sur la culture du viol. Par contre, on m’avait bien appris à le craindre, le viol. Mais pas là où il se trouve vraiment, la plupart du temps. On m’avait appris à le craindre seulement au détour d’une ruelle sombre, venant d’un inconnu. Certainement pas dans la maison même d’amis proches de mes parents.

Il avait 18 ans.
C’était à une fête, avec plein d’ados, d’adultes, de jeunes adultes. Le genre de fête branchée avec de la bonne musique et des gens trop « in ». Moi je connaissais pas trop trop ce genre de fête, mais j’en avais vu à la télé. Et ça avait l’air vraiment chouette. Et comme à la télé, dans ce genre de fête, ça flirtait sec, j’ai décidé de faire pareil. Et de mettre en avant mes atouts fraîchement acquis de jeune femme. Pourquoi faire ? Je n’en sais rien. Pas pour le plaisir de « pécher » un garçon. Plutôt pour faire comme tout le monde, sans doute. Comme à la télé. Je ne sais plus trop comment j’en suis venue à me retrouver seule avec lui dans cette salle de bain, la lumière éteinte, mais je me souviens que j’en avais pas spécialement envie. Je l’avais suivi parce que dans ma tête on était en couple et que j’allais pas le mécontenter à notre première rencontre. Je voulais pas qu’il me prenne pour une chieuse ou une coincée, non, moi aussi je pouvais être « in », d’abord.

J’avais pas envie.
Mais il m’a poussée contre le lavabo. Quand j’ai senti qu’il débouclait mon pantalon, j’ai eu une vague de panique, et j’ai murmuré « non ». Un petit « non », ridicule, à peine audible. Mais une voix dans ma tête m’a dit que c’était trop tard. Je l’avais suivi, fallait assumer. Alors quand il a glissé sa main dans ma culotte et qu’il a pénétré mon vagin avec un doigt glacé en répétant « non ? », je n’ai rien répondu.

On a frappé à la porte.
A ce moment, un adulte -un vrai- a frappé à la porte. Je crois qu’il voulait utiliser les toilettes, ou alors il savait que deux ados étaient seuls dans la salle de bain et il voulait pas nous y laisser, je ne sais pas. Je me souviens mal. Je ne me souviens même pas d’avoir ressenti du soulagement, ou quoique ce soit. Je me souviens juste d’être sortie, embarrassée, le pantalon défait.

J’ai 23 ans.

Je me suis souvenu. En lisant des textes féministes qui disaient que beaucoup de femmes vivaient des agressions sexuelles, je me suis rappelé de ce passage de ma vie. J’ai pas spécialement souffert de ce souvenir. Je me suis simplement rappelé. Ah oui, c’est vrai, moi aussi, j’ai vécu un truc dans le genre. D’une manière tellement détendue que je me suis demandé si j’intériorisais pas à fond, si tout n’était pas passé dans l’inconscient.

Je ne sais pas qu’en conclure.

Je ne me sens pas spécialement traumatisée, triste ou honteuse. Je ressens juste un peu de la colère contre ce garçon qui n’a pas su respecter ce tout petit « non », et beaucoup contre cette société qui lui a appris qu’il pouvait ne pas l’écouter. Ce garçon qui n’a pas su s’arrêter et me demander mon avis, vraiment. S’il m’avait dit « non ? » en s’écartant, ça aurait été bien différent, je n’aurais pas le souvenir de ce doigt froid en moi. Je ne me sens pas spécialement mal. Après tout, c’est si loin, si flou -sauf ce doigt, froid, net et présent-. Mais j’ai compris dans ma chair avec ce souvenir ce qu’était la culture du viol. Parce que là, comme ça, ce jour là, sans cet adulte, j’aurais peut-être été violée. Et peut-être que je vous écrirais que d’après moi, ce n’était pas bien grave.

EDIT : Précisions
Pour des raisons qui m’échappent et d’autres qui sont personnelles, j’ai parlé de cette expérience plus comme une agression sexuelle que comme un viol. Or, il se trouve qu’au regard de la loi, « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » D’un point de vu purement juridique, donc, j’ai été violée. Je ne le vis pas comme ça, aujourd’hui, mais je pense important de le préciser. A vous d’en tirer les conclusions qui vous paraissent les plus judicieuses.

Pour des raisons qui me paraissent évidentes, je ferme les commentaires sur cet article.

Pour aller plus loin :
Mythes au sujet du viol : [x][x][x][x][x]
Pas si grave : [x]
À toi mon ami qui ne viole pas : [x]
Merci de ne pas me violer : [x]
Je ne supporte plus vos abjections au sujet du viol : [x]
Aux gars, par un gars : [x]

Égalitariste

Instant publicité : la Coupe Vaginale

Ouais, c’est mon côté capitaliste, je vais faire de la pub. Héhé. La Coupe Vaginale, donc, c’est quoi ? C’est un substitut aux tampons et aux serviettes hygiéniques qui présente énormément d’avantages et très peu d’inconvénients. Que je m’en vais lister ici.

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La Coupe Vaginale a bien des noms. MoonCup, EasyCup, VaginaCup et j’en passe, c’est un réceptacle en latex ou en silicone en forme de cloche à insérer dans le vagin pendant les ragnagnas. Elle recueille le flux menstruel et présente tous les avantages d’un tampon. Cette coupe a vu le jour beaucoup plus tôt que ce qu’on pourrait penser : en 1933, le Canadien Lester J. Goddard obtint un brevet sur le « réceptacle vaginal » pour la Coezene Company à Miami. La première coupe commercialisée serait la Daintette distribuée par la Dainty Maid, Inc., company of Middlefield, Connecticut (USA). Merci Wikipédia.

Utilisation
La coupe vaginale doit être insérée dans le vagin comme un tampon. On la plie (comme sur l’image ci-dessous), puis on l’insère. En la lâchant, elle se déplie à l’intérieur du vagin et colle aux muqueuses avec un effet ventouse. Selon les flux, il faut la vider une à deux fois par jour (personnellement, une seule fois par jour suffit). Pour l’enlever, il faut contracter les muscles du vagin afin de la pousser vers l’entrée, puis pincer la coupe afin qu’elle se « déventouse », la sortir et la vider. Pendant le cycle, un rinçage suffit avant de la remettre à sa place. Une fois le cycle terminé, une stérilisation à l’eau bouillante est recommandée (laisser la coupe dans une casserole d’eau bouillante pendant 5 minutes).
Prix : 20 à 30€
Durée d’utilisation moyenne : 5 à 15 ans.

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Avantages
Pfoulala, yen a tellement que j’ai peur d’en oublier. Je vais tenter de faire une liste correcte.
C’est beaucoup moins cher. Ben ouais, à 30€ max pour 5 ans d’utilisation au pire, ça défie toute concurrence. À côté de ça, les tampons les moins chers sont à 3€50 la boîte de 20, soit 0.1€ le tampon. Si on considère qu’on en utilise deux par jour pendant 5 jours tous les mois, sur 5 ans, ça revient à 60€, soit deux fois plus qu’une coupe vaginale.
C’est bien plus confortable. Comparé aux serviettes qui donnent l’impression de porter des couches, qui favorisent les mycoses à cause de l’humidité qu’elles imposent et au frottement des petites lèvres sur du coton chloré, la coupe vaginale, c’est le paradis. Et en comparaison aux tampons, même chose : pas d’assèchement du vagin par les cotons blanchis avec des substances qui, de toute façon, ne peuvent pas faire de bien aux muqueuses.
C’est bien plus discret. Pas de ficelle de tampon qui dépasse, pas de culotte grossie par une serviette, pas de risque de débordement, etc. Bref, avec on peut aller se baigner, faire du sport, participer à un mariage, porter du blanc sans craindre de laisser passer une quelconque information au sujet de ses ovaires en goguette. Bref, on s’évite un stress supplémentaire.
Ça dure plus longtemps. Comme expliqué plus haut, même avec un flux très important, on peut se contenter de la vider seulement matin et soir (deux fois par jour), mais beaucoup se contentent de la vider une seule fois par jour.
C’est écologique. D’un côté, ya tous les déchets en moins (je vous laisse imaginer tout les tampons et toutes les serviettes qui sont jetés chaque année à l’échelle de la France) et de l’autre tous les emballages et tampons en moins à créer (donc beaucoup moins de transports pour apporter les matériaux, beaucoup moins d’utilisation du pétrole pour faire le plastique et j’en passe).
Ça déborde pas. Contrairement à un tampon ou une serviette, on n’a pas à craindre d’éventuels débordements. Ou alors, c’est soit que vous avez pas une coupe vaginale à votre taille, soit que vous l’avez pas enlevé depuis trois jours.
On peut la mettre avant les règles. Contrairement aux tampons et aux serviettes qui risquent d’assécher le vagin ou les lèvres encore plus quand on les met avant le début des règles, la coupe, elle, peut être portée avant la première goutte de sang sans risque. Ce qui est bien pratique, quand on ne sait pas exactement quel jour ça va tomber.
C’est beaucoup moins malodorant. Étant donné qu’on vide le sang dans l’évier, on a plus les tampons/serviettes qui macèrent joyeusement dans la poubelle. Le sang recueilli peut éventuellement sentir un peu, mais c’est beaucoup moins violent qu’un tampon avec du sang coagulé dedans.
On peut avoir une sexualité même pendant ses règles sans tâches de sang. Bon, on peut pas tout faire non plus, évidemment, la pénétration, c’est un peu pas possible (encore que). Par contre, la masturbation, les cunis, pas de problème : la coupe est dans le vagin et retient le sang, donc ce qui est du titillage clitoridien est autorisé. C’est pas merveilleux ?

Inconvénients
On a davantage de contact avec le flux menstruel. Il y en a que ça peut rebuter. L’idée de voir son sang dans un réceptacle n’est peut-être pas très engageant pour certain/e/s (sans compter les personnes qui sont sensibles à la vue du sang). Si ça ne vous paraît pas insurmontable, un petit effort sera peut-être de rigueur pour contrer votre dégoût.
La stérilisation. L’idée de devoir stériliser sa coupe vaginale dans un instrument qui sert à préparer à manger peut déranger. Mais bon, logiquement, si ça stérilise la coupe, ça stérilise aussi la casserole. Et si vraiment ça vous dérange, vous pouvez toujours mettre de côté une petite casserole qui ne servira qu’à ça.
C’est moins commercialisé. Comme c’est moins connu, on en trouve moins facilement. Toutes les pharmacies n’en vendent pas et les super-marchés qui en proposent sont plutôt rares. Mais heureusement, une fois qu’on en a trouvé une, on n’a pas à se soucier d’en racheter avant plusieurs années.
L’effet ventouse. C’est peut-être le plus dérangeant. Il y a un coup de main à prendre : car au début, l’effet ventouse peut donner l’impression qu’on pourra pas enlever la coupe. Dans ce genre de cas, il faut se calmer, respirer profondément (le stress fait contracter le vagin et ne facilite pas la tâche) et pousser afin de permettre aux doigts d’attraper la coupe et la pincer pour annuler l’adhésion latex (ou silicone)/muqueuses. Au début, c’est un peu compliqué, mais on s’y fait vite et le tour de main vient assez facilement.
Certains gynécologues disent que ce n’est pas compatible avec un stérilet. Ce n’est pas le cas du mien qui m’a assuré que je pouvais utiliser les deux, mais la gynéco d’une amie lui a assuré le contraire. Ces deux gynécologues sont de bons praticiens selon nous, nous ne savons donc pas à quel sain nous vouer. Et comme bien peu de recherches sont faites sur ce sujet, impossible de trouver des infos fiables et officielles. Mon amie a choisi son DIU et se passe de mooncup. Pour ma part, j’utilise les deux et je n’ai pas de problème. C’est à vous de voir.

Où et comment s’en procurer ?
On peut en trouver dans les magasins bio, dans certaines pharmacies ou en commander sur internet.
Quelques conseils sur comment bien choisir sa coupe vaginale : [x]
Test pour savoir quelle coupe vous convient : [x]
Liste des magasins qui vendent des coupes vaginales : [x]
Quelques sites qui en vendent :
Choozen
Ciao!

Mon expérience
Voilà deux ans que j’utilise ma petite mooncup, et j’en suis parfaitement satisfaite. Pour plusieurs raisons. Déjà, j’étais assez fragile niveau flore vaginale et les tampons / serviettes ne m’aidaient pas du tout. Leur coton asséchait mon vagin ou mes petites lèvres et je me retrouvais avec toute sorte de problèmes (je vous fais pas un dessin, hein), que je n’ai plus depuis que j’utilise ma coupe vaginale. Ce que j’apprécie en plus, c’est que je ne la sens pas du tout et que je peux vaquer à mes occupations les plus diverses (comme me balader à poil dans mon appart) sans m’inquiéter d’un éventuel débordement. Et must du must pour moi : c’est parfaitement écologique. Bref, la joie. Mon but maintenant, c’est d’inciter un maximum de nana à l’utiliser. J’ai déjà converti pas mal d’amies, et une seule est revenue à ses tampons (parce qu’elle a un DIU, donc, et qu’elle a peur que la cup pose problème). Ce qui me rend dingue, c’est qu’on en entend trop peu parler, malgré tous ses avantages. Du coup, je diffuse au maximum.

Pour plus d’informations

Coupes Mentruelles
EasyCup
Informations Coupe Menstruelle

Égalitariste